le cercle litteraire de guernesey cinema metz

 

Date de sortie 13 juin 2018 (2h 03min)
De Mike Newell
Avec Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode
Nationalité Britannique

 

 

Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates dont Dawsey, le charmant et intriguant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.

 

 

 

 

Critiques
 
La croix
 
Quel dommage de n’avoir pas conservé au film le beau titre en français du livre de Mary Ann Shaffer et de sa nièce Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ! Les spectateurs anglo-saxons gardent en ce qui les concerne The Guernsey Literary And Potato Peel Pie Society. Ces titres, aussi bien en VO qu’en VF, disaient bien la fantaisie et la verve de ce roman qui abordait pourtant des sujets graves.

Tendres chroniques de l’Occupation à Guernesey.

En 1946, la jeune écrivaine Juliet Ashton cherche un nouveau sujet de livre après avoir écrit une biographie d’Anne Brontë qui n’a rassemblé que vingt-huit lecteurs puis un recueil de chroniques humoristiques dont le succès fait soudain d’elle un auteur en vue. L’argent qui afflue et la fréquentation d’un officier américain l’éloignent des souvenirs de la guerre et de ses privations.

Un club pour déjouer l’attention des soldats allemands
Lorsqu’elle reçoit un courrier de Dawsey Adams, un jeune fermier de Guernesey en demande de conseils littéraires, s’engage entre eux une rafraîchissante correspondance où il lui parle de son club de lecture au nom loufoque, improvisé pendant la guerre pour déjouer l’attention des soldats allemands. Surpris dehors le soir malgré le couvre-feu après un aussi rare que réjouissant dîner, un petit groupe d’amis emmené par la vaillante Elizabeth s’était inventé au débotté ce cercle littéraire d’amateurs de tourtes aux épluchures de patates.

Dès lors, il avait fallu donner le change aux Allemands et vie au club, livres en main. Contre toute attente, ces modestes habitants de l’île s’étaient pris à leur jeu : ils attendaient avec de plus en plus d’impatience ces rendez-vous autour de romans, de poésies et d’essais, parenthèses enchantées dans de mornes existences accablées par la faim et la peur de l’occupant.

Une réalisation classique
Le roman, épistolaire pour l’essentiel, séduisait par sa fantaisie, son éloge amoureux de la lecture et sa peinture précise d’une page très sombre de l’histoire des îles Anglo-Normandes. Guernesey a fait de choix d’évacuer vers l’Angleterre tous ses enfants. Occupée par l’armée allemande jusqu’en mai 1945, elle a vu l’organisation Todt créer sur son territoire un camp de prisonniers de guerre.

Avec sa réalisation classique, cette transposition efficace aux tonalités automnales traite de ces sujets, mais tire le récit davantage du côté de la romance, ajoutant un peu plus de sirop que nécessaire. Les fans du best-seller devraient néanmoins en retrouver avec délice les ingrédients.

 

Télérama

Juste après la Deuxième Guerre mondiale, une jeune écrivaine retrouve l’inspiration à Guernesey, dans un drôle de club de lecture… Prenez un best-seller à base de romance et de mélo historique, au titre plein d’excentricité british : Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Incorporez une partie du casting de la série Downton Abbey (pas moins de quatre transfuges, dont l’héroïne elle-même, Lily James). Ajoutez les rivages cinégéniques des îles Anglo-Normandes et juste assez de personnages secondaires pittoresques pour éviter (parfois) la mièvrerie. Vous aurez la recette parfaite du film douillet comme un cottage en hiver, à voir avec un patch­work sur les genoux pour somnoler au chaud et une tasse de thé où recueil­lir quelques larmes attendries.

 
becassine

 

Date de sortie 20 juin 2018 (1h 42min)
De Bruno Podalydès
Avec Emeline Bayart, Karin Viard, Denis Podalydès
Nationalité Français

 

 

Bécassine naît dans une modeste ferme bretonne, un jour où des bécasses survolent le village. Devenue adulte, sa naïveté d’enfant reste intacte. Elle rêve de rejoindre Paris mais sa rencontre avec Loulotte, petit bébé adopté par la marquise de Grand-Air va bouleverser sa vie. Elle en devient la nourrice et une grande complicité s’installe entre elles. Un souffle joyeux règne dans le château. Mais pour combien de temps ?
Les dettes s’accumulent et l’arrivée d’un marionnettiste grec peu fiable ne va rien arranger.
Mais c’est sans compter sur Bécassine qui va prouver une nouvelle fois qu’elle est la femme de la situation.

 

 

 

Critiques
 
 
tully cinema metz

 

Date de sortie 27 juin 2018 (1h 36min)
De Jason Reitman
Avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Ron Livingston
Nationalité Américain

 

 

Marlo, la petite quarantaine, vient d'avoir son troisième enfant. Entre son corps malmené par les grossesses qu'elle ne reconnaît plus, les nuits sans sommeil, les repas à préparer, les lessives incessantes et ses deux aînés qui ne lui laissent aucun répit, elle est au bout du rouleau.
Un soir, son frère lui propose de lui offrir, comme cadeau de naissance, une nounou de nuit. D'abord réticente, elle finit par accepter. Du jour au lendemain, sa vie va changer avec l’arrivée de Tully…

 

 

 

 

