la revolution silencieuse cinema metz

 

Date de sortie 2 mai 2018 (1h 51min)
De Lars Kraume
Avec Leonard Scheicher, Tom Gramenz, Lena Klenke
Nationalité Allemand

 

 

Allemagne de l'est, 1956. Kurt, Theo et Lena ont 18 ans et s'apprêtent à passer le bac. Avec leurs camarades, ils décident de faire une minute de silence en classe, en hommage aux révolutionnaires hongrois durement réprimés par l'armée soviétique. Cette minute de silence devient une affaire d'Etat. Elle fera basculer leurs vies. Face à un gouvernement est-allemand déterminé à identifier et punir les responsables, les 19 élèves de Stalinstadt devront affronter toutes les menaces et rester solidaires.

 

 

 

 

Critiques
 
revolution silencieuse
 
Télérama
 

C’est une histoire vraie et édifiante sur fond de guerre froide. 1956, à Berlin-Est. Grâce à une radio clandestine écoutée chez un vieil oncle, un lycéen découvre que l’insurrection de Budapest a été réprimée dans le sang par les troupes soviétiques. Ses copains et lui décident d’organiser une minute de silence, pour rendre hommage aux insurgés abattus. Le geste est fort, si fort qu’il provoque la colère de leur professeur, lequel alerte les plus hautes instances de l’appareil d’Etat. Une émissaire implacable du pouvoir est-allemand est dépêchée sur place pour tirer l’affaire au clair et sanctionner, le cas échéant.

Le film montre les pressions exercées sur des élèves aux convictions, d’ailleurs, divergentes. Il insiste sur les différentes façons d’être socialiste et de croire en la liberté. On est en Allemagne, rappelons-le, à une époque où le nazisme est encore dans toutes les mémoires et où les communistes, qui en ont triomphé, sont au pouvoir. Les personnages reçoivent en héritage les actes plus ou moins héroïques de leurs pères pendant la guerre, les reproduisent ou cherchent à s’en détacher.

Kurt et Theo (Tom Gramenz, Leonard Scheicher, charmeurs sans être mièvres) sont les leaders de cette révolution silencieuse. Ils vont, de temps à autre, à Berlin-Ouest, ont vu quel visage avait la liberté, loin de la surveillance à tous les étages. Aussi sont-ils plus déterminés que leurs camarades. Et puis, il y a Lena (Lena Klenke), vive d’esprit, qui vient remettre en question leur amitié. Et leur stratégie dans cette lutte. Car c’en est une. Exaltante et éprouvante. Un engagement fort, en symbiose avec la fougue politique, l’élan idéaliste propres à la jeunesse. Le film épouse cette énergie, sans manquer, pour autant, d’ironie, notamment à travers l’évocation, surprenante, de Ferenc Puskás, footballeur mythique hongrois, surnommé, jadis, le « major galopant ».

Le film est adapté du livre de l’un des lycéens concernés, qui a retracé en 2006 ces événements. Lars Kraume en a tiré un récit captivant. On connaissait ce cinéaste à travers Fritz Bauer, un héros allemand, très académique. La mise en scène, ici, reste convenue, mais le scénario illustre brillamment des thèmes passionnants : le sacrifice, la trahison — d’un idéal, d’un groupe ou d’un amour. Les rebondissements, inattendus, suscitent l’intérêt. Et même l’émotion.

 
everybody knows cinema metz

 

Date de sortie 9 mai 2018 (2h 12min)
De Asghar Farhadi
Avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darín
Nationalités Espagnol, Français, Italien

 

 

Le film est présenté en ouverture et en compétition au Festival de Cannes 2018

A l’occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au coeur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

 

 

 

 

 

Critiques
 
everybody knows 
 
plaire aimer courir vite

 

Date de sortie 10 mai 2018 (2h 12min)
De Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès
Nationalité Français

 

 

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

 

 

 

 

Critiques
 
 
 
senses 1 2 cinema metz

 

Date de sortie 9 mai 2018 (2h 19min)
De Ryusuke Hamaguchi
Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara
Nationalité Japonais

 

 

A Kobe, au Japon, quatre femmes partagent une amitié sans faille. Du moins le croient-elles : quand l’une d’elles disparaît du jour au lendemain, l’équilibre du groupe vacille. Chacune ouvre alors les yeux sur sa propre vie et comprend qu’il est temps d'écouter ses émotions et celles des autres…

