latifa le coeur au combat cinema metz

 

(1h 37min)

De Olivier Peyon, Cyril Brody

Documentaire

Nationalité Français

 

 

L’histoire de Latifa Ibn Ziaten est celle d’une mère devenue activiste. Quand son fils Imad est assassiné par un terroriste, Mohamed Merah, son monde bascule. Pourtant elle refuse de perdre espoir, et parcourt les villes de France dans un seul but : défendre la jeunesse des quartiers et combattre la haine avec la tolérance et l’écoute. Elle transforme ainsi chaque jour son destin singulier en un combat universel.

 

 

 

Critiques
 
Elle
 

C’est une Latifa Ibn Ziaten digne, touchante, battante, intelligente, et tellement plus encore qui s’exprime et se démène tout au long de ce documentaire de 90 minutes. Une heure et demie pour raconter un an de la vie de cette mère devenue activiste presque malgré elle. Pour raconter aussi les années de deuil qui la précèdent et tout le chemin qu’il reste encore à parcourir pour réconcilier une partie de la jeunesse avec les institutions de la République.

D’une certaine manière, Latifa Ibn Ziaten est le chaînon manquant. Avec un calme et une détermination qui forcent forcément le respect, elle se déplace dans les écoles et les prisons pour tenter de renouer des liens qui semblent souvent défaits. Son combat est d’abord celui d’une mère qui refuse le statut de victime, mais c’est aussi celui de la République, seul bouclier contre la barbarie.

A travers le parcours de Latifa Ibn Ziaten, le film raconte quelque chose d’universel : la désintégration, l’échec des politiques publiques sur une génération abandonnée et la peur d’une France coincée entre terrorisme et montée de tous les extrémismes. Malgré le socle tragique, le message est plein d’espoir : les valeurs de la République doivent reprendre leurs droits. Latifa Ibn Ziaten, elle, est bien décidée à se battre pour ses idéaux, cette France rêvée, qui l’a accueillie, nourrie, rendue heureuse, mais qui n’a pas su protéger ni son fils, ni sa propre jeunesse.

 

L'Obs

C'est une femme admirable. De sa douleur, de ses regrets et même de sa colère, elle a tiré un espoir fou. Celui de la réconciliation et de la concorde. La Franco-Marocaine Latifa Ibn Ziaten, dont le fils Imad, sous-officier de l'armée française, a été assassiné à Toulouse, en 2012, par le terroriste Mohamed Merah, n'a jamais baissé les armes. Depuis cette date, elle se bat. Pour la paix. Elle a même créé une association afin de promouvoir la laïcité, d'établir un dialogue interreligieux et d'accompagner les jeunes des quartiers en difficulté. Oui, cette femme voilée au visage marmoréen, à la voix douce et aux gestes maternels est admirable.

Olivier Peyon et Cyril Brody le savent bien, qui l'ont suivie pendant un an, de villes françaises en villes marocaines, de lycées en collèges, de prisons en plateaux de télé, d'églises en synagogues, jamais épuisée de prêcher – jusqu'en Chine – la bonne parole, jamais inquiète de devoir affronter la haine des fondamentalistes, toujours soucieuse d'expliquer, de convaincre et de convertir à la tolérance. Si ce film est si fort, c'est qu'il n'est ni complaisant ni hagiographique. Il montre et donne simplement à entendre une femme d'aujourd'hui, ni politique ni intellectuelle, qui refuse de faire de sa tragédie personnelle un argument, et dont la vie ne vaut désormais que pour œuvrer à un monde meilleur. Ce film nous aide aussi à y croire.

