avant la fin de l ete cinema metz

 

Date de sortie 12 juillet 2017 (1h 20min)

De Maryam Goormaghtigh

Avec Arash, Hossein, Ashkan

Nationalités Français, Suisse

 

 

Après 5 ans d’études à Paris, Arash ne s’est pas fait à la vie française et a décidé de rentrer en Iran. Espérant le faire changer d’avis, ses deux amis l'entraînent dans un dernier voyage à travers la France.

 

 

 

 

Critiques 
 
avant la fin de l ete studio
 
Télérama
 

Trois jeunes Iraniens sur les routes du Roussillon. C'est le point de départ minimaliste de ce road-movie flâneur qui s'est inventé en chemin, entre documentaire et fiction. Après ses études à Paris, Arash décide de repartir vivre en Iran. Le temps d'un été, ses deux amis tentent de le faire changer d'avis.
Riche de trois nationalités (française, suisse, belge) et de mère iranienne, la réalisatrice s'inspire largement de la vraie vie de son trio d'acteurs, sur lequel elle pose un regard d'une infinie tendresse. Comme tous les garçons de leur âge, leur préoccupation principale consiste à draguer les filles qu'ils croisent au café, au camping ou à la fête foraine. Autant de scènes archétypales qui étonnent, ici, par leur humour et leur inhabituelle douceur. Aucune tension, ou presque, entre les trois compères d'origine étrangère et les touristes ou autochtones curieux de leur culture, avec qui ils parviennent à échanger plus que les banalités d'usage. Les paysages des Corbières, souvent saisis dans une belle lumière crépusculaire, sont filmés avec la même empathie que les personnages qui les traversent. Par sa sincérité et sa mélancolie, ce carnet de route évoque le cinéma buissonnier de Jacques Rozier. Ou un cousin persan du Plein de super, d'Alain Cavalier.

 

djam cinema metz

 

Date de sortie 9 août 2017 (1h 37min)

De Tony Gatlif

Avec Daphne Patakia, Maryne Cayon, Simon Abkarian

Nationalités Français, Turc, Grec

 

 

Djam, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-neuf ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir.

 

 

 

Critiques 
 
Interview
 

D’où est née l’idée du film ?
De la musique Rebetiko. Je l’ai découverte en 1983 au cours d’un voyage en Turquie où j’étais venu présenter mon film Les Princes. C’est une musique qui s’est développée dans les basfonds d’Athènes et de Thessalonique, puis dans les îles, lorsque les Grecs ont été chassés de la Turquie par Atatürk. Il n’y a jamais de colère dans cette musique, plutôt de la révolte et de la mélancolie comme dans toutes les musiques que j’aime. C’est une musique de mal aimés, mais de gens fiers d’être ce qu’ils sont. Une musique subversive. Dans le Rebetiko, les chants ont des paroles qui guérissent.


A quoi attribuez-vous un tel pouvoir ?
Au mélange des cultures. J’y crois beaucoup. Quitter son pays peut aussi apporter quelque chose de positif : de nouveaux horizons, une manière de vivre ensemble… Ce qui
me plaît dans le Rebetiko, c’est cet assemblage entre Orient et Occident. Je viens de là : l’Orient et l’Occident sont en moi depuis l’enfance.

Pourquoi revenir à cette musique aujourd’hui ?
Parce que ses chansons parlent d’exil : le départ des Grecs d’Izmir, leur fuite à travers les mers en barques… Chez moi, tout part toujours de la musique et de l’exil. Enfant, j’ai vu les pieds-noirs quitter l’Algérie au début des années soixante. Je les revoie en larmes assis sur leurs valises derrière les grilles du port d’Alger en attendant de prendre des bateaux pour la métropole, j’étais parmi eux. Je revois les boat people vietnamiens, vingt ans plus tard, avec leurs bateaux renversés, si proches du sort des migrants actuels dont les embarcations se fracassent à Lesbos. J’ai vu tant de peuples condamnés à l’exil qu’avec ce film, je voulais parler de tous les migrants, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. C’est le Rebetiko et l’envie de filmer une jeune femme libre qui m’ont donné l’énergie de me lancer dans ce projet.


Elles sont deux sur les routes...
La première, Djam, rentre chez elle et, en chemin, prend sous son aile la deuxième, Avril, une Française de dix-neuf ans venue en Turquie pour faire du bénévolat et complètement paumée. Elles font la route d’Istanbul à l’île de Mytilène, la même que celle qu’empruntent les migrants. Lorsque Djam s’empare des chants du Rebetiko, elle fait corps avec la musique et en exprime tout le sens dans un mélange d’insolence, de révolte et d’apaisement. Et Daphné Patakia, qui interprète le personnage de Djam, l’incarne sans violence : tout ce qu’elle dit ou qu’elle exprime avec son corps est cash : elle est brute comme les beaux matériaux – c’est de la belle roche- mais elle n’est absolument pas brutale.