 

 

 

 

 

Critiques
 
senses
 
Télérama
 

Cinq heures et dix-sept minutes. L’ampleur de ce film, doublement primé au festival de Locarno en 2015 (sous le titre Happy Hour), constituait une gageure commerciale. Le distributeur a opté pour une solution originale : il a découpé cet objet de cinéma hors norme en épisodes, à la manière d’une série, pour feuilletonner la sortie en salles pendant trois semaines consécutives. Un choix audacieux et pertinent : le développement des personnages, dans toute leur complexité, évoque la richesse psychologique et romanesque des meilleures séries télé contemporaines.

Quatre actrices non professionnelles — toutes formidables —, interprètent quatre amies de Kobé. Jun, la plus émancipée, est à l’origine du quatuor. C’est elle qui, aujourd’hui, ­menace de le faire éclater : après avoir révélé à une seule de ses confidentes qu’elle voulait divorcer, elle disparaît mystérieusement… Dans les premières minutes du film, les quatre femmes participent à un étrange stage de développement personnel pour trouver « des manières non conventionnelles de communiquer avec les autres ». La séquence, quasi documentaire, dure près de quarante minutes. Elle pourrait être fastidieuse, voire ridicule. Pourtant, elle fascine : le travail sur la durée permet d’interroger la vérité des apparences, de faire comprendre la fragilité des liens entre les quatre amies. Leur solitude, aussi.

Plus loin dans le récit, une autre scène au long cours permet de mieux saisir la démarche du cinéaste . C’est la lecture publique d’une histoire où il ne se passe pas grand-chose (comme dans Senses) jusqu’à ce que la récitante glisse quelques mots sur les « choses [qu’elle a] manquées ». Le plus important, dans le texte comme dans le film lui-même, n’est pas le récit — aux ­rebondissements d’ailleurs limités — mais le ressenti des héroïnes, qui en deviennent bouleversantes. La voix neutre de la lectrice fait écho à la réalisation épurée de Ryûsuke Hamaguchi. Mais la simplicité affichée révèle des moments de grande beauté. Et de superbes trouvailles de mise en scène.

 

Le Parisien

C’est une série sur grand écran. « Senses », dont les épisodes 1 et 2 sortent ce mercredi en salles (ils sont projetés l’un après l’autre, comme les volets 3 et 4 le seront à partir du 9 mai, avant la sortie de l’ultime épisode le 16 mai), propose une immersion dans la vie de quatre Japonaises d’une quarantaine d’années. Fumi, Akari, Sakurako et Jun sont amies, mais ne se disent pas tout. Un jour, l’une d’elles disparaît pour fuir un conjoint qu’elle n’aime plus. Les trois autres vont alors remettre en cause leurs propres choix - de couple ou de célibat…

Réalisé par un cinéaste qui présentera un film en compétition à Cannes dans quelques jours, « Senses 1 & 2 » montre le quotidien de ces quatre femmes en alternant des séquences à fort enjeu dramatique et d’autres, qui semblent plus anecdotiques. Mais à travers ce récit lent, voire contemplatif, la série aborde les questions du mariage, du célibat, du divorce, de l’avortement, de l’éducation des enfants, de la condition des femmes dans le Japon d’aujourd’hui. Et on finit par s’attacher à ce quatuor féminin - sobrement et subtilement interprété - qui se débat avec ses envies de libertés dans une société traditionnelle.

 
senses 1 2 cinema metz

 

Date de sortie 9 mai 2018 (2h 19min)
De Ryusuke Hamaguchi
Avec Sachie Tanaka, Hazuki Kikuchi, Maiko Mihara
Nationalité Japonais

 

 

A Kobe, au Japon, quatre femmes partagent une amitié sans faille. Du moins le croient-elles : quand l’une d’elles disparaît du jour au lendemain, l’équilibre du groupe vacille. Chacune ouvre alors les yeux sur sa propre vie et comprend qu’il est temps d'écouter ses émotions et celles des autres…

 

 

 

 

 

Critiques
 
senses
 
Télérama
 

Cinq heures et dix-sept minutes. L’ampleur de ce film, doublement primé au festival de Locarno en 2015 (sous le titre Happy Hour), constituait une gageure commerciale. Le distributeur a opté pour une solution originale : il a découpé cet objet de cinéma hors norme en épisodes, à la manière d’une série, pour feuilletonner la sortie en salles pendant trois semaines consécutives. Un choix audacieux et pertinent : le développement des personnages, dans toute leur complexité, évoque la richesse psychologique et romanesque des meilleures séries télé contemporaines.