Critiques
 
tully 
 
Télérama
 
Marlo est au bout du rouleau. Prête à accoucher de son troisième enfant, elle doit aussi prêter une attention particulière à son petit garçon… Après la naissance, épuisée, elle se résout à engager une nounou de nuit : Tully est jeune, dynamique, amicale, et s’occupe autant de Marlo que du bébé. Un rêve ? Après Juno (autre histoire de grossesse) et Young Adult (sur le refus de vieillir), avec, déjà, Charlize Theron, voilà le troisième film coécrit par Jason Reitman avec l’insolente scénariste Diablo Cody. Ils s’attaquent, cette fois, à l’épuisement maternel et à la dépression postpartum, dans un mélange efficace de chronique minutieuse et d’humour piquant. Oui, être mère peut être un enfer pavé de larmes, et le mari a beau être gentil, il n’a, à l’évidence, jamais entendu parler de la « charge mentale » qui pèse sur les mères. Certaines scènes sont d’une vérité cuisante, comme lorsque Marlo tente de reprendre une silhouette qui ne ressemble pas à « une benne à ordures » en faisant un jogging… Charlize Theron, remarquable, assume un corps de femme réel, avec ses empâtements et ses cernes, et balance avec naturel les dialogues sans filtre. En parlant de la nounou : « Elle savait exactement quoi faire. » « Comme moi, au lit », plaisante le mari. « Non, elle regarde dans les yeux », répond l’épouse.
 
parvana cinema metz

 

Date de sortie 27 juin 2018 (1h 33min)
De Nora Twomey
Avec Golshifteh Farahani, Saara Chaudry, Soma Bhatia
Nationalités Canadien, Irlandais, Luxembourgeois

 

 

En Afghanistan, sous le régime taliban, Parvana, onze ans, grandit à Kaboul ravagée par la guerre. Elle aime écouter les histoires que lui raconte son père, lecteur et écrivain public. Mais un jour, il est arrêté et la vie de Parvana bascule à jamais. Car sans être accompagnée d’un homme, on ne peut plus travailler, ramener de l'argent ni même acheter de la nourriture.
Parvana décide alors de se couper les cheveux et de se travestir en garçon afin de venir en aide à sa famille. Risquant à tout moment d'être démasquée, elle reste déterminée à trouver un moyen de sauver son père. Parvana est un conte merveilleux sur l'émancipation des femmes et l'imagination face à l'oppression.

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Sacrée audace que de vouloir raconter la tragédie de l’Afghanistan sous le régime des talibans par le biais d’un film d’animation pour jeune public. L’Irlandaise Nora Twomey — coauteur du superbe Brendan et le secret de Kells, en 2009 — relève brillamment le défi dans son premier long métrage réalisé en solo. Une fable bouleversante, qui trouve toujours la bonne distance entre réalisme et merveilleux.

Parvana, 11 ans, est une petite fille aux grands yeux ouverts sur le monde, avide de lectures et de savoir. Son malheur est de vivre en 2001 à Kaboul, alors sous le contrôle des sinistres « étudiants en religion » (signification de « talibans ») du mollah Omar. Au nom d’une prétendue loi de Dieu, les Afghanes n’ont pas le droit de sortir sans être accompagnées par un homme… Un jour, le père adoré de Parvana, ancien professeur devenu vendeur à la sauvette et écrivain public pour survivre, est arrêté sans motif par les « barbus ». Dès lors, impossible pour la fillette de travailler ni même d’aller sur le marché pour acheter de la nourriture. Parvana décide de se couper les cheveux et de se travestir en garçon pour venir en aide à sa famille…

Le scénario, basé sur les témoignages de réfugiés afghans rencontrés au Pakistan, chronique la vie sous le joug taliban avec une âpreté inattendue. La tension est permanente — une action aussi banale qu’aller chercher de l’eau au puits se transforme en danger mortel. Les traces de la guerre sont partout, avec les maisons en ruine, les carcasses de chars, et une poussière omniprésente qui recouvre Kaboul comme un linceul.

Les rondeurs du dessin, aux traits volontairement naïfs, contrastent intelligemment avec la violence des situations vécues par Parvana. La belle idée de Nora Twomey est d’ouvrir ce récit, parfois éprouvant, vers la fantaisie. Pour s’évader de sa maison devenue prison, Parvana raconte à son petit frère la légende de Souleymane, un prince chevaleresque aux prises avec un roi éléphant cruel — un combat fantasmagorique qui fait écho à la propre lutte des Afghans contre l’oppression. La réalisatrice l’illustre à la manière des enluminures persanes, avec une frénésie de couleurs qui triomphe de la noirceur du quotidien. Elle signe un plaidoyer pour la culture et pour la mémoire, sources de résistance à l’obscurantisme. Et un éloge vibrant de l’imaginaire qui nous console de la réalité, tout en nous inspirant pour la rendre meilleure…

 

Le nouvel obs
 
Signé par une Américaine et coproduit par Angelina Jolie, ce film confirme, après "Persepolis" et "Téhéran Tabou", que la critique des régimes islamiques passe plus facilement par le cinéma d’animation : tiré d’un livre de Deborah Ellis, lui-même inspiré de témoignages de réfugiés, il traite de la condition féminine en Afghanistan. Parvana, 11 ans, la cadette de sa famille, vit à Kaboul. Quand son père, écrivain public estropié par la guerre, est emprisonné parce qu’il instruit ses filles, Parvana, pour subvenir aux besoins du foyer, dans un pays où les femmes n’ont pas le droit de faire les courses, et pour retrouver son père, ne voit qu’une solution : se travestir en garçon. C’est un conte sans fées, une ode sans illusion au pouvoir de l’imagination (Parvana se rêve en héros de la fable que lui racontait son papa) dont on ne sait si elle s’adresse aux petits ou aux grands : sa forme enfantine, sa ligne claire et colorée contrastent avec l’approche frontale et la violence de son sujet. 
 
au poste cinema metz

 

Date de sortie 4 juillet 2018 (1h 13min)
De Quentin Dupieux
Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize
Nationalité Français

 

 

Un poste de police. Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect.