 

Télérama

Avec ses films tournés vers l'ail­leurs, le réalisateur d'Exils (2004) a donné vie à un cinéma exalté, plein d'émotions, parfois un peu folklorique. Le trait s'épure avec Djam, road movie aussi simple que son titre — prénom d'une jeune Grecque qui sourit à la vie, et parfois fait la grimace. Elle est un peu folle, Djam. Elle chante et danse ; elle se braque, toujours trop intense. Elle ressemble au passionné Gatlif, qui ne la quitte pas des yeux.
Cette union entre le cinéaste et son héroïne prend tout son sens dans le monde divisé que l'on découvre. Voyageant de l'île de Lesbos à Istanbul, Djam croise des vies brisées par la crise et met ses pas dans ceux des migrants, dont le passage est évoqué par des images frappantes. Sur le mur d'une gare, une inscription en arabe (« le sang coule à Alep »). Sur le rivage, des bateaux fracassés. Sur une île, une montagne de gilets de sauvetage... A l'épicentre de la tragédie, le cinéaste la fait résonner avec intensité et pudeur. Et cherche à redéployer l'horizon dans le regard d'une fille qui traverse les frontières et va de l'avant.
Porté par le personnage de Djam, le film l'est aussi par son interprète, une nouvelle venue saisissante, Daphné ­Patakia. Elle parle grec, français, anglais, s'imposant comme allégorie de notre présent mondialisé et figure d'espoir. Telle la Liberté guidant le peuple, qui montrait ses seins sur le ­fameux tableau de Delacroix, Djam joue la figure de proue avec tout son corps. Elle le montre, en joue, en rit. Elle est la jeunesse, le tumulte. Mais aussi le courage. A elle seule, un retentissant hymne à la vie.

 

ete 93 cinema metz

 

Date de sortie 19 juillet 2017 (1h 34min)

De Carla Simon Pipó

Avec Laia Artigas, Paula Blanco, Bruna Cusí

Nationalité Espagnol

 

 

Suite à la mort de ses parents, Frida, 6 ans, quitte Barcelone et part vivre à la campagne chez son oncle et sa tante et leur petite fille de 3 ans. Le temps d'un été, l'été 93, Frida apprendra à accepter son chagrin, et ses parents adoptifs apprendront à l'aimer comme leur propre fille.

 

  

 

Critiques 
 
ete 93
 
Télérama
 
Frida, 6 ans, doit quitter son appartement de Barcelone pour aller vivre chez son oncle, à la campagne. Ses parents sont morts du sida. Ce secret tabou, on le devine par petites touches. Cette délicatesse se retrouve dans la mise en scène qui ne quitte jamais le point de vue de l'enfant — la petite Laia Artigas est épatante de naturel. Carla Simón a le bon goût de rejeter le pathos pour privilégier les sensations de la fillette dans sa découverte de la forêt, dans ses relations conflictuelles ou complices avec sa nouvelle famille, puis dans l'acceptation du deuil et du chagrin. Une retenue qui se révèle très émouvante.
 
Les Inrocks
 

Dans Noces qu’il rédige à l’âge de 23 ans, Camus écrit que sa jeunesse le rapproche de la mort. L’auteur de L’Homme révolté l’explique ainsi : plus il vieillit, plus l’être humain éprouve le besoin d’aborder sa propre fin par le filtre de la religion ou de la fable, et s’éloigne de la vérité de sa mort, alors que l’enfant et l’adolescent n’ont pas peur de la fixer dans les yeux.

Eté 93 pourrait être une illustration comme il y en a déjà eue (citons Cría Cuervos de Carlos Saura) de ce pacte secret entre la mort et l’enfance ; la preuve que toute jeunesse possède sa manière bien à elle de tutoyer le monde des ténèbres.

Frida est solitaire, boudeuse et capable d’accès de violence

Frida est une orpheline de 6 ans qui s’apprête à quitter la maison de ses parents. Quand le film commence, on comprend qu’ils viennent de mourir, que le deuil est tout frais et à peine apparent, moins perceptible chez l’héroïne que dans les yeux des grandes personnes qui l’entourent : des oncles, des tantes, penchés sur des cartons de déménagement en chuchotant des choses secrètes – des craintes d’adultes.

Finalement, Frida ira s’installer chez le frère de sa mère, la compagne de celui-ci et leur petite fille, un chérubin blond et potelé qui traverse le film avec une grâce adorable. Frida fait presque figure de gamine ingrate à côté : avec ses cheveux courts et son petit visage pointu, on la découvre solitaire, boudeuse et capable d’accès de violence inquiétants envers ses nouveaux parents.

Une stupéfiante acuité documentaire

Dans la vieille maison de campagne espagnole, Carla Simon Pipó va suivre pas à pas cette petite fille, l’accompagner dans tous ses jeux, épouser tous ses vices, avec une stupéfiante acuité documentaire. Il s’agit non seulement de filmer l’enfance sans rien atténuer de sa sauvagerie (les pulsions sadiques qui la poussent à mettre constamment sa cousine en danger), mais aussi de guetter l’accomplissement du deuil et son modus operandi.

Eté 93 s’intéresse plus exactement à la phase qui précède la prise de conscience, le moment du déni. Telle une ligne tracée à la craie qu’il suffirait de franchir en sautant à pieds joints, Frida feint de croire qu’elle peut encore entrer en communication avec sa mère.

Un difficile acheminement vers le deuil

Mais elle ne prend même pas la peine d’avoir l’air déçu lorsque, à l’autre bout du fil, personne ne répond dans son ancien domicile déserté. Elle sait bien que sa mère est morte. Mais elle a encore besun oin d’avoir recours à cette tournure d’esprit si bien transcrite par Joan Didion dans son essai L’Année de la pensée magique.

Ce difficile acheminement vers le deuil passe encore par la cause inavouable du décès des parents, révélée dans une scène poignante : Frida joue à chat perché avec d’autres enfants, court, tombe et se blesse. A la vue du sang sur son genou, une mère de famille apeurée éloigne sa progéniture, et voilà comment il nous faut comprendre que Frida est peut-être elle-même infectée par le virus mortel qui l’a privée de ses parents. Par petites touches, sans un gramme de pathos, Carla Simon Pipó nous amène à accepter l’inconcevable, et à croire, comme Frida, que les fantômes se nichent au creux des arbres.