Quatre actrices non professionnelles — toutes formidables —, interprètent quatre amies de Kobé. Jun, la plus émancipée, est à l’origine du quatuor. C’est elle qui, aujourd’hui, ­menace de le faire éclater : après avoir révélé à une seule de ses confidentes qu’elle voulait divorcer, elle disparaît mystérieusement… Dans les premières minutes du film, les quatre femmes participent à un étrange stage de développement personnel pour trouver « des manières non conventionnelles de communiquer avec les autres ». La séquence, quasi documentaire, dure près de quarante minutes. Elle pourrait être fastidieuse, voire ridicule. Pourtant, elle fascine : le travail sur la durée permet d’interroger la vérité des apparences, de faire comprendre la fragilité des liens entre les quatre amies. Leur solitude, aussi.

Plus loin dans le récit, une autre scène au long cours permet de mieux saisir la démarche du cinéaste . C’est la lecture publique d’une histoire où il ne se passe pas grand-chose (comme dans Senses) jusqu’à ce que la récitante glisse quelques mots sur les « choses [qu’elle a] manquées ». Le plus important, dans le texte comme dans le film lui-même, n’est pas le récit — aux ­rebondissements d’ailleurs limités — mais le ressenti des héroïnes, qui en deviennent bouleversantes. La voix neutre de la lectrice fait écho à la réalisation épurée de Ryûsuke Hamaguchi. Mais la simplicité affichée révèle des moments de grande beauté. Et de superbes trouvailles de mise en scène.

 

Le Parisien

C’est une série sur grand écran. « Senses », dont les épisodes 1 et 2 sortent ce mercredi en salles (ils sont projetés l’un après l’autre, comme les volets 3 et 4 le seront à partir du 9 mai, avant la sortie de l’ultime épisode le 16 mai), propose une immersion dans la vie de quatre Japonaises d’une quarantaine d’années. Fumi, Akari, Sakurako et Jun sont amies, mais ne se disent pas tout. Un jour, l’une d’elles disparaît pour fuir un conjoint qu’elle n’aime plus. Les trois autres vont alors remettre en cause leurs propres choix - de couple ou de célibat…

Réalisé par un cinéaste qui présentera un film en compétition à Cannes dans quelques jours, « Senses 1 & 2 » montre le quotidien de ces quatre femmes en alternant des séquences à fort enjeu dramatique et d’autres, qui semblent plus anecdotiques. Mais à travers ce récit lent, voire contemplatif, la série aborde les questions du mariage, du célibat, du divorce, de l’avortement, de l’éducation des enfants, de la condition des femmes dans le Japon d’aujourd’hui. Et on finit par s’attacher à ce quatuor féminin - sobrement et subtilement interprété - qui se débat avec ses envies de libertés dans une société traditionnelle.

 
en guerre cinema metz

 

Date de sortie 16 mai 2018 (1h 53min)
De Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Jacques Borderie
Nationalité Français

 

 

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018.

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’usine Perrin Industrie décide néanmoins la fermeture totale du site. Accord bafoué, promesses non respectées, les 1100 salariés, emmenés par leur porte‑parole Laurent Amédéo, refusent cette décision brutale et vont tout tenter pour sauver leur emploi.

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Certains, à gauche, appellent ça un « licenciement boursier » : une entreprise pourtant florissante se sépare d’une partie de ses effectifs pour augmenter les profits des actionnaires. Chez Perrin Industrie, une usine d’Agen, ce n’est pas une simple définition politiquement orientée, c’est une menace immédiate : la maison mère, une multinationale basée en Allemagne, s’apprête à fermer le site et à délocaliser, laissant 1 100 salariés sur le carreau. Ces derniers, qui avaient déjà consenti de gros sacrifices financiers contre la promesse de garder leur emploi, refusent de se laisser faire, encouragés par leurs délégués syndicaux. Négociations, coups de pression, grève, occupation des locaux… La guerre est déclarée, totale, éreintante, inégale.