 

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Avec Réalité, son précédent film, le plus vertigineux, réalisé pendant son exil à Los Angeles, Quentin Dupieux était arrivé à la fin d’un cycle. Sa féconde période américaine a été marquée par des expérimentations plastiques, littéralement sur la jante (Rubber et son pneu tueur), aux frontières de l’abstraction, du gag (ou du non-gag) étiré jusqu’au malaise. La barrière de la langue lui aura permis d’explorer d’autres formes comiques, visuelles, muettes, mais, de son propre aveu, un peu « au détriment de [sa] plume ». Il lui fallait rentrer pour retrouver la liberté de jouer avec les mots.

Dans Au poste !, les dialogues pétillent de trouvailles et d’esprit, comme chez Raymond Queneau. Ils sont la matrice du huis clos et les ressorts de l’intrigue, par ailleurs minimaliste. Une nuit, dans un commissariat de police en banlieue, Buron, un flic pince-sans-rire (Benoît Poelvoorde, au sommet de son art oratoire) interroge Fugain (Grégoire Ludig, parfait dans la peau du faux coupable) au sujet du cadavre qu’il a trouvé par hasard. La garde à vue est régulièrement interrompue par un adjoint borgne, stupide et suspicieux, et l’on s’échappe parfois sur les lieux du crime, dans des flash-back illustrant les déclarations du témoin. Fidèle à son goût pour le cinéma français populaire des années 1970, le cinéaste truffe son film de références, du Magnifique, de Philippe de Broca, à Buffet froid, de Bertrand Blier, et il ose même un coup de théâtre à la Buñuel. C’est brillant et modeste, cinéphile mais accessible. Comme savaient l’être Blier et de Broca en leur temps… L’auteur atteint des sommets d’humour franco-belge avec cette comédie qui a le bon goût de durer à peine plus d’une heure. La durée idéale. Celle des meilleures blagues.

 

Paris Match

Un suspect en garde à vue pour avoir eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment, un flic calamiteux qui cherche à démêler le film de la nuit, et un interrogatoire ubuesque… Le pape de l’absurde Quentin Dupieux offre à Poelvoorde et Ludig (moitié du Palmashow) un duel à fleurets mouchetés. Un réjouissant hommage aux polars de qualité française eighties qui nous étonne jusqu’au final. Anaïs Demoustier n’a jamais été aussi drôle !

 
le dossier mona lisa cinema metz

 

Date de sortie 4 juillet 2018 (1h 33min)
De Eran Riklis
Avec Golshifteh Farahani, Neta Riskin, Yehuda Almagor
Nationalités Israélien, Allemand, Français

 

 

Mona, libanaise, est soupçonnée par le Hezbollah d’être une informatrice des services secrets israéliens. Craignant qu’elle soit démasquée, le Mossad l’exfiltre vers l’Allemagne et lui fait changer de visage. Pendant deux semaines, le temps de se remettre de son opération, ils la cachent dans un appartement à Hambourg. Naomi, agent du Mossad, est chargée de lui tenir compagnie et de la protéger. Mais le Hezbollah est à la poursuite de Mona et la planque ne s’avère pas aussi sûre que prévu...

 

 

 

Critiques
 
Paris Match 
 
A Hambourg, une agente du Mossad protège, le temps de sa convalescence, Mona (Golshifteh Farahani), informatrice libanaise qui a refait son visage pour échapper aux soupçons du Hezbollah. Lorsque « Le bureau des légendes » rencontre « Nikita » devant la caméra du réalisateur de « La fiancée syrienne », le film d’espionnage tendu et maîtrisé se mue en huis clos féminin émouvant.
 
 
L'Obs
 
Même recouvert de sparadrap, le visage aux yeux cernés de Golshifteh Farahani n’a rien perdu de sa beauté sombre. L’actrice iranienne incarne ici Mona, une chrétienne libanaise soupçonnée par le Hezbollah de travailler pour Israël et donc condamnée à être supprimée. Le Mossad s’empresse alors de l’exfiltrer en lieu sûr, en Allemagne, où grâce à la chirurgie esthétique il la rend méconnaissable, puis la cloître dans un appartement. Loin de Beyrouth, où elle a laissé un jeune fils et un compagnon dont on ne découvrira l’identité qu’à la fin, elle y est protégée par des bandes Velpeau et par Naomi (Neta Riskin), agent israélien transformé en dame de compagnie.
 
l ile au tresor cinema metz

 

Date de sortie 4 juillet 2018 (1h 37min)
De Guillaume Brac
Documentaire
Nationalité Français

 

 

Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. De sa plage payante à ses recoins cachés, l’exploration d’un royaume de l’enfance, en résonance avec les tumultes du monde.

 

 

 

 

 

Critiques
 
L'Obs
 

C’est l’été. A Cergy-Pontoise, l’île de loisirs rassemble enfants et parents, ados et papys, garçons et filles. On se fait un peu d’argent de poche, on drague, on fait du pédalo ou du kayak, on profite.

Caméra à l’épaule, Guillaume Brac suit tout ce petit monde avec attention et affection. Visiblement, il sait mettre les gens en confiance, et il se dégage de cet été une atmosphère de tendresse, de sérénité. On se met à les aimer, ces personnages amusants, charmants ou émouvants. Pour les filmer, il fallait un cœur gros comme ça. C’est réussi.