 

hirune hime cinema metz

 

(1h 50min)

De Kenji Kamiyama

Avec Yosuke Eguchi, Shinnosuke Mitsushima, Tomoya Maeno

Animation

Nationalité Japonais

 

 

A partir de 10 ans

Morikawa vit avec son père à Okayama. Depuis peu, elle fait une série de rêves étranges. Quand soudain, son père est arrêté par la police. Avec l'aide de son ami Morio, Morikawa est déterminée à libérer son père, ainsi que de démêler le mystère de ses rêves.

 

Critiques 
 
hirune hime reves eveilles premiere
 
Télérama
 
Kokoné dort beaucoup. Dans la journée, au lycée, chez elle, mais jamais très longtemps. La jeune fille poursuit toujours le même rêve : dans un royaume régi par la science et le conformisme, elle lutte contre un démon qui menace de tout détruire. Dignes d'un conte de fées, ces aventures échevelées sont pourtant liées aux événements de sa vraie vie... Hirune Hime s'inscrit dans la veine onirique d'Alice au pays des merveilles ou du Magicien d'Oz. Avec une différence de taille : le film saute constamment à cloche-pied entre rêve et réalité. Là est sa limite, qui finit par priver de souffle et d'émotion ce récit plaisant, doté d'une héroïne attachante et d'un propos original : le dialogue difficile entre l'industrie de papa et les nouvelles technologies...
 

tom of finland cinema metz

 

Date de sortie 19 juillet 2017 (1h 56min)

De Dome Karukoski

Avec Pekka Strang, Lauri Tilkanen, Jessica Grabowsky

Nationalités Finlandais, Danois, Allemand, Suédois, Américain

 

 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Touko Laaksonen, officier héroïque de la Seconde Guerre mondiale, est de retour en Finlande. Mais la vie à Helsinki n’est pas de tout repos. La persécution contre les homosexuels est insidieuse les contraignant le plus souvent à se marier et avoir des enfants. Touko trouve alors refuge dans l’art dessinant dans le plus grand secret des hommes musclés, désinhibés et fiers d’être gays.

 

 

 

Critiques 
 
tom of finland premiere
 

une femme douce cinema metz

 

Date de sortie 16 août 2017 (2h 23min)

De Sergei Loznitsa

Avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova

Nationalités Français, Allemand, Lituanien, Néerlandais

 

 

Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

Au début du Festival, dans Faute d’amour, Andreï Zviaguintsev décrivait une Russie sinistre et sinistrée. C’était le monde de Oui-Oui, par rapport à la vision de Sergei Loznitsa qui, avec une verve mêlée de pitié, décrit un univers de silhouettes slaves jusqu’au bout des orteils : folles, hystériques, mauvaises, mais animées d’une humanité à faire fondre les cœurs les plus endurcis. Cette Russie éternelle que peignait, déjà, Dostoïevski au XIXe siècle et que filmait, au XXe, un cinéaste comme Alexeï Guerman dans des films importants et incompris, Mon ami Ivan Lapchine ou Khroustaliov, ma voiture…
Vers le début de cette longue fresque (2h25), une scène de train rappelle très précisément l’œuvre de Guerman : des personnages, un instant primordiaux, mais qu’on ne reverra plus par la suite, boivent, chantent, pleurent, évoquent des bribes de leur triste passé devant une femme impassible qui, elle, s’en va en ville, rendre visite à un mari prisonnier dont elle n’a plus de nouvelles.

C’est elle la « femme douce » du titre. Elle est moins douce que silencieuse, d’ailleurs. Elle n’est qu’un regard. Celui du réalisateur qui, à travers elle, contemple la Russie et, sans doute, d'autres pays qui lui ressemblent. On est ravis, d’ailleurs, qu’à travers un discours d’ivrogne empli de lucidité, le cinéaste ukrainien saisisse en quelques phrases une vérité mal connue des hommes politiques actuels : le terrible complexe d’infériorité des Russes par rapport à l’Occident (« Oui, disent-ils, nous ne sommes que des incultes et des sauvages à vos yeux ») qui se double, évidemment, d’un complexe de supériorité terrifiant (« Ok, souffrons pour vous, nous avons donné nos vies pour vous qui nous méprisez tant, nous sommes prêts à la donner encore, mais sachez-le : viendra le jour où nous vous sauverons de vous-mêmes... »).
Notables clownesques
Soudain, l’onirisme surgit. Le temps d’une séquence à la Fellini où devant la « femme douce », des notables clownesques, sous prétexte de révéler leur humanité, dévoilent leur hypocrisie et leur cynisme. « C’est pour vous protéger que nous devons tout savoir de vous », explique à ses administrés le Président local qui, le plus sérieusement du monde, avoue, ensuite, le but de la mission que l’État lui a confiée : réconcilier définitivement le peuple avec l’idée de prison…
Une femme douce, de Sergeï Loznitsa (Krotkaya, Ukraine/Russie/France, 2h25). Avec Vassilina Makovsteva, Lia Akhedzhakova. En compétition.
Défilent, alors, les propos de tous les démiurges de la terre, tous les populistes et les dictateurs qui inondent le monde. Boniments qui ne servent qu’à endormir les foules – c’est, d’ailleurs, le dernier plan du film : des citoyens endormis – tandis que les opposants, les résistants, les dissidents, y compris cette « femme douce » qui, en somme, ne cherchait qu’à rendre visite à son mari, sont systématiquement broyés. Et violés au sens propre du terme...
Une femme douce est un grand film politique et romanesque. Il est à la fois doux et extravagant. Sergeï Loznitsa s’y affirme définitivement comme un grand cinéaste. Une Palme d’or serait bienvenue.

 

une femme fantastique cinema metz

 

Date de sortie 12 juillet 2017 (1h 44min)

De Sebastián Lelio

Avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco

Nationalités Chilien, Allemand, Espagnol, Américain

 

 

Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s'aiment loin des regards et se projettent vers l'avenir.
Lorsqu'il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d'Orlando : une "sainte famille" qui rejette tout ce qu'elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu'elle est : une femme forte, courageuse, digne ... une femme fantastique !