Ne cherchez pas l’histoire de cette usine dans l’actualité. Perrin Industrie n’existe pas, elle est née de l’imagination de Stéphane Brizé et de son coscénariste, Olivier Gorce. De la pure fiction, vraiment ? Si En guerre porte parfaitement son titre, c’est parce que le film se tient sur une ligne réaliste, au cœur d’un conflit endémique. Perrin Industrie n’existe pas, mais il suffirait de remplacer ce nom par Goodyear, Continental, Whirlpool, Sanofi et tant d’autres pour se retrouver dans la forme dure et précise du documentaire.

Par bien des aspects, ce long métrage puise ses qualités dans cet autre cinéma, qui scrute le monde : il en emprunte l’énergie convulsive, l’effet d’immersion totale et bourdonnante au sein du groupe en lutte. On est dans le vif de la tension et des affrontements, on respire au rythme du désespoir qui monte, des divisions qui s’installent, de la colère qui pulse toujours plus. La source documentaire irrigue, aussi, en profondeur, la description des mécanismes modernes de la casse sociale, en décortique les enjeux avec une rare intelligence. Chacun sa logique.

Le film ne condamne pas les individus, pas même les patrons, ni ceux, parmi les salariés, qui cèdent à la violence ou au contraire cèdent tout court. Mais si Stéphane Brizé se garde d’asséner un discours simpliste et didactique, il choisit clairement son camp. A travers la justesse saisissante des répli­ques, le déséquilibre flagrant des forces en présence, la violence des échanges parle d’elle-même. Elle teinte d’ambiguïté et d’impuissance l’intervention des pouvoirs publics. Elle dépouille peu à peu les grévistes de tous les recours. Dialogues de sourds.

Les uns n’ont plus que la rage ou le renoncement, les autres maintiennent un front hermétique, inflexible. Pour les cadres dirigeants de l’entreprise, le monde ultralibéral est une fatalité, une loi naturelle, le seul écosystème possible. S’y opposer, selon eux, c’est comme vouloir empêcher la Terre de tourner : « Il n’y a pas d’un côté les salariés et de l’autre côté la direction, on est tous sur le même bateau », se défend par exemple l’un des responsables. « Si on est dans le même bateau, sachez que nous, on est dans les couchettes du bas avec les rats et la merde et vous, vous êtes dans celles du haut », lui répond vivement son interlocutrice.

Dans « les couchettes du bas », veille farouchement Laurent Amédéo, représentant syndical, rivé à la lutte. Nerveux, ramassé, à la fois pugnace et poignant, tout en détermination vibrante et en charisme rugueux, Vincent Lindon s’empare du personnage avec une vérité qui rappelle sa précédente collaboration avec Stéphane Brizé, La Loi du marché, le drame social qui lui avait valu le Prix d’interprétation à Cannes, en 2015, pour son mémorable personnage de chômeur longue durée. Le comédien est ici confronté au même dispositif : mesurer l’extraordinaire authenticité de son jeu à celle de partenaires non professionnels, tous excellents, dans des rôles proches de ce qu’ils sont à la ville (ici, une « vraie » avocate, de « vrais » syndicalistes…). La « star » et les débutants sont traités à égalité, avec la même limpidité, la même attention : entre eux, se joue comme un dialogue entre réel et fiction, entre une honnêteté scrupuleuse et une haletante dimension spectaculaire.

Ni « documenteur » ni brûlot romanesque, le film trouve son équilibre et sa puissance dans un entre-deux passionnant, dans une capacité à distinguer et à resserrer les enjeux dramatiques, à en souligner les enchaîne-­ ments et la complexité, à en incarner toute la dimension humaine. Un vrai contrepoint aux images de reportages télé dont le récit est truffé, rappel constant de la manière dont cette guerre permanente, livrée à nos portes, presque sous nos yeux, est rapportée chaque jour, par bribes, tronquées, hâtives, commodément digestes. La destinée de l’irréductible Laurent Amédéo et l’histoire incandescente et douloureuse de cette lutte collective sont plus difficiles à avaler parce qu’elles n’offrent pas d’issues faciles, de réponses rassurantes. Elles se contentent de souligner l’urgence de faire face. Une insuffisante mais nécessaire condition de survie, résumée en exergue par une citation de Bertolt Brecht : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »

 

Nouvel Obs

Anatomie d'une grève qui foire : tandis que l'usine Perrin, à Agen, annonce la fermeture totale, la maison-mère allemande fait des bénéfices record. C'est la loi du capitalisme : détruire des emplois, faire du profit, sacrifier les 1.100 salariés. La grève commence ; il faut établir le rapport de force, discuter avec les différents responsables, impliquer les services de l'Etat (qui, comme le dit le haut fonctionnaire, ne peut pas grand-chose), rassembler la base, surmonter les dissensions, se battre, se battre, se battre.

En s'inspirant de l'incident du 5 octobre 2015, quand le DRH d'Air France a vu sa chemise déchirée, Stéphane Brizé s'interroge sur le désespoir des salariés, conduits à des gestes extrêmes. Le titre du film dit tout : c'est la guerre, désormais au cœur de notre société. Brizé raconte ce conflit (fictif, mais réaliste) avec des images de reportage, des réunions de syndicalistes, des confrontations avec le patronat : le leader de la lutte, Laurent Amédéo (Vincent Lindon), déterminé et dévoué, est montré dans toute sa vérité d'homme : divorcé, rageur, prêt à rendre service, intransigeant, porteur d'une dimension sacrificielle.

Joué par des acteurs non professionnels, le film a une charge électrique étonnante : la colère qui jaillit des images n'est pas feinte ni jouée. Sur un sujet somme toute classique (la lutte des classes), le cinéaste injecte une dose massive d'énergie. Au fil des jours, puis des semaines, la situation s'envenime : la direction a fait des promesses qu'elle n'a pas l'intention de tenir. Tout dérape, le front syndical se fissure : mencheviques (on prend ce qu'on nous offre) contre bolcheviques (on va jusqu'au bout).

Comme dans certains des films précédents de Brizé ("Quelques heures de printemps", "la Loi du marché"), un autre horizon se profile, sous le discours revendicatif. On assiste à la fin d'une époque : bientôt, il n'y aura plus d'ouvriers, plus de syndicats, plus de poings levés, plus de drapeau rouge. Le futur sera asocial, financier, écrasant. Alerte max, donc. Il y a, dans le film, une opération du Saint-Esprit : dans ces lieux ternes, ces murs d'usine, ces bureaux blancs, un acteur insuffle une tramontane d'enfer. Vincent Lindon, entièrement habité par le personnage d'Amédéo, allume la mèche, à chaque scène. Il est à la fois au diapason des autres et unique dans sa révolte. Cette marge entre la fiction et la flamme, on appelle ça le talent.

 

manhattan stories cinema metz

 

Date de sortie 16 mai 2018 (1h 25min)
De Dustin Guy Defa
Avec Abbi Jacobson, Michael Cera, Tavi Gevinson
Nationalité Américain

 

 

Une journée à Manhattan. Dès le réveil, Benny, fan de vinyles collectors et de chemises bariolées n’a qu’une obsession : aller récupérer un disque rare de Charlie Parker. Mais il doit aussi gérer la déprime de son coloc Ray qui ne sait comment se racheter après avoir posté en ligne, en guise de vengeance, des photos de nu de sa copine. Pendant ce temps, Claire, chroniqueuse judiciaire débutante passe sa première journée sur le terrain aux côtés de Phil, journaliste d’investigation pour un tabloïd ayant des méthodes douteuses pour obtenir un scoop. Leur enquête va les mener jusqu’à Jimmy, un horloger qui pourrait détenir, sans le savoir, les preuves d’un meurtre. Quelques blocks plus loin, Wendy, une étudiante désabusée du monde actuel, tente de persuader sa meilleure amie Mélanie qu’idéaux féministes et désirs sexuels ne sont pas incompatibles. S’ils ne se croisent pas toujours, une connexion existe entre tous : l’énergie de New-York.