 

Télérama

Des gens en maillot, des cris jaillissants et joyeux d’enfants, une plage, de l’eau. Cela ressemble aux Landes, mais on est sur la grande aire de loisirs de Cergy-Pontoise. En banlieue donc, territoire généralement mal vu, car mal regardé en général. Guillaume Brac, lui, sait y faire. Il avait jusque-là localisé ses ­histoires douces-amères sur la côte ­picarde (Un monde sans femmes) ou en Bourgogne (Tonnerre). Le voici sur les pas d’Eric Rohmer qui avait déjà filmé Cergy dans L’Ami de mon amie, en 1987. L’Ile au trésor n’est pas une fiction, mais c’est tout comme. Dans ce documentaire ensoleillé qui tient parfois du film d’aventures, Guillaume Brac nous emmène en exploration. Il y a la plage centrale, souvent bondée, mais aussi des étangs, des nids de verdure tranquilles pour les amoureux, un pont d’où plongent des garçons intrépides, malgré les consignes formulées par une jeune brigade en tee-shirt orange faisant de la prévention. Ce plaisir de la transgression revient plusieurs fois : les gamins fraudeurs, qui tentent d’entrer sans payer dans l’aire de loisirs, sont gentiment évacués par les vigiles…

Entre scènes de drague, barbecues, banquets et attractions diverses, le film souligne la vitalité, les réjouissances de l’été. Un goût de paradis terrestre, un sentiment d’éternité flottent dans l’air, mais aussi une mélancolie, une nostalgie de l’enfance. Des personnages se dessinent. Un veilleur de nuit, qui raconte comment il a été persécuté en Guinée ; un responsable de pédalos, athlétique et fringant ; un prof à la retraite, qui venait naguère avec ses élèves… Le cinéaste compose une formidable mosaïque humaine, fondée sur la diversité. Des gens du monde entier (Portugal, Afghanistan, Philippines…), de tout âge, de toute couleur, de tous les milieux sociaux. Dans une lumière douce de crépuscule, on suit une partie de balle au prisonnier, avec une fillette rieuse et triomphante. Tout concorde alors : la grâce, la nature, le jeu et la joie d’être ensemble. Politique et esthétique vont main dans la main. Guillaume Brac nous offre le trésor d’une utopie réalisée.

 
 
woman at war cinema metz

 

Date de sortie 4 juillet 2018 (1h 40min)
De Benedikt Erlingsson
Avec Halldora Geirhardsdottir, Jóhann Sigurðarson, Davíd Thór Jónsson
Nationalités Islandais, Français, Ukrainien

 

 

Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Contre une usine d’aluminium qui pollue et enlaidit son Islande adorée, elle part en guerre, un arc à la main… Et, après avoir dézingué des lignes à haute tension, elle change de tenue et réapparaît en professeure de chant ! Le point d’exclamation s’impose pour décrire Woman at war, incroyable film qui tient de la comédie comme de la fable philosophique, d’emblée séduisant mais volontiers déroutant. En plus d’avoir deux vies, l’une très aventureuse et l’autre très sage, la guerrière Halla a en effet une sœur jumelle, avec qui on la confond forcément car elle est interprétée par la même actrice, la stupéfiante Halldóra Geirharosdóttir.

Après le curieux Des chevaux et des hommes (2013), le réalisateur Benedikt Erlingsson confirme son plaisir à étonner le spectateur. Avec une liberté de rebelle, il multiplie les idées excentriques (comme cet orchestre qu’on voit régulièrement jouer la musique du film au beau milieu du plan), en tirant un divertissement généreux, rassembleur. Un mélange à l’image de Halla, activiste radicale côté pile et amusante Fantômette côté face. Si elle semble parfois un peu irréelle, comme une version décalée du superhéros chargé de sauvé la planète, elle apparaît très physique dans une scène impressionnante qui la montre creusant la terre et plongeant dans l’eau glacée, pour échapper à la police. Et si le discours sur l’écologie semble un temps dépassé par la fantaisie omniprésente, il revient en force dans la scène finale, sur fond de changement climatique. Cette manière à la fois très réfléchie et très joueuse de faire du cinéma a un charme fou.

 
 
dogman cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 42min)
De Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria plus
Genres Policier, Drame
Nationalité Italien

 

 

Interdit aux moins de 12 ans

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

 

 

 

Critiques
 
Le Monde
 

L’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens, qui fait de la pâtée avec son ami Simoncino, abruti musculeux récemment sorti de taule. A ce stade éreintant du marathon cannois, avouons honnêtement la tentation préalable, devant un tel « pitch », de classer sans suite, au rayon petite boutique des horreurs ou mieux « Palme Dog ». Le sens du devoir aidant, on évitera cette grossière erreur. D’abord, tout métier a sa noblesse. Ensuite, le réalisateur se nomme Matteo Garrone, et peut nous sortir à tout moment un ­calibre de sa manche. On se souvient évidemment de Gomorra (2008) avec le maestro Toni Servillo, terrifiante chro­nique mafieuse adaptée du livre de Roberto Saviano, interprétée en dialecte napolitain par quelques gâchettes locales, Prix du jury ici même.

L’avant et l’après sont certes moins connus en France. L’Etrange Monsieur Peppino (2002), pour le meilleur, et Tale of Tales (2015), pour le pire, témoignent en tout cas du tropisme napolitain de ce Romain de naissance (1968), de son goût consommé de la violence farcesque et de la monstruosité, en un mot de son appétence baroque pour une satire saignante de son si beau pays. Vieille tradition locale. Marcello toilette donc les toutous de cette ville maritime hideuse et blafarde, non identifiée mais qu’on subodore périphérique à Naples, amoncellement architectural apocalyptique, où périclitent des jardins d’enfants dévorés par la rouille. Tourbe, plomb, grisaille, misère : amoureux de l’Italie riante, passez votre chemin.

Une horreur supérieure
Or, un jour, Simoncino, récemment libéré, vient frapper à la porte de Marcello. Pas un cadeau, Simoncino. Carrure de lutteur de foire, survêtement jaune malpropre à trois bandes, gueule du type qui a plus d’une case en moins, cocaïné jusqu’à la moelle, aussi bête que brutal, définitivement insensible tant aux vertus du ­dialogue qu’à celles de l’élévation de l’esprit. Tout le contraire de Marcello, petit homme contrefait, voix de fausset, tête italienne antique, le cœur sur la main, les mots doux, amoureux des bêtes, père d’une ravissante fillette.