 

 

 

Critiques 
 
une femme fantastique studio
 
Télérama
 

Esprit d'Almodóvar, es-tu là ? L'univers du cinéaste espagnol semble sans cesse cité dans ce film tourné à Santiago du Chili. Parce que c'est le portrait d'une femme flamboyante, Marina, qui a encore la carte d'identité de l'homme qu'elle était mais porte fièrement ses robes moulantes. Avec ce personnage et son étonnante interprète, Daniela Vega, Sebastían Lelio nous entraîne dans un monde singulier et libre, affranchi de références. Un curieux vide en est le centre : le quingénaire Orlando meurt et, dès lors, tout tourne autour de lui. Il laisse Marina, la femme qui l'aimait. Mais c'est sa première épouse, très pincée, qui prend les commandes des funérailles, pour laver l'honneur de la famille, perverti par cette « transgenre ».
Ces ingrédients rendaient un mélodrame possible, autant qu'une comédie. Mais il s'agit surtout d'explorer un flottement, ce temps incertain pendant lequel Orlando semble encore vivant, même mort, et Marina presque morte, même si elle est vivante. Le réalisateur fait corps avec elle, comme déjà avec l'héroïne de son précédent film, Gloria (2014), et cette union sacrée rend tout possible. Dans une boîte de nuit, un moment de solitude mélancolique débouche soudain sur une chorégraphie disco, joyeuse comme une renaissance. La dureté d'un cauchemar éveillé et la fantaisie se mêlent. Marina incarne formidablement cet entre-deux. Entre deux sexes, deux identités, elle va de l'avant. Chanteuse de cabaret, elle se forme à l'art lyrique, elle chemine. Face à la vie qui s'arrête, elle est mouvement, au fil d'une trajectoire émouvante et d'un film audacieux.

 

lola pater cinema metz

 

Date de sortie 9 août 2017 (1h 35min)

De Nadir Moknèche

Avec Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci

Nationalités Français, Belge

 

 

A la mort de sa mère, Zino décide de retrouver son père, Farid. Mais, il y a 25 ans, Farid est devenu Lola…

 

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

Elle n'a pas osé le lui dire, la première fois qu'elle l'a vu. Alors, Lola quitte son Midi, sa compagne, ses cours de danse orientale pour débarquer à Paris, apparemment éclatante, mais la peur au ventre. A ce jeune qui l'a prise pour une autre — la nouvelle compagne de celui qui l'a abandonné à sa naissance —, elle murmure cet aveu incongru, encombrant : « Je suis ton père »... Zino la contemple, interdit. Puis furibond : ce serait son père, cette longue dame brune extravagante, un peu ridicule ? « Je ne sais pas ce qui me retient de vous casser la gueule », hurle-t-il avant de s'enfuir.
Quel cauchemar... La rage submerge Zino (Tewfik Jallab) : contre lui qui n'a rien compris. Contre sa mère, récemment décédée, qui lui a menti durant tout ce temps. Et contre cette caricature qui semble attendre de lui l'impossible : l'amorce d'un geste tendre, la possibilité d'un pardon.
Pour Lola, c'est pire encore. Elle se croyait audacieuse, et même courageuse, d'avoir réussi à devenir ce qu'elle voulait être : nul ne peut connaître la souffrance d'être prisonnière d'un corps qui n'est pas le sien. Mais les beaux yeux accusateurs de son fils la renvoient à son égoïsme : oui, c'est vrai, elle n'a pensé qu'à elle... Au moins se croyait-elle à l'abri. Acceptée. Apaisée. Mais non, tout est à refaire, toujours. La voilà obligée, comme avant, de lancer à un réceptionniste maladroit qui l'appelle « Monsieur » : « T'as besoin de lunettes ? T'es myope ? » Soudain, dans un miroir grossissant — qui ment moins que les autres —, elle se découvre comme tant d'autres la voient : un vieux monsieur au regard fixe, empli de chagrin.
Depuis Délice Paloma (2007), interdit en Algérie pour avoir trop bien dénoncé la corruption au sein de l'Etat, Nadir Moknèche a changé de style. Ses chroniques colorées, exubérantes, ont fait place à de classiques films de genre : Goodbye Morocco (2013) était un thriller à l'américaine, droit sorti d'un roman social à la Dashiell Hammett. Et Lola Pater est un western, avec affrontement et apprentissage. Un père et un fils s'y opposent, d'abord ennemis, puis complices possibles. L'ironie, évidemment, c'est que les valeurs de la vie soient transmises à un jeune homme en plein OEdipe par un « hors-la-loi ». Un hors norme. A savoir Fanny Ardant, qui excelle toujours lorsqu'on lui demande de braver le grotesque pour atteindre le sublime.
Le plus séduisant est l'infinie douceur de Nadir Moknèche. Son amour visible pour les seconds rôles : le réceptionniste sri-lankais qui, par pure gentillesse, reconnaît la ressemblance de sa cliente avec Beyoncé. Ou la compagne de Lola (Véronique Dumont), dont il fait percevoir, lors d'une magnifique scène dans un hôpital, le dévouement sans faille et l'amour infini. Sa mélancolie se reflète dans cette Danse de Granados qu'il a choisie pour leitmotiv : trois petites notes de musique qui, comme dans la superbe chanson d'Henri Colpi, « lèvent un cruel rideau de scène sur mille et une peines qui ne veulent pas mourir ».

 

Le JDD

Charmeuse, rieuse, l’actrice et réalisatrice Fanny Ardant joue un transsexuel romanesque en diable dans "Lola Pater", audacieuse comédie de Nadir Moknèche.