 

 

Critiques
 
manhattan
 
Télérama
 
Une journée d’automne à New York, en compagnie d’une douzaine de personnages, un peu artistes, un peu fauchés, souvent barbus, qui chinent des vinyles, draguent leurs collègues, discutent dans des parcs, se déplacent à vélo et regardent leur vie passer, avec une mollesse anachronique. Comme la forme de Manhattan Stories, tourné en 16 millimètres sur un rythme nonchalant auquel on finit par trouver un charme. A cause de Michael Cera en apprenti Tintin, on pense à Woody Allen, époque Meurtre mystérieux à Manhattan. A John Cassavetes, aussi, parrain attitré de la mouvance mumblecore, ces films américains à petit budget, indépendants et bavards, tournés dans la rue et dans les chambres à coucher, auquel appartient ce premier long métrage attachant.
 
l homme qui tua don quichotte cinema metz

 

Date de sortie 19 mai 2018 (2h 12min)
De Terry Gilliam
Avec Jonathan Pryce, Adam Driver, Olga Kurylenko
Nationalités Espagnol, Britannique, Français, Portugais, Belge

 

 

Le film sera présenté en clôture du Festival de Cannes 2018

Toby, un jeune réalisateur de pub cynique et désabusé, se retrouve pris au piège des folles illusions d’un vieux cordonnier espagnol convaincu d’être Don Quichotte. Embarqué dans une folle aventure de plus en plus surréaliste, Toby se retrouve confronté aux conséquences tragiques d’un film qu’il a réalisé au temps de sa jeunesse idéaliste: ce film d’étudiant adapté de Cervantès a changé pour toujours les rêves et les espoirs de tout un petit village espagnol. Toby saura-t-il se racheter et retrouver un peu d’humanité? Don Quichotte survivra-t-il à sa folie? Ou l’amour triomphera-t-il de tout?

 

 

Critiques
 
 
le professeur balthazar cinema metz

 

Date de sortie 16 mai 2018 (0h 45min)
De Zlatko Grgic, Boris Kolar, Ante Zaninović
Genre Animation
Nationalité Croate

 

 

Tout est imaginable avec le Professeur Balthazar : fabriquer des arcs-en- ciel, conduire un tramway volant ou acheter des nuages… Inventeur génial, il aide en permanence les habitants de Balthazarville à réaliser leurs rêves les plus fous.

 

 

 

 

 

Critiques
 
 
gueule d ange cinema metz

 

Date de sortie 23 mai 2018 (1h 48min)
De Vanessa Filho
Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir
Nationalité Français

 

 

Le film est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018

Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Elle est sa petite « gueule d’ange ». Marlène ne voit pas Elli, 8 ans, comme sa fille, mais sa jeune sœur. Sa complice. Son refuge. Et des bouées de sauvetage, elle en a besoin, elle qui passe sa vie à la brûler par les deux bouts, et avec obstination, encore. Elle gâche même son mariage avec un brave gars — sa « cinquième chance », dit-elle — en le trompant avec un inconnu le soir même des noces. Avant de sombrer dans la dépression. Puis de repartir pour d’autres fêtes, toujours flanquée de sa gueule d’ange maquillée comme une petite adulte, qui considère avec tendresse et fierté cette mère blonde, belle, excentrique, aimante… Un jour, cependant, Marlène disparaît avec un mec de passage. Elli se retrouve seule.

Et c’est ce temps, soudain distendu, que saisit Vanessa Filho dans son premier long métrage. La lumière colorée et accablante du Midi, aussi, qui semble retenir les personnages dans ses rets. Laissée à elle-même, comme les gamins de Nobody knows, de Hirokazu Kore-eda, il y a quelques années, Elli commence à entasser de la vaisselle sale et des pizzas racornies dans l’appartement. Puis se ressaisit et se métamorphose. Sa mère l’a élevée pour être son mini-double ? Elle le devient. Loin de ses camarades de classe, trop enfantins à ses yeux, elle se choisit un père de substitution. Et lorsque l’heureux élu, gêné, la repousse, elle s’accroche à lui, telle une petite amoureuse. Exactement comme maman. On a donc l’impression d’un danger invisible qui plane. Parce qu’on ne perçoit que trop bien le trouble qui naît dans l’esprit d’une fillette, cernée par l’absence et le vide. Et sa découverte de la trahison et d’un sentiment inconnu qui ressemble fort à de la haine. La réalisatrice s’appuie habilement sur le regard — inquiétant — de la petite Ayline Aksoy-Etaix. Et sur le talent de Marion Cotillard, toujours précise et juste, même lorsqu’elle surjoue, comme savait le faire si bien, jadis, Gena Rowlands.