 

la villa cinema metz

 

Date de sortie 29 novembre 2017 (1h 47min)

De Robert Guédiguian

Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan

Nationalité Français

 

 

Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…

 

 

 

Critiques
 
la villa 
 
Télérama
 

C’est un coin de village qui donne sur la mer, surplombé par une villa et, plus haut, un auguste viaduc où passent des trains. On pourrait croire à une toile cubiste. Un patriarche, qui contemple la vue ­depuis son balcon en grillant une ­cigarette qu’il sait peut-être fatale, est soudain frappé par une attaque. Il ne meurt pas mais tombe dans une léthargie qui lui fait perdre son autonomie. L’imminence de sa mort suscite les ­retrouvailles de ses trois enfants, Armand (Gérard Meylan), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Angèle (Ariane Ascaride), autant dire le rappel de la troupe de Robert Guédiguian. Le premier tient le modeste restaurant du port mais songe à mettre la clé sous la porte car le village se vide. Joseph est un cadre qui a été licencié : un beau parleur amer multipliant les saillies sardoniques. Enfin, la petite sœur. Elle est comédienne, habite Paris et revient à contrecœur dans cette région, chargée, pour elle, de funestes souvenirs.
Le soleil est bien noir, ici. C’est une lumière d’hiver, de crépuscule qui règne sur ce théâtre à ciel ouvert. Du Tchekhov méridional, si l’on veut. Où l’on blague encore, mais « au bord du précipice », comme le dit Joseph. Cette noirceur n’est pas nouvelle chez le cinéaste, mais elle ne s’était pas exprimée de manière aussi poignante depuis La ville est tranquille (2000) ou Marie-Jo et ses deux amours (2002). Des trains qui filent vers la calanque déserte, des chemins de contrebandiers envahis de mauvaises herbes, tout paraît dominé par la perte, le deuil de quelqu’un, de quelque chose. La tentation est grande, dès lors, de céder au « c’était mieux avant ». C’est ce que reproche à Joseph sa jeune compagne (Anaïs Demoustier). Etait-ce si bien ­jadis ? On pourrait le croire, lorsque surgit l’extrait d’un des premiers films de Robert Guédiguian, Ki lo sa ? (1985), porté par la cavalcade grisante de Bob Dylan (I want you), où l’on voit les mê­mes personnages dans leur insolente jeunesse. Mais non : à l’époque déjà, Guédiguian parlait du temps perdu, des amours enfuies, de l’utopie gâchée. Le manque est une obsession, indissociable chez lui d’une nostalgie tenace. Une nostalgie au conditionnel : il est moins poursuivi par ce qu’il a vécu que par ce qu’il aurait pu vivre.
Heureusement, il y a le temps qui reste. D’une part, la relève est assurée par la jeunesse, certes regardée avec l’œil d’un « vieux con », mais au fond ­enviée, soutenue, aimée. Guédiguian ­mesure le gouffre qui sépare parfois les générations, leurs différends liés au travail et à l’argent — celui du couple de voisins avec leur fils médecin est bouleversant. D’autre part, l’urgence du présent, à travers la découverte d’enfants réfugiés, tapis dans la nature, vient réveiller ce que peuvent être une conscience, le sens de la solidarité et l’esprit de groupe.
Que faire de ces enfants ? Que faire du resto ? Qui pour s’occuper du vieux père ? Partir ou rester ? Autant de questions qui émergent de ce récit choral, fluide, dont l’action est habilement relancée par plusieurs épisodes dramatiques. Les réponses apportées sont provisoires : une fois n’est pas coutume chez le cinéaste, la fin reste ouverte. Malgré la mélancolie ambiante, des espoirs subsistent : l’amour de l’art et de la poésie (on déclame du Claudel !). L’amour tout court… Et puis il y a la mer, ses dorades et ses poulpes qui nous rappellent que l’antique palpite encore… Tout n’est pas perdu.

 
12 jours cinema metz

 

Date de sortie 29 novembre 2017 (1h 27min)

De Raymond Depardon

Documentaire

Nationalité Français

 

 

Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

 

 

 

 

 

banniere 12 jours

 

Critiques
 
 
les gardiennes cinema metz

 

Date de sortie 6 décembre 2017 (2h 14min)

De Xavier Beauvois

Avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry

Nationalité Français

 

 

1915. A la ferme du Paridier, les femmes ont pris la relève des hommes partis au front. Travaillant sans relâche, leur vie est rythmée entre le dur labeur et le retour des hommes en permission. Hortense, la doyenne, engage une jeune fille de l'assistance publique pour les seconder. Francine croit avoir enfin trouvé une famille...