Rendez-vous est pris chez Loulou, café près de chez elle en plein Paris, juste avant son envol pour le festival de Locarno. Lola Pater, la surprenante comédie dont elle tient le rôle-titre, y sera projeté piazza Grande. Affublée d'un keffieh palestinien et d'une fausse fourrure rouge, Fanny ­Ardant y joue… un homme! Mais pas n'importe quel homme : de longue date, Farid, né algérien, a été naturalisé français et est devenu Lola. Un rôle inattendu pour lequel l'imprévisible actrice a bien voulu jouer équipée de discrètes prothèses augmentant ses seins et ses fesses, maquillée de façon à appuyer les angles de son visage singulier comme pour surligner une féminité jamais complètement acquise.

Quand elle arrive – altière, star, un poil en retard –, on est presque rassuré. Fanny Ardant est femme, bien réelle. Vêtue de l'un de ces tailleurs stricts qu'on lui connaît par cœur, elle paraît glisser sur le boulevard. Elle tient contre elle un petit sac rappelant celui dans lequel la "femme d'à côté" ­cachait son pistolet. Elle y range ses ­lunettes noires et, de son timbre légèrement grave et traînant, ne commande rien à boire, "surtout rien".

Libre, impulsive, batailleuse
Si mystérieuse, si familière quand soudain elle se ronge les ongles ; bientôt rieuse, tantôt agacée, elle désarçonne d'entrée, et séduit déjà. S'amuse à l'idée que l'on puisse ajouter de l'eau dans un fond de café par exemple, "comme un baroudeur de retour de Kaboul", selon elle ; ou que certains s'interrogent sur sa légitimité dans un rôle qui aurait pu revenir à un "vrai" transsexuel : "Mais attendez, quand je joue Médée, on ne me demande pas si j'ai tué mes enfants pour de vrai!" Ou encore que l'on puisse la questionner sur ses trois filles, nées de pères différents. "Ah je vous vois venir..."

Rien ne se passe comme prévu. Brillante mais certainement pas bien-pensante, Fanny Ardant déjoue comme elle joue, libre et impulsive, batailleuse. Elle a assez lu et relu, elle le dit, pour se le permettre. D'entrée bon sauvage, elle ne peut s'empêcher de balancer tout le mal qu'elle pense du politiquement correct, du "boboïsme", de l'endormissement général, des "abrutis qui rêvent d'Amérique". Sans oublier la presse "vendue" qu'elle ne lit plus. Elle lui préfère Balzac, Stendhal, Gary jusqu'à la lie : "Ah, il avait le sens du clandestin, lui!" Et bien sûr "ses" Russes qu'elle a dans la peau, Dostoïevski ou Pouchkine, dont la lecture la met en transe et en retard quand la meute des photographes l'attend à Cannes.

"Tout cela avait commencé avec les poètes, Maïakovski, ­Mandelstam, Akhmatova, ­Tsvetaeva, je les connaissais mieux que les Français. J'étais jeune et déjà très agitée par ce que sous-tend et coûte l'idée de résistance. L'univers romanesque m'a forgé une morale bien plus forte que n'importe quel prêcheur." Son père, aussi, militaire dissident qui, avant de disparaître trop tôt, lui a montré la voie. "La souplesse", corrige-t-elle. "Ça a été très fort. La non-identification à sa classe bourgeoise, l'appréhension du monde et des êtres avec un spectre énorme, une forme de bonté qui rend capable de prendre ce que chacun a d'exceptionnel, de saisir le moment qui ne reviendrait jamais. La richesse des humains, c'est d'être complexes, contradictoires."

"Tout me passionne mais je frôle vite la colère. C'est fatigant, pour vous, pour moi." Mais c'est plus fort qu'elle et déjà, des étoiles dans les yeux, Fanny Ardant évoque le souvenir de la colère de Duras "contre tout, contre Dieu", impériale et lente. La littérature d'aujourd'hui, elle prend aussi. Les polars de DOA (Dead on Arrival) qu'elle rêve de rencontrer, le trash audacieux de Virginie Despentes "qui restitue si bien cette impression que les gens sont des fusibles". "La société du “prends ton salaire et marche sur la droite” est un danger. Heureusement il y a des esprits qui n'ont pas envie de ça. Vous me direz, ce que je dis là n'est pas constructif. Mais pas prosélyte non plus. L'important, c'est d'être un électron libre."

"Vivre sans être caviardée"
Ces derniers temps, on l'a vue s'encanailler le temps d'un duo avec Alex Beaupain. On lui fait observer sa musicalité décalée sur scène, sa tendance à chanter quasi rougissante et avec un léger temps de retard. "C'est parce que je fais ça en douce, clandestinement. Il n'y a pas de business, c'est ce que je veux. Le cabaret, pour moi, est un endroit nocturne, mal famé, où personne n'écoute celui qui chante."

Cela nous ramène, tout de même, à sa Lola, assez romanesque et têtue pour changer de sexe. "Elle a choisi de vivre sans être caviardée ni vissée dans le rang, son destin est unique et sa morale intacte, observe-t-elle. Avant l'idée du changement de sexe, c'est l'histoire du rapport père-fils qui m'a plu. Nadir a perdu son père très jeune. Quand il me raconte qu'il s'autorise à se demander si ce n'est pas son père changé en femme qu'il voit lorsqu'il croise un transsexuel dans la rue, je trouve ça vrai. C'est mieux de retrouver un être cher métamorphosé que pas du tout."

Parler aux morts, c'est son genre. Mais parler d'eux, très peu pour elle. Difficile de lui faire évoquer François Truffaut. A propos de Jeanne Moreau, qu'elle a bien connue et dont le tempérament insoumis ne lui était pas étranger, elle la joue brève. "Je ne dirais pas que je suis comme elle. Jeanne, c'est la petite fille qui a suivi son chemin avec ce qu'il y avait en elle de secret, dont la lecture, la passion des choses, des êtres, la contradiction. Les metteurs en scène sont intelligents. Ils ont détecté cette lumière qui brillait dans les tunnels."