 

Télé loisir

Quelque part sur la Côte d’Azur. Marlène (Marion Cotillard) vit seule avec Elli, sa fille de huit ans (Ayline Aksoy-Etaix), qu’elle entraîne dans ses excès en tout genre. Déjà précaire, la situation s’aggrave quand Marlène laisse son enfant seule à la sortie d’une soirée en boîte de nuit. Livrée à elle-même, Elli se tourne vers Julio (Alban Lenoir), jeune homme qu’elle a aperçu sur son palier…

Récemment présenté au Festival de Cannes dans la section Un certain regard, ce drame intime et familial est un concentré d’humanité, dans ce que celle-ci a de plus dur mais aussi de plus lumineux. Cabossés de la vie, Marlène, sa fille, et l’homme que cette dernière a choisi comme père de substitution sont tous trois profondément touchants, avec leurs bleus, sur le corps et à l’âme. Pour son premier film, la réalisatrice Vanessa Filho ne juge jamais ses personnages, filmés au plus près. Elle fait preuve d’une grande maîtrise. Celle qu’on attend évidemment, c’est Marion Cotillard, qui casse une nouvelle fois son image glamour avec son maquillage outrancier et ses habits aux couleurs flashy.

Un concentré d’émotions sans filtre, dans la lignée des personnages les plus forts déjà incarnés par l’actrice comme celui de Stéphanie, la dresseuse d’orques aux jambes brisées dans De Rouille et d’os (2012) ou Sandra, qui tente de sauver son emploi dans Deux jours, une nuit (2014). Mais la vraie révélation du film, c’est la jeune Ayline Aksoy-Etaix dans le rôle-titre, cette « gueule d’ange » totalement craquante. D’un naturel étonnant, avec son regard profond tantôt enjoué, tantôt mutin, voilà une sacrée graine d’actrice dont les prochains pas – s’il y en a – seront assurément à suivre.

le ciel etoile cinema metz

 

Date de sortie 23 mai 2018 (1h 17min)
De Ilan Klipper
Avec Laurent Poitrenaux, Camille Chamoux, Marilyne Canto
Nationalité Français

 

 

Bruno a publié un fougueux premier roman en 1996. La presse titrait : « Il y a un avant et un après Le ciel étoilé au-dessus de ma tête ». Vingt ans plus tard, Bruno a 50 ans. Il est célibataire, il n’a pas d’enfants, et vit en colocation avec une jeune Femen. Il se lève à 14h et passe la plupart de ses journées en caleçon à la recherche de l’inspiration. Pour lui tout va bien, mais ses proches s’inquiètent...

 

 

 

 

 

Critiques
 
le ciel
 
Télérama
 

Premier long métrage de fiction mais sixième film déjà pour ce documentariste, infiltré chez les prolétaires de la police (Flics, Commissariat, coréalisés avec Virgil Vernier), et aussi remarqué pour un beau court sur un portier de boîte de nuit (Pandore). Ilan Klipper a changé de registre, pas d’obsession. Il est toujours question de folie et d’enfermement, mais dans le cadre pas très cadré d’une comédie loufoque, en appartement. Le héros, un écrivain quinquagénaire qui a connu le succès avec un premier roman, végète, depuis, en slip, dans un sombre trois-pièces partagé avec sa colocataire Femen, également fâchée avec les vêtements. Entre dépression, panne d’inspiration et oisiveté assumée, Bruno (Laurent Poitrenaux, très en forme) ne s’estime pas si malheureux et ne comprend pas pourquoi ses parents débarquent avec son ex-femme, un pote et une jolie psy chargée d’évaluer l’opportunité d’une hospitalisation forcée ou d’un éventuel mariage, ce qui arrangerait tout le monde.

Salade russe et humour ashkénaze dans ce huis clos où les scènes fantasmées cohabitent joyeusement avec le réel, sans frontière tangible. Dans une société sens dessus dessous, qui sont vraiment les fous ? Eléments de réponse dans la citation d’Emmanuel Kant qui a donné son titre à ce vaudeville déjanté sur la fragilité des convictions et la puissance des forces obscures : « Deux choses remplissent le cœur de crainte et d’admiration, le ciel étoilé au-dessus de moi, et la loi morale en moi. »

 

Magazine mai

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