 

 

 

 

Critiques
 
les gardiennes
 
Télérama
 

Des femmes sans hommes, sept ans après Des Hommes et des dieux, du même Xavier Beauvois. Des femmes dans une ferme, il y a un siècle, pendant la Première Guerre mondiale. Voir Les Gardiennes, c’est s’embarquer, à tous égards, pour un voyage dans le passé. L’auteur du roman adapté (1) , Ernest Pérochon (prix Goncourt en 1920 pour un autre livre, Nêne), a sombré dans l’oubli. Le monde représenté, la vieille paysannerie française, est presque effacé. Et le cinéaste, loin de l’injonction con­temporaine d’efficacité, avance dans les pas du Maurice Pialat de Van Gogh : il croit à la durée, aux silences, à l’expressivité des plans — paysages, natures mortes, fragments de corps —, indépendamment des dialogues.
La correspondance est donc complète entre le travail de la terre échu aux héroïnes, si concret, si lent, et la patience de Xavier Beauvois construisant son film comme un mur de pierres sèches : l’ampleur, l’intensité ne se donnent pas d’emblée. Par ailleurs, l’entreprise a ses fragilités : dans le rôle de la mère, responsable de la ferme, Nathalie Baye est desservie par le zèle des coiffeurs et maquilleurs à la vieillir, obstacle passager à son jeu pourtant irréprochable.
Peu à peu, la singularité du film se déploie : cette parenthèse hors du temps, pendant des saisons, des années. Ces vies suspendues à une éventuelle mauvaise nouvelle, et où tout est reporté à un hypothétique « après la guerre », prononcé comme une formule magique. Quand les héroïnes ne travaillent pas aux champs, elles se rongent les sangs. Quand les hommes reviennent pour une permission, ils sont fantomatiques, hagards, hantés par la barbarie des combats : les seules scènes de guerre au sens strict proviennent de leurs cauchemars. Les sermons, dans la petite église du village, mettent des mots sur la souffrance de cette société de taiseux. Et, pendant ce temps, de beaux soldats américains en attente d’ordres tournent autour des jeunes femmes.
Xavier Beauvois et son opératrice Caroline Champetier filment magnifiquement les visages : Laura Smet (la fille aînée), Cyril Descours (le fils cadet) n’ont jamais paru aussi vulnérables et vrais. Mais la meilleure part tient à un événement dont le cinéaste a indiqué qu’il était en partie survenu durant le tournage. Dans le rôle de l’orpheline, recrutée par les fermières pour pallier l’absence des hommes, la débutante Iris Bry, mélange de modestie et d’éclat, devient, irrésistiblement, la véritable héroïne des Gardiennes. C’est une affaire d’aura, puis de présence effective à l’écran. D’où l’impression rare d’assister à la réécriture de l’histoire, à la réinvention du film en cours de route.
Outre le happening artistique (naissance d’une actrice, aussitôt l’égale des vedettes), cet événement a des résonances politiques. Dans le scénario, la petite employée de ferme, dure à la tâche, est bientôt accusée à tort de mauvais comportements, victime sacrifiée sur l’autel des convenances. Or la mise en scène contredit cet évincement. Rejetée par les personnages, la jeune fille est choisie, élue par le cinéaste. Mieux, c’est à elle que revient d’incarner, en quelques scènes lumineuses, l’émancipation à venir des femmes et, à la fin de cette guerre, le retour impromptu de la joie.

 
 
 
makala cinema metz

 

Date de sortie 6 décembre 2017 (1h 36min)

De Emmanuel Gras

Avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo

Documentaire

Nationalité Français

 

 