 

ozzy la grande evasion cinema metz

 

Date de sortie 12 juillet 2017 (1h 31min)

De Alberto Rodríguez, Nacho la Casa

Avec Ramzy Bedia, Antoine Duléry, Armelle

 Animation

Nationalités Espagnol, Canadien

 

 

A partir de 6 ans

Ozzy, un adorable chien, fait le bonheur de ses maîtres. Ceux-ci devant partir quelques mois à l'étranger le confient à un luxueux hôtel pour chiens. Ils ignorent qu'en réalité Blue Creek est une prison. Ozzy ne se laissera pas faire. Avec l'aide de ses copains de cellule, il fera tout pour retrouver la liberté.

 

 

Critiques 
 
Télérama
 
Un aimable toutou se retrouve coincé dans une prison. Il organise son évasion... Quelque part entre La Belle et le Clochard (sans la Belle) et Papillon (sans Steve McQueen), ce film d'animation imite, sans jamais l'égaler, le style graphique lisse et pimpant des grands studios américains DreamWorks et Pixar. Gentiment divertissant.
 
 
L'obs
 

Ozzy est un chiot heureux, jusqu’à ce que ses maîtres le confient pour quelques mois à un hôtel de luxe pour chiens, ignorant que cet établissement cache un trafic animalier. Porté disparu, Ozzy se retrouve dans une prison dont il est impossible de s’enfuir.

Clins d’œil cinéphiles ("les Evadés", "la Grande Evasion"), rythme soutenu, cabots secondaires, humour parodique… Le scénario aligne les meilleurs ingrédients d’un film d’aventures pour jeune public. Dommage que l’animation se limite à le mettre en images et qu’il n’y ait pas ici de réelle personnalité artistique.

 

que dios nos persone cinema metz

 

Date de sortie 9 août 2017 (2h 06min)

De Rodrigo Sorogoyen

Avec Antonio de la Torre, Roberto Álamo, Javier Pereira

Nationalité Espagnol

 

 

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Madrid, été 2011. La ville, plongée en pleine crise économique, est confrontée à l’émergence du mouvement des « indignés » et à la visite imminente du Pape Benoît XVI.
C’est dans ce contexte hyper-tendu que l'improbable binôme que forment Alfaro et Velarde se retrouve en charge de l'enquête sur un serial-killer d’un genre bien particulier. Les deux inspecteurs, sous pression, sont de surcroît contraints d’agir dans la plus grande discrétion…
Une course contre la montre s’engage alors, qui progressivement les révèle à eux-mêmes ; sont-ils si différents du criminel qu'ils poursuivent ? 

Critiques 
 
Télérama
 
Après avoir longtemps et volontairement dissimulé l'Histoire sous le formalisme, les films policiers n'hésitent plus à inscrire l'enquête criminelle dans le contexte politique et social du pays où elle se déroule. Comme dans le récent et formidable Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh, qui reliait le meurtre d'une chanteuse à la révolution égyptienne. En situant son polar en 2011, dans Madrid étouffé par la canicule et envahi par les fidèles de Benoît XVI et par les manifestants du mouvement des Indignés, le cinéaste permet à sa fiction de s'affronter au réel. Et lui offre par un supplément d'âme (torturée)... Pendant que la jeunesse catholique communie dans l'allégresse et que la gauche espagnole se réinvente collectivement sur la Puerta del Sol, deux policiers enquêtent sur une série de viols suivis de meurtres, dont les victimes sont toutes des vieilles dames. L'opposition entre le sacré et le profane, entre la pureté et la corruption, vient contaminer les policiers eux-mêmes, en proie à des pulsions de violence qui les rapprochent de l'homme qu'ils traquent. Le flic bègue, d'un tempérament calme à côté de son collègue au sang chaud et volontiers bagarreur, devient, ainsi, en présence de la femme de ménage qu'il convoite, un prédateur sexuel malgré lui. Dans cette ville grouillante de touristes et de militants qui cohabitent dans une relative indifférence, le tueur en série à la gueule d'ange vient rappeler que le mal peut s'immiscer partout. Après La Isla mínima, qui mêlait, déjà, les codes du polar à la politique contemporaine, ce thriller vient confirmer l'excellente santé du cinéma de genre espagnol.
 
Le figaro
 
Dans Que Dios nos perdone, Rodrigo Sorogoyen suit les traces de deux personnalités ambiguës. La cruauté du monde les a dévastés. Les silences de l'un cachent de solides traumatismes. Les bouffées de violence de l'autre masquent une tendresse qui a du mal à s'exprimer. Le cinéma espagnol affiche une santé de tous les diables. Que Dios nos perdone en est une preuve supplémentaire.
 

un vent de liberte cinema metz

 

Date de sortie 19 juillet 2017 (1h 24min)

De Behnam Behzadi

Avec Sahar Dolatshahi, Ali Mosaffa, Ali Reza Aghakhani

Nationalité Iranien

 

 

Niloofar, 35 ans vit seule avec sa mère. Pour protéger celle-ci de la pollution de l’air de Téhéran,  la famille décide unilatéralement que Niloofar devra déménager et vivre avec sa mère à la campagne... Alors qu’elle s’est toujours pliée aux exigences des autres, cette fois elle leur tiendra tête.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