QUAND SIMONCINO NE FRAPPE PAS À LA PORTE DE MARCELLO, IL FRAPPE SUR TOUT CE QUI BOUGE, Y COMPRIS À L’OCCASION SUR MARCELLO
Si Simoncino frappe à la porte de Marcello, c’est que ce dernier se livre, pour arrondir les fins de mois étiques que lui procure son activité de toiletteur canin, au trafic léger de stupéfiants. Et quand Simoncino ne frappe pas à la porte de Marcello, il frappe sur tout ce qui bouge, y compris à l’occasion sur Marcello, terrorisant la ville et entraînant ce dernier dans une spirale délinquante dont le petit homme, par fidélité, paiera les pots cassés en refusant de donner son ami et en passant un long séjour en prison à sa place. Service mal rétribué par Simoncino, sourd à tout sentiment humain autre que le rapport de force, et pour lequel ni morale, ni amitié, ni respect de la vie humaine ne tiennent.

C’est à ce moment, pour ne pas en dire plus avant sa sortie du 11 juillet, que le film bascule dans une horreur supérieure et que nous prenons quant à nous la tangente en évoquant plutôt une séquence antérieure, la toute première du film, dont il y a lieu de penser qu’elle en éclaire brutalement le propos. Intérieur de la boutique Dogman : en très gros plan, un molosse blanc musculeux, babine retroussée, crocs apparents, le corps vibrant de soubresauts, attaque de toute sa puissance le gringalet Marcello, qui s’agite comme un moucheron autour de lui pour lui faire une toilette. Sans la chaîne qui retient le chien, Marcello lui servirait indubitablement d’apéritif. Ironie de la scène, c’est tout le contraire qui se produit. A force de douceurs, de mots d’amour, et de biscuits, Marcello passe le ventilateur sur la bête qui en frétille de plaisir.

Réplique trash de Mussolini
Ce passage de la pure sauvagerie à l’espace transactionnel de la relation est d’autant plus remarquable que ce qui est vrai du chien ne l’est pas de l’homme qui, pour ainsi dire, lui succède. Croyez bien qu’on déplore le scandale de cette constatation. Mais il suffit de voir Simoncino. Or, voir Simancino, pour trancher le mot et s’excuser platement auprès d’Edoardo Pesce, c’est un peu voir, tant la ressemblance est troublante, une réplique contemporaine, lumpenprolétarisée et trash de Benito Mussolini. L’exaltation de la force, l’ordre unique qui implique la destruction d’autrui, l’abjection voyoucratique et fasciste dans toute sa splendeur. Pire encore, la contagion que l’usage aveugle de cette force finit par exercer chez tous les personnages du film.

Mais de quel pays lointain nous parle donc Matteo Garrone ? Du sien sans doute, où les deux partis vainqueurs des dernières élections législatives italiennes sont le parti populiste M5S et la Ligue d’extrême droite. Plus largement peut-être de notre continent, où l’ombre totalitaire progresse chaque jour, enrégimentant partout les Simoncino. Autant aller voir dès que possible la farce macabre de Garrone pour savoir exactement, si ça continue comme ça, ce qui nous attend.

 

Le Parisien

En compétition sur la Croisette, le dernier film de Matteo Garrone («Gomorra») conte les déboires d’un toiletteur pour chiens avec un voisin drogué et violent. Une claque.
« Dogman », c’est le nom de son commerce, et aussi son surnom. Il en a d’autres : Marcello est aussi appelé « Marcé » par ses amis commerçants, qui jouxtent sa boutique de toilettage pour chiens dans une banlieue balnéaire italienne à l’abandon. Petit homme malingre, voûté, il respire la bonté et l’amour. Pour les chiens qu’il appelle « mon cœur ». Et sa fille qu’il voit peu car il est séparé de son ex-femme.

Marcé pourrait avoir une vie simple et heureuse, sans le harcèlement quotidien d’un voisin « ami » qui exploite sa gentillesse. Simoncino, géant à la force surhumaine, brute épaisse, criminel de bas étage, accro à la cocaïne, entraîne sans cesse Marcé vers des mauvais coups, le tire vers le bas, le sordide… Marcé finira par tout perdre, sa liberté, son honneur, ses amis. Comment s’achèvera ce destin chemin de croix ?

Deux comédiens exceptionnels
A partir de cette histoire inspirée d’un fait divers réel, Matteo Garrone, le réalisateur italien de « Gomorra », nous livre un film coup de poing, une grande claque de fin de festival qui balance, non sans douleur pour le spectateur, entre chronique sociale, tendresse pour les plus démunis, amour des gentils et grande violence. Le tout servi par deux comédiens exceptionnels : Edoardo Pesce, terrifiant en colosse bas de gamme aux neurones siphonnées par la drogue, et surtout Marcello Fonte, visage lunaire à la Buster Keaton, qui fait passer toute une gamme d’émotions contradictoires à travers ses grands yeux gentils.

« Marcello est quasiment un acteur de cinéma muet », a souligné Matteo Garrone durant la conférence de presse, louant les mérites de ce comédien vu chez Scorcese ou Scola, porté en triomphe par son équipe mercredi soir au terme d’une projection non moins triomphale.

Alors, même si certains regretteront la fin un peu biblique de ce récit qui bouscule, on parie que le film, et surtout son principal comédien, ont de grandes chances de figurer au palmarès samedi soir.