Au Congo, un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

C’est le moment le plus extraordinaire de Makala (« charbon », en swahili) : la longue marche vers Kolwezi d’un jeune homme qui vit dans une province reculée de la République démocratique du Congo. Son petit vélo est surchargé de charbon de bois qu’il a fabriqué lui-même et qui lui permettra, s’il le vend bien, de nourrir sa famille durant plusieurs mois. La route est dure, elle monte et descend sans cesse. Des voitures, la nuit, évitent à peine le vélo. Parfois, Kabwita tombe : il lui faut, alors, se relever, essayer de ne pas trop gaspiller son précieux chargement et repartir au plus vite, avant que d’autres profitent de sa faiblesse pour l’attaquer. Aux abords de la ville, d’ailleurs, ce sont des flics qui le rançonnent. Il faut céder pour éviter le pire : la saisie de sa marchandise.
Le talent d’Emmanuel Gras est de rendre onirique, presque mystique, la quête de son héros. Au point que son documentaire bascule, soudain, vers une véritable fiction. Presque un suspense : Kabwita parviendra-t-il sain et sauf à Kolwezi ? Aura-t-il, s’il y parvient, l’habileté de récolter l’argent nécessaire ? L’attention avec laquelle le cinéaste contemple son personnage rappelle les grands Italiens de l’immédiat après-guerre : Roberto Rossellini et sa rigueur, Vittorio De Sica et sa compassion.
Emmanuel Gras est un drôle de type, un peu cinglé, auteur d’un documentaire, Bovines (2012), dont les héroïnes étaient des vaches. On les voyait meugler, mâcher, jouer avec un sac plastique, souffrir, aussi, lorsque leurs veaux étaient conduits à l’abattoir. On les voyait regarder l’objectif du cinéaste avec ce qui ressemblait à un curieux détachement. Et l’une d’elles, la plus belle, avait des cils aussi longs que ceux de Greta Garbo. Dans ­Bovines, tout reposait, déjà, sur le regard du ­cinéaste qui, d’emblée, excluait toute facilité, toute roublardise. C’est cette honnêteté, cette droiture que l’on retrouve dans Makala. Le périple de Kabwita est entouré, comme dans une icône en triptyque, de deux volets. Avant, on voit le jeune homme vivre au quotidien avec sa femme et ses enfants. Après, on le suit, dans la grande ville, rendre visite à sa fille qui vit, désormais, loin de lui, et aller dans une église : seul refuge pour conjurer les périls qui le guettent… A chaque instant, on sent le cinéaste se poser des questions : comment filmer Kabwita sans l’humilier ? Comment l’aider ? La tendresse de son regard est la meilleure des réponses.

 
 
un homme integre cinema metz

 

Date de sortie 6 décembre 2017 (1h 58min)

De Mohammad Rasoulof

Avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee, Nasim Adabi

Nationalité Iranien

 

 

Reza, installé en pleine nature avec sa femme et son fils, mène une vie retirée et se consacre à l’élevage de poissons d’eau douce.
Une compagnie privée qui a des visées sur son terrain est prête à tout pour le contraindre à vendre.
Mais peut-on lutter contre la corruption sans se salir les mains ?

 

 

 