Sous une cloche d'air pollué, Téhéran s'affaire, comme n'importe quelle métropole. La belle Niloofar, 35 ans, y vit heureuse, en femme urbaine d'aujourd'hui. Elle veille sur sa vieille mère, organise le travail des ouvrières de son atelier de couture, passe chez le garagiste pour faire réparer sa voiture et trouve le temps de flirter avec un homme charmant. Mais quand les médecins ordonnent à sa maman d'aller respirer le bon air de la campagne, tout change pour Niloofar. Son frère et sa soeur décident qu'elle partira, elle aussi ; son atelier sera vendu. Et elle n'a rien à dire.
La vie moderne n'est-elle qu'une illusion à Téhéran ? Autour de son héroïne rayonnante, le réalisateur fait tomber les masques pour révéler un horizon bien sombre. Au point que l'affront fait à Niloofar, brutalement condamnée à un destin moyenâgeux, bouscule à peine l'ordre établi. Comme dans Une séparation (2011) d'Asghar Farhadi, les personnages s'affrontent à l'intérieur d'une société qui absorbe tout, même l'envie de révolte. Ce climat de tension, très maîtrisé par le moins connu Behnam Behzadi, pousse son Vent de liberté vers la fable.
La pollution, qui inverse les couches d'air chaud et d'air froid dans l'atmosphère, devient le signal d'alarme métaphorique d'un renversement urgent des valeurs. Un mur abattu dans l'atelier de couture dit le besoin, pour les femmes, de repousser les barrières... Un discours efficace et fort, porté par la délicatesse des portraits de Niloofar et de sa jeune nièce, qui se fait son alliée. Espoir d'une génération nouvelle, d'une (r)évolution à venir...

 

L'obs

Une jeune femme, célibataire, est désignée par la famille pour s'occuper de la vieille maman malade. Quitter Téhéran, ville ultra-polluée, est nécessaire. Frères, cousins, belles-sœurs, tout le monde considère que Niloofar est corvéable à merci. Mais elle se rebelle, exige sa liberté, et la famille se fracture…

Behnam Behzadi, photographe, acteur de théâtre, professeur de cinéma à Téhéran, a signé un film qui résume sa démarche : "Bending the Rules" (2013) – contourner les règles.

Le message politique est simple : liberté pour les femmes. La réalisation, elle, est directe : dialogues importants, images de la ville noyée dans le brouillard, dramatisation en douceur. Le visage de l'actrice principale, Sahar Dolatshahi, possède une force d'émotion rare : il suffit de la voir, tout le film est déjà là.

 

lumiere d ete cinema metz

 

Date de sortie 16 août 2017 (1h 23min)

De Jean-Gabriel Périot

Avec Hiroto Ogi, Akane Tatsukawa, Yuzu Hori

Nationalités Français, Japonais

 

 

Akihiro, réalisateur japonnais, vient de Paris, où il vit, interviewer à Hiroshima des survivants de la bombe atomique. Profondément bouleversé par ces témoignages, il fait une pause et rencontre dans un parc une étrange jeune femme, Michiko. Petit à petit, il se laisse porter par la gaîté de Michiko et décide de la suivre pour un voyage improvisé à travers la ville, jusqu'à la mer.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

C'est une vieille dame qui, face caméra, raconte l'enfer. Elle avait 14 ans, et sa grande soeur, infirmière, 20 ans, lorsque la bombe est tombée dans leur quartier, à Hiroshima. Elle décrit les effets immédiats : les cadavres (« On ne distinguait plus hommes et femmes »), la ville rayée de la carte. Puis les effets retardés, la maladie qui emporte peu à peu sa soeur. Ce témoignage poignant semble au plus près d'une réalité vécue. La femme âgée qui s'exprime est pourtant une interprète. C'est la première fois que Jean-Gabriel Périot, remarqué jusque-là pour ses documentaires puissants (Eût-elle été criminelle..., Une jeunesse allemande), s'essaie à la fiction. Il fait le portrait d'un homme qui pourrait lui ressembler : Akihiro, cinéaste japonais vivant en France, ­venu à Hiroshima pour interviewer des survivants de la bombe atomique.
Cet homme, habité par le projet de son film, déambule près du fleuve. Dans un parc, près du dôme emblématique de Genbaku, l'un des rares bâtiments à être resté debout après l'explosion atomique, il rencontre une jeune femme étrange, en habit traditionnel. Elle l'emmène à travers la ville, puis dans un petit port, non loin, où ils font la connaissance d'un grand-père et de son petit-fils en train de pêcher.
Le fond est grave, mais la forme, légère et douce. Lumières d'été est une balade sentimentale qui unit avec naturel ­passé et présent. Un récit d'apprentissage où les fantômes s'invitent volontiers, mais pour apaiser. Le réalisateur montre les dernières traces de l'événement terrible qui a eu lieu, tout en se tenant du côté de la vie. A noter que ce film est précédé d'un court métrage beaucoup plus noir, 200 000 Fantômes, déjà consacré à Hiroshima, en 2007. Un diaporama de centaines de photos du dôme de Genbaku, avant et après l'explosion. On y voit la ville rasée, puis sa reconstruction progressive. Une formidable mosaïque de la mémoire, soutenue par une complainte au piano, envoûtante prière, du groupe britannique Current 93.

 

Les Inrocks

On a découvert Jean-Gabriel Périot avec son premier long métrage, Une jeunesse allemande (2015), alors qu’il réalise des vidéos expérimentales et des courts métrages depuis le début des années 2000. Consacré à la Fraction armée rouge (plus connue sous la dénomination de “bande à Baader”), Une jeunesse allemande était un montage d’images d’archives rayonnant autour d’un entretien télévisé avec l’une des leaders du groupe, Ulrike Meinhof. A la façon du Roumain Andrei Ujica, Périot utilisait les images d’autrui et d’antan pour les réinterroger à la lumière de la distanciation temporelle – il s’agissait là de comprendre comment de jeunes bourgeois entraient en résistance contre leur propre société jusqu’à prendre les armes en temps de paix.