 
 
dark river cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 29min)
De Clio Barnard
Avec Ruth Wilson, Mark Stanley, Sean Bean
Nationalité Britannique

 

 

Après la mort de son père et quinze ans d'absence, Alice revient dans son Yorkshire natal réclamer la ferme familiale qui lui était promise. Mais son frère Joe, usé par les années à s'occuper de l'exploitation et de leur père malade, estime que la propriété lui revient. Malgré les trahisons et les blessures du passé, Alice va tenter de reconstruire leur relation et sauver la ferme.

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 
« Mon père m’a laissé un arpent de terre », la chanson folk, revisitée par la voix spectrale de PJ Harvey, encadre un film en forme de conte vénéneux. La terre comme une malédiction, le retour d’un passé qu’Alice, l’héroïne, a mis quinze ans à enfouir. A la mort de son père, la jeune éleveuse de moutons revient à la ferme familiale se disputer avec son frère l’encombrant héritage. Originaire du Yorkshire, Clio Barnard y avait déjà situé son film précédent, Le Géant égoïste, sur deux gamins glaneurs de ferraille dans une Angleterre laminée par la crise. On retrouve ici son goût pour les cieux bas et les personnages mal-aimés et butés. Chiche en dialogues — à bon escient —, Dark River raconte avant tout le combat d’une sœur en quête de résilience et celui d’un frère torturé par la culpabilité. A l’image des toisons des moutons qui n’en finissent pas de repousser, les traumatismes des enfants sacrifiés ne cessent de ressurgir…
 
Le Parisien
 

Après la mort de son père et quinze ans d’absence, Alice (Ruth Wilson) revient dans le Yorkshire réclamer la ferme familiale qui lui était promise et renouer contact avec son frère.
Après quinze ans d’absence, Alice retourne dans la ferme familiale du Yorkshire au lendemain de la mort de son père. Son frère y travaille depuis toujours, mais l’exploitation est mal tenue et Alice a bien l’intention de la reprendre en mains. Alors qu’elle s’oppose à son frère sur la façon de gérer la ferme, de douloureux souvenirs refont surface… Entre la dureté du travail avec le troupeau, l’âpreté des relations entre le frère et la sœur et la violence de la mémoire, « Dark river » crée une atmosphère lourde comme un ciel de crachin anglais.

Sombre, mais sobre et très juste, ce beau film nous entraîne jusqu’au drame pour finir par une petite éclaircie.

 
l empire de la perfection cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 30min)
De Julien Faraut
Avec John McEnroe, Mathieu Amalric
Documentaire
Nationalité Français

 

Le cinéma ment, pas le sport… Au début des années 80, le tennisman John McEnroe est copié dans toutes les écoles, étudié sous toutesles coutures, filmé sous tous les angles. Roland Garros 84 : il a tutoyé la perfection, et pourtant…

 

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Au printemps 1984, John McEnroe est au sommet de son art tennistique. Le numéro 1 mondial est le grand favori des Internationaux de France, le seul titre du Grand Chelem qui manque à son palmarès. A Roland-Garros, le génial (et atrabilaire) gaucher est filmé, match après match, par Gil de Kermadec, le fondateur du service audiovisuel de la Fédération française de tennis. Trente ans plus tard, le réalisateur Julien ­Faraut a retrouvé, dans les archives de l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), les rushs en 16 mm. Il en tire un documentaire passionnant, qui, à travers la perfection technique du sportif décryptée dans un montage très inventif, brosse un portrait de l’homme McEnroe, plus complexe que son image médiatique.

On reste stupéfait par l’énergie dépensée par le champion américain en insultes envers l’arbitre (ou les spectateurs, ou les journalistes), mais on la comprend mieux, désormais : loin de le déconcentrer, ses explosions de ­colère semblent au contraire galvaniser son jeu. « L’hostilité est sa drogue. Il faut que tout le monde soit contre lui », dit Mathieu Amalric en voix off, citant Serge Daney. Le film se termine en apothéose avec le récit, set par set, de la finale face au « robot » tchéco­slovaque Ivan Lendl. Tous les amateurs de service-volée connaissent le résultat de ce match-duel au scénario fou. Julien Faraut parvient pourtant à créer du suspense, grâce à ses ralentis qui suspendent le temps, ses effets de réverbération sonores, sa bande musicale qui alterne entre rock agressif et mélodie de western. Ce n’est plus un match de tennis, c’est une tragédie…

 

Libération

Julien Faraut a consacré presque tous ses films à une unique passion : le sport. Plus précisément, aux diverses façons de le représenter ou de le filmer. Il est notamment l’auteur d’essais sur les rapports d’Yves Klein avec le judo (la Créativité du vide, 2006) et sur le documentaire réalisé par Chris Marker pendant les Jeux olympiques de Helsinki en 1952 (Olympia 52, 2013). Dans l’Empire de la perfection, il s’attache au travail d’un créateur moins connu, et qui n’avait aucunement la prétention d’être un artiste : Gil de Kermadec, réalisateur de documentaires didactiques sur le tennis. Alors qu’il était en charge d’archives à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), Faraut découvre une vingtaine d’heures de rushes en 16 mm filmés par Kermadec à Roland Garros entre 1975 et 1985, dont une part importante est consacrée à John McEnroe.

Paradoxe
Ce tennisman, peut-être le plus spectaculaire de tous les temps, est donc le premier sujet de l’Empire de la perfection. Le film en propose successivement des analyses techniques, psychologiques, esthétiques. McEnroe impressionne, fait rire, agace, devient sympathique par son obstination à ne pas vouloir l’être. Comme l’écrivait Serge Daney, «une seule passion le motive : ne devoir ses victoires qu’à lui-même, les arracher au monde et ne les partager avec personne». Le paradoxe de McEnroe, qui en fait un cas unique dans l’histoire du sport, est de tirer son énergie d’émotions négatives : l’hostilité de son adversaire, des arbitres, du public, l’agressivité, la rage. Les plans très précis de Kermadec permettent de constater combien ce prince des soupe au lait est mu, jusque dans les traits de son visage, par une hypersensibilité allant de pair avec un perfectionnisme maladif. D’où ses nombreux courts-circuits colériques.

Showman
Mais l’Empire de la perfection est plus qu’un documentaire sur un tennisman génial. À travers l’étude de son cas, c’est aussi un essai très riche et enjoué sur tout ce qui peut lier le tennis et le cinéma : décomposition du mouvement, attitude des corps, dramaturgie des matchs, cabotinage des joueurs, invention du temps. Le tout abondamment nourri par les textes tennistiques que le critique de cinéma Serge Daney a publié dans Libération entre 1980 et 1990, où l’analyse de ce sport est constamment éclairée par un point de vue cinématographique. McEnroe peut alors être perçu comme un modèle d’Etienne-Jules Marey (l’inventeur de la chronophotographie), comme un acteur, un showman ou un metteur en scène.

Toutes les idées, hypothèses et enjeux évoqués au cours du film sont réunis dans une dernière partie qui propose, en guise de démonstration, un haletant résumé de la mythique finale de Roland Garros de 1984, qui opposa McEnroe à Ivan Lendl. Un match aussi impressionnant qu’imprévisible qui devient ici un vrai film à suspense, se terminant en tragédie. Même ceux que le tennis ennuie pourront alors comprendre pourquoi certains (dont beaucoup de cinéphiles) le considèrent comme le plus beau des sports.

 
 
pororoca cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (2h 32min)
De Constantin Popescu
Avec Bogdan Dumitrache, Iulia Lumanare, Costin Dogioiu
Nationalités Roumain, Français

 

 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Cristina et Tudor Ionescu forment une famille heureuse avec leurs deux enfants, Maria et Ilie. Ils ont la trentaine, vivent dans un bel appartement en ville. Il travaille dans une entreprise de téléphonie, elle est comptable. Un dimanche matin, alors que Tudor se trouve avec les enfants au parc, Maria disparaît.

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Elle était là, en train de sucer une glace. C’est à peine s’il l’a quittée des yeux, le temps de boire un café à la buvette toute proche. Et voilà que sa petite fille a disparu. Elle ne répond plus à ses appels de plus en plus angoissés. Personne ne l’a vue s’éloigner : ni son frère aîné, ni les autres enfants, ni leurs parents. Tudor cherche partout, dévale et remonte la pente du parc qui mène à un lac : mais non, aucun accident n’a été signalé. A bout de nerfs, il prévient sa femme. Et la police, qui entame une enquête. Vaine. La petite Maria a disparu sans laisser de traces.

Les jours passent. Les amis du couple, compatissants, d’abord, reprennent le cours de leur vie. Les flics piétinent et d’autres affaires les absorbent. L’épouse de Tudor, que le chagrin avait au début rapprochée de son mari, se défait, peu à peu, sous ses yeux. Au point de lui reprocher, obstinément, ce qui est arrivé : « Tu es parti avec notre fille. Rends-la-moi… » Bientôt, elle s’en va, incapable de supporter sa présence, et emmène leur fils avec elle. Tudor se retrouve seul, responsable de rien, mais condamné à jamais, coupable d’avoir trahi, dans ces courts instants où sa vie a basculé, la confiance que les autres lui octroyaient, l’estime qu’il pensait mériter.

Et le réalisateur le traque sans répit. Il lui colle littéralement à la peau. Il avait déjà montré Tudor (interprété par un comédien inouï, Bogdan Dumitrache) cavalant de tous côtés à la recherche de sa fille dans un plan-séquence de vingt minutes dont chaque seconde augmentait l’intensité. C’est avec la même précision qu’il l’observe sombrer lentement dans la paranoïa. Car, dans le parc où il revient sans cesse dans l’espoir fou d’un miracle, Tudor a repéré un individu solitaire qui semble observer les gamins avec un intérêt suspect. Il se met à le surveiller, le suit jusqu’à son immeuble… Il en est convaincu, désormais : voilà le pédophile qui a enlevé, probablement tué, sa petite, et s’apprête à fondre sur une nouvelle proie. Qu’attendent les policiers pour l’appréhender, le questionner, le faire parler, l’enfermer ? Leur scepticisme, leur indifférence le sidèrent, le révulsent. Il décide d’agir…

Constantin Popescu appartient à la nouvelle vague roumaine qui a notamment révélé Cristian Mungiu (4 Mois, 3 semaines, 2 jours) et Cristi Puiu (La Mort de Dante Lazarescu). C’est dire s’il sait dilater le temps à sa guise, jouer sur la durée pour créer un malaise diffus. Il filme, ici, en scènes de plus en plus angoissantes, un être à bout de forces, terré dans un appartement qu’il a transformé en tanière sombre : un espace au vide vertigineux.

Oubliez le titre original, abscons (1) et la phrase d’accroche française, mièvre. Le film est un long suspense souterrain qui poursuit inéluctablement sa route vers un désastre inévitable.

(1) Pororoca, terme bien connu des surfeurs, est un mascaret : durant plusieurs heures, des vagues de 4 mètres de haut déferlent sur le fleuve Amazone. Le mot signifie dans certains dialectes « ce qui détruit tout sur son passage avec grand fracas ».

 

Nouvel Obs

Alors qu'elle jouait au parc sous la surveillance de son père, une fillette de 5 ans disparaît. Autour de cet homme détruit par le doute et la culpabilité (impressionnant Bogdan Dumitrache, déjà vu dans "Mère et fils" et "Sieranevada"), tout finira par s'effondrer : sa femme, sa famille, sa lucidité. Drame de l'absence, réflexion cruelle sur le couple, polar obsessionnel, le scénario, qui articule ces différentes pistes avec synergie, possède une indéniable puissance tragique. En revanche, la mise en scène manque de discrétion et finit par brider l'essentiel : l'émotion.

 
 
have a nice day cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 17min)
De Liu Jian
Avec Zhu Changlong, Yang Siming, Cao Kou
Animation
Nationalité Chinois

 

 

Une sombre pluie va s’abattre sur une petite ville du sud de la Chine. Xiao Zhang, simple chauffeur pour le compte d’un mafieux local, dérobe à son patron un sac rempli de billets. Alors que la nuit tombe, la nouvelle de cet acte désespéré se répand très vite et tous se lancent à la poursuite de Xiao Zhang et du sac.

 

 

 

 

Critiques
 
Le Nouvel Obs 
 
Présenté il y a un an en compétition à la Berlinale puis déprogrammé à la hâte par le Festival d'Annecy sous la pression des autorités chinoises, ce film d'animation, très politique et social, sort enfin en salles. Bonne nouvelle tant cette pépite fielleuse et rageuse mérite d'être découverte. Autour du vol d'une forte somme d'argent dérobée à un mafieux par son chauffeur, le cinéaste dessine le cercle concentrique de la loi de l'emmerdement maximal, avec, au programme, jets de sang et meurtres à la chaîne. Une fiction pluvieuse, poisseuse et désespérée, raison probable de la censure chinoise. Le trait du dessin est à l'image du scénario : au scalpel, crépusculaire et inconfortable.
 
Télérama
 

Un mafieux local se souvient, nostalgique, de son enfance et en particulier d’un homme ligoté devant lui… Un tueur à gages très professionnel, mais qui commence à s’ennuyer dans son métier, s’apprête à tuer un jeune type, mais répond tout de même à son portable qui sonne : « Non merci, je ne suis pas intéressé par des volets roulants. » Ailleurs, un couple qui vient de voler un sac plein de billets se dispute, la nuit, en voiture : madame ne comprend pas pourquoi monsieur veut utiliser l’argent pour monter une start-up…

Le dernier polar absurde et bavard de Quentin Tarantino ? Non, un ovni du cinéma d’animation qui sort, enfin, après avoir été censuré par les autorités chinoises au festival d’Annecy en 2017. A partir d’un pactole (dérobé, au départ, pour aider à réparer une opération de chirurgie esthétique loupée) qui passe de main en main et laisse autant de cadavres sur sa route, Liu Jian réalise un petit bijou d’humour noir et absurde, sous une pluie diluvienne. Magnifiquement dessinés, les paysages de zones industrielles désolées, où clignotent, encore, quelques enseignes de bars désertiques, évoquent la Chine de Jia Zhang-ke où chacun veut sa part de gâteau du capitalisme sauvage. Mais soudain, dans la nuit couleur encre, miroite une étendue d’eau que l’on croirait pouvoir toucher, et les phares d’une voiture auréolent un champ de joncs, comme des lucioles géantes : ce violent film de genre comporte aussi des images qui frappent par leur beauté d’estampe.

 
l envol de ploe cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 21min)
De Arni Asgeirsson, Gunnar Karlsson Ives Agemans
Avec Jamie Oram, Harriet Perring, Iain Stuart Robertson
Animation
Nationalités Islandais, Belge

 

 

A partir de 3 ans

L’hiver islandais approche. Pour les pluviers, le temps de la migration vers le sud a sonné. Mais PLOÉ ne sait toujours pas voler et se retrouve seul. Il décide alors de traverser « la terre de glace », espérant pouvoir atteindre une vallée préservée des affres du froid : Paradise Valley. Au cours de son périple, il fait la connaissance de GIRON, un majestueux oiseau blanc dont les ailes ont été jadis abimées par SHADOW, un terrible prédateur. Les deux compagnons vont alors rivaliser d’audace et d’amitié pour surmonter les dangers de l’hiver arctique afin que PLOÉ, enfin, prenne son envol.

 

 

Critiques
 
 
bagdad cafe cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 48min)
De Percy Adlon
Avec Marianne Sägebrecht, CCH Pounder, Jack Palance
Nationalités Ouest-Allemand, Américain

 

 

Après une scène de ménage Jasmin atterrit au Bagdad Café, motel minable entre Disneyland et Las Vegas. La patronne, Brenda, Noire tapageuse et insatisfaite, règne sur tout un petit monde de routiers et de personnages énigmatiques. Peu à peu, Jasmin se fait apprécier de tous et remet même le café à flot grâce à "Magic", une boite de magie avec laquelle elle monte des tours assistée de Brenda. Entre les deux femmes va naître une solide amitié.

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Le public français fit un triomphe à cette comédie venue d'Allemagne, dont la liberté de ton échappe à toute étiquette. Mais lepropos de Bagdad Café donne de vraies raisons à son succès : c'est l'histoire d'un monde où les frontières culturelles n'existent plus. Un sujet sérieux qui prend le parti de la fantaisie avec cette image inoubliable d'une ­Bavaroise massive, en loden et chapeau à plumes, larguée en plein ­désert de Mojave, dans l'Ouest américain.

Ovni folklorique, elle devient la fée d'un motel minable que sa passion du ménage va refaire briller, le Bagdad Café. Y importer son art de vivre germain et sa curiosité pour les us et coutumes de la communauté, où elle trouve sa place. Les routiers et leur passion des tatouages, la patronne noire et son fils qui ne s'intéresse qu'à Bach, un peintre venu de Hollywood et un campeur fou de boomerang... chacun a son dada. L'idée généreuse, c'est que toutes les singularités peuvent dialoguer. C'est une fable, l'artifice des couleurs est là pour le rappeler. Mais dans cette utopie, le cinéaste a mis une irrésistible conviction.

  

Magazine juillet - août

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