Critiques
 
un homme integre
 
Télérama
 

Reza, modeste éleveur de pois­sons rouges, a quitté Téhéran pour s’installer à la ­campagne avec sa femme, directrice du lycée ­local, et son jeune fils. Bon mari, bon père, il n’a pas d’autre ambition que de vivre des fruits de son travail. En toute tranquillité, et surtout en toute inté­grité. Un pot-de-vin versé à son banquier lui permettrait d’alléger ses det­tes ? Reza préfère payer de lourds agios supplémentaires pour ne pas avoir à secompromettre. Mais sa vie devient un enfer quand la société de distribution d’eau décide de récupérer son terrain. La « Compagnie » fait pression sur le pisciculteur et sa famille. Matériel­le­ment, d’abord. Puis physiquement… Reza résiste et, sûr de son bon droit, ne veut rien céder. Au risque de tout perdre…
L’Iranien Mohammad Rasoulof est, lui aussi, un résistant. Et un cinéaste courageux. Au revoir (2011), son deuxième long métrage, était un réqui­sitoire terrifiant contre la république islamique et ses méthodes de persécution policière — un monde étouf­fant, mortifère, où le seul espoir était la fuite. Les manuscrits ne brûlent pas (pré­senté à Un certain regard, au Festival de Cannes 2013, mais inédit en salles) dénonçait avec force la censure politique et, à travers l’histoire d’un dou­ble complot contre des artistes, la ­volonté d’élimination des créateurs attachés à la liberté d’expression. Le réalisateur, condamné par un tribunal de Téhéran, sait qu’il peut être ­envoyé en prison à tout ­moment (lire ci-contre). Cela ne l’a pas dissuadé de tourner un nouveau brûlot. Un ­impressionnant thriller social, qui se révèle une charge implacable contre la corruption généralisée au pays des mollahs.
Dans Un homme intègre, tout s’a­chète — sous le manteau, de préférence —, tout se négocie : un coup de pouce pour qu’une plainte soit traitée en priorité par le juge ; un certificat ­bidon délivré par un médecin-légiste complaisant… Reza semble le seul à ­refuser ce système de petits arrangements et de passe-droits où tout le monde est complice. Dans une banque, un guichetier demande, en douce, une grosse somme pour assouplir un découvert. Il n’en touchera lui-même qu’une petite part : il faudra, aussi, graisser la patte du responsable de l’agence et ne pas oublier le directeur régional. Quand le beau-frère de Reza glisse quelques billets aux employés du tribunal pour accélérer sa sortie de prison, il les excuserait presque : « Il faut bien qu’ils vivent. Ils n’ont qu’un ­salaire de fonctionnaire… »
Dans ce contexte, les intérêts économiques, le pouvoir politique et les interdits religieux se confondent pour mieux contrôler les citoyens. Et ­exclure tous ceux qui ne rentrent pas dans le rang : les idéalistes comme ­Reza, ou les non-musulmans refusant de renier leur foi (dans une séquence bouleversante, des parents sont expul­sés du cimetière où ils voulaient enterrer leur fille lycé­enne). Désormais, lui explique un de ses amis d’université devenu trader prospère, « ­l’intelligence sociale » con­siste, d’abord, « à raser les murs »…
Comme l’avocate d’Au revoir, Reza ­s’attend toujours à voir débarquer les hommes de main du potentat local pour fouiller ses placards, à la recher­che d’un indice qui pourrait le fragiliser. Le cinéaste entretient, par sa mise en scène chirurgicale, une tension permanente. S’il abusait auparavant des procédés visuels pour exprimer l’enfermement, il est ici d’une sobriété glaçante. Des aboiements au loin dans la nuit suffisent à créer l’angoisse. Le film devient vite un cauchemar éveillé aux images et aux sons traumatisants : vacarme des corbeaux qui planent au-dessus des étangs, maison en flammes au crépuscule… Et le cauchemar est sans fin : dès que Reza pense avoir résolu un problème, il doit faire face à une nouvelle catastrophe, plus dramatique encore. Son beau-frère l’avait prévenu : « Certains apprennent vite, d’autres moins. Certains trop, d’autres pas assez. » Reza, lui, prendra son temps, mais s’endur­cira (le regard de son interprète, Reza Akhlaghirad, impressionnant de colère rentrée, deviendra de plus en plus inquié­tant). A son tour, il ourdira une machination machiavélique…
Et quelle ironie ! Voilà l’homme ­intègre salué, récompensé pour son intransigeance par ce système corrupteur qu’il a tant combattu… et dont il pour­rait, s’il le souhaitait, devenir l’un des rouages interchangeables. Terrible morale, pessimiste et rageuse, de ce grand film.

 
seule la terre cinema metz

 

Date de sortie 6 décembre 2017 (1h 44min)

De Francis Lee

Avec Josh O'Connor, Alec Secareanu, Gemma Jones

Nationalité Britannique

 

 

Johnny travaille du matin au soir dans la ferme de ses parents, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Il essaie d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant toutes les nuits au pub du village et en s’adonnant à des aventures sexuelles sans lendemain. Quand un saisonnier vient travailler pour quelques semaines dans la ferme familiale, Johnny est traversé par des émotions qu’il n’avait jamais ressenties. Une relation intense naît entre les deux hommes, qui pourrait changer la vie de Johnny à jamais.

 

 

Critiques
 
seule la terre
 
Télérama
 

Johnny, jeune homme qui n’a pas appris à sourire, travaille du matin au soir dans la ferme familiale, paumée dans le paysage aride et froid du fin fond du Yorkshire. Sa grand-mère et son père, malade et handicapé, comptent sur lui. Johnny n’a pas le choix : il doit prendre la relève, empêcher les murs de s’écrouler, les agneaux de mourir… Seules échappatoires quand il se rend au village : des bitures homériques au pub et des étreintes brutales et honteuses avec des garçons. Un jour, son père engage Gheorghe, un saisonnier roumain, pour l’aider. Le garçon sent poindre en lui une émotion nouvelle à laquelle il va, d’abord, résister…
Seule la terre est à la fois une rugueuse éducation sentimentale et une lumineuse chronique paysanne. Le décor y est pour beaucoup dans sa réussite : plans larges, magnifiques, dans des plaines caillouteuses et venteuses, où les corps des hommes, appelés à souffrir, n’ont pas le temps d’aimer. Le réalisateur porte aussi une attention particulière aux animaux, notamment lors d’une magnifique séquence : un geste de Gheorghe pour aider un agneau à survivre, qui commence dans le sang et finit dans la pure tendresse. Le réalisateur ose faire basculer la chronique sexuelle attendue en mélo romantique. Le visage de l’acteur principal, Josh O’Connor, s’illumine littéralement au fur et à mesure qu’il se rend à l’amour, qu’il chemine vers lui. Johnny se fait beau comme un avenir, enfin, redevenu possible.

 
les bienheureux

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (1h 42min)

De Sofia Djama

Avec Sami Bouajila, Nadia Kaci, Faouzi Bensaïdi

Nationalité Français

 

 

Alger, quelques années après la guerre civile. Amal et Samir ont décidé de fêter leur vingtième anniversaire de mariage au restaurant. Pendant leur trajet, tous deux évoquent leur Algérie : Amal, à travers la perte des illusions, Samir par la nécessité de s'en accommoder. Au même moment, Fahim, leur fils, et ses amis, Feriel et Reda, errent dans une Alger qui se referme peu à peu sur elle-même.

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Une façon de faire corps avec Alger. D’embrasser du regard son histoire récente et sa géographie, de les arpenter, de les enlacer. Ainsi commence-t-on par flâner dans une ruelle pentue, en compagnie d’Amal (Nadia Kaci), une prof d’université, mère altière d’un grand garçon qui glande pas mal. Le père, lui, Samir (Sami Bouajila), est gyné­cologue. Avec son épouse, il s’apprête à aller au restaurant fêter leur vingtième anniversaire de mariage. Un beau couple d’intellectuels, bien assorti, encore complice et tendre, quoi­que… Pointe un malaise, mais on est encore dans le non-dit.
En prenant son temps, le premier film courageux et libre, fortement autobiographique, de Sofia Djama nous conduit, peu à peu, vers les confiden­ces et les discussions animées. Nous som­mes en 2008. La guerre civile qui a déchiré le pays avec ses atrocités est loin, mais elle a laissé des blessures qui ne cicatrisent pas. Entre-temps, le poids de la religion s’est accru, au grand dam d’Amal et de Samir, qui ont milité ­naguère pour une Algérie laïque et ­démocratique. Leur fils et ses amis, eux, semblent davantage s’en accommoder, même s’ils fument et font la fête. L’un d’eux, qui a décidé de se faire tatouer une sourate sur le dos, est un croyant fougueux mais version « taqwacore » (du punk hardcore en rapport avec l’islam et sa culture)… De la fin de journée jusqu’au bout d’une nuit émaillée d’euphorie et de déconvenues, on suit en alternance tous ces personnages. Amal et Samir, dans leur dérive frustrante le long de la mer pour trouver un restaurant qui leur con­vienne. Les jeunes, dans leur virée au fin fond de la ville, à l’intérieur d’une cave bouillonnante, variante locale de l’underground. Les Bienheureux tient, donc, de la chronique sobrement élégante. Où la tension, légère au début, s’amplifie. Où la sensation d’un piège, d’une chape de plomb pèse de plus en plus. La ville est sensuelle, mais chaotique et oppressante, et certains cherchent à se soustraire à son étreinte.
Les femmes sont les plus lucides. Amal, mais aussi et surtout la très jeune Feriel (Lyna Khoudri, toute d’aplomb et de volupté), qui s’affirme, façonne son indépendance en suivant son propre chemin. Elle a des coups de cafard, bien sûr, qu’elle tente d’apaiser auprès d’un flic secret, mélancolique — ami, amant, ange gardien, on ne sait trop. Mais c’est elle clairement qui marche vers le soleil, elle qui est la moins engluée dans le ressassement. C’est d’elle que s’inspire directement Amal quand elle tire enfin le rideau sur les remords pour pouvoir vivre pleinement le présent. Le film se termine à l’aube, autant dire sur un nouveau jour et ses promesses.

 
 
lucky

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (1h 28min)

De John Carroll Lynch

Avec Harry Dean Stanton, David Lynch, Ron Livingston

Nationalité Américain

 

 

Lucky est un vieux cow-boy solitaire. Il fume, fait des mots croisés et déambule dans une petite ville perdue au milieu du désert. Il passe ses journées à refaire le monde avec les habitants du coin. Il se rebelle contre tout et surtout contre le temps qui passe. Ses 90 ans passés l'entraînent dans une véritable quête spirituelle et poétique.

 

 

 

 

Critiques
 
lucky
 
Télérama
 
Ce premier long métrage de l’acteur américain John Carroll Lynch (vu, entre autres, dans Fargo, des frères Coen, ou Zodiac, de David Fincher), tourné dans une petite ville du désert texan, est un bel exemple de cinéma indépendant ancré dans la légende. Celle de l’Ouest américain d’abord, décor mythique dont on finit par se demander si ce n’est pas le cinéma qui l’a inventé. Y déambule, une dernière fois, Harry Dean Stanton, l’acteur de Paris, Texas, de Wim Wenders, mort il y a quelques mois à l’âge de 91 ans. Le voir réap­paraître en marcel et caleçon puis stetson et chemise de cow-boy est une émotion en soi. Il est Lucky, increvable fumeur d’American Spirit, cruciverbiste philosophe et d’un athéisme insolent au pays de la foi. L’histoire ? Juste lui, sa silhouette et sa ­démarche de vieux héron, entrant et sortant du cadre, avec ses habitudes, ses manies, ses rencontres insolites et sa cons­cience soudaine de ne pas être éternel. Au hasard de ses mots croisés, Lucky découvre la définition de « réalisme » ; mais ce qui est réel pour lui l’est-il pour les autres ? Une mélancolie métaphysique flotte sur ce drôle de film dont certaines absurdités poétiques rappellent aussi, de loin, le cinéma de David Lynch. D’ailleurs, le créateur de Twin Peaks est au bar dans le costume d’un type, timbré et émouvant, qui a une tortue pour seul ami. Les autres seconds rôles convoquent, eux aussi, des souvenirs, comme Tom Skerritt (M.A.S.H., Et au milieu coule une ­rivière), en vétéran qui ne s’est jamais remis de la Second Guerre mondiale. Lucky ne croit pas à l’existence de l’âme, mais ce film, voyage immobile et lumi­neux en territoire américain de cinéma, en a une, incontestablement. Il s’achève sur le sourire d’un acteur proche de la mort qui part tranquil­lement se promener dans le désert. So long, cowboy !
 
maria by callas

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (1h 53min)

De Tom Volf

Avec Maria Callas, Fanny Ardant

Documentaire

Nationalité Français

 

 

"Il y a deux personnes en moi, Maria et La Callas…"

Artiste en quête d'absolu devenue icône planétaire, femme amoureuse au destin hors du commun, Maria by Callas est le récit d’une vie exceptionnelle à la première personne. Callas dévoile Maria, et révèle une personnalité aussi enflammée que vulnérable. Un moment d'intimité auprès d'une légende et toute l'émotion de cette voix unique au monde.

 

 

banniere maria callas

Critiques
 
A voir a lire
 

Si le nom de Maria Callas ne vous évoque rien, ou très peu (peut-être uniquement celui de l’actrice principale de Médée, de Pasolini, pour les plus amateurs de cinéma), il n’y a pas de quoi s’en vouloir : quarante ans après le décès de la cantatrice, plus aucune chanteuse d’opéra n’a réussi à acquérir un