C’est toujours la grande histoire et la distance du temps qui intéressent Périot dans Lumières d’été, mais cette fois-ci par le biais de la fiction – quoique… Le film commence par un témoignage bouleversant tant par son contenu que par son dispositif : Périot filme un autre réalisateur, Akihiro, Japonais de Paris venu à Hiroshima tourner un docu sur la mémoire de la bombe, au moment où il interviewe une survivante, Madame Takeda. Hormis la petite mise en abyme du tournage dans le film, la mise en place est simplissime : un plan-séquence sur Madame Takeda, qui raconte dans le détail l’atroce matinée du 6 août 1945.

Le récit est poignant : le début de journée guilleret, l’explosion avec son onde brutale de bruit, de lumière et de chaleur, la sidération des premières minutes de l’après, les bâtiments soufflés, les cadavres, les survivants hagards, les chairs à vif, les corps éventrés… et la lente agonie différée de Michiko, la sœur irradiée de Madame Takeda.

Cette dernière expose ces souvenirs sans colère, avec courage, précision, et une émotion d’autant plus puissante qu’elle est maîtrisée. Une émotion nue, brute, sans pathos, serrant la gorge du spectateur et d’Akihiro qui préfère ensuite faire une pause et sortir se promener dans Hiroshima. On comprend alors qu’Akihiro est un cinéaste fictif.

On se demande rétrospectivement si Madame Takeda était une vraie survivante ou un personnage joué par une actrice, et on saisit que la séquence qui vient de s’achever était pour Périot un sas de transition entre le précédent film, documentaire, et la fiction présente.

Dans un parc du Hiroshima bruissant et insouciant d’aujourd’hui, Akihiro engage la conversation avec une autre Michiko, spontanée, fantasque, souriante. Ils parlent de la ville, des traces de l’événement, de la mémoire ouverte ou fermée, déambulent, vont manger un morceau, puis Michiko propose qu’ils prennent le train jusqu’à la mer. Akihiro hésite, il a du travail, une équipe qui l’attend, un avion pour Paris le lendemain… On se croirait dans une version light et ligne claire d’Hiroshima mon amour, comme si un récit à la Duras-Resnais entrelaçant l’histoire, la mémoire et le présent était filmé par Ozu, ou Hong Sangsoo.

La balade d’Akihiro et Michiko est à la fois légère et grave, fragile et intense, mise en scène avec beaucoup de grâce et de simplicité dans une zone indécidable entre amitié naissante, début d’histoire d’amour, brève rencontre et approches comparées de l’usage de la mémoire.

La légèreté et la gravité, c’est aussi la tension qui existe entre un événement incommensurable tel qu’Hiroshima et la nécessité de continuer à vivre. Ni amnésie, ni écrasement paralysant, telle est la dialectique qui se pose aux survivants (et au reste de l’humanité) après les grandes atrocités de l’histoire. Périot apporte à cette tension une réponse poétique et cinématographique superbe vers la fin de son film (dont on laisse la surprise à ceux qui auront le bon goût d’aller le voir).

Lumières d’été étant un film relativement court, il sera précédé d’un court métrage de Périot, 200 000 fantômes. Une mosaïque mouvante de photos d’Hiroshima avec en son centre le dôme de Genbaku (le seul bâtiment ayant résisté à la bombe) en ses différents états successifs : en chantier, achevé, puis abîmé par la bombe mais toujours debout. Deux films superbes qui se complètent admirablement et permettent de proclamer “Hiroshima mon amour toujours”.

 

le grand mechant renard cinema metz

 

Date de sortie 21 juin 2017 (1h 20min)

De Benjamin Renner, Patrick Imbert

Avec Céline Ronte, Boris Rehlinger, Guillaume Bouchède

Nationalité Français

 

 

Ceux qui pensent que la campagne est un lieu calme et paisible se trompent, on y trouve des animaux particulièrement agités, un Renard qui se prend pour une poule, un Lapin qui fait la cigogne et un Canard qui veut remplacer le Père Noël. Si vous voulez prendre des vacances, passez votre chemin…

 

 

 

 

Critiques 

Télérama
 

D'énormes yeux ronds, des oreilles qui pendouillent ou des plumes qui rebiquent : expressives en quelques traits vifs, éclairées tout en douceur par le pinceau, ces bestioles-là ont une dégaine inimitable. Poules, cochon, chien, canard, lapins : la petite communauté fermière serait drôle, même sans le son. Mais en plus, elle cause, et c'est un régal. Version moderne et gentiment azimutée des fables de La Fontaine, cette comédie est l'adaptation réussie de la fameuse (et hilarante) bande dessinée que Benjamin Renner a adaptée lui-même, avec le renfort d'un complice doué, Patrick Imbert.
En trois historiettes tendres et goguenardes, on fait connaissance avec une remuante ménagerie au comportement décalé : une cigogne flemmarde et cabotine qui refile le bébé (au sens propre) à trois gugusses irresponsables qui envisagent de le catapulter chez ses futurs parents. Un renard pas très doué devient malgré lui la « maman » de trois remuants poussins. Dans ce monde bizarre, les poules prennent des cours d'autodéfense, le canard se déguise en père Noël et le lapin, ado ­attardé, fait une gaffe par image.
Cette campagne à l'aquarelle, aussi radieuse et veloutée que les décors d'Ernest et Célestine (le précédent dessin animé de Benjamin Renner), regorge de purs moments burlesques, jouant aussi bien de la malice du dessin que de celle de la bande-son (les voix des comédiens, même les plus « poussins » d'entre eux, sont toutes formidables). Beaucoup de films d'animation prétendent s'adresser au jeune public ­autant qu'à leurs parents. Ce grand ­renard désopilant y parvient comme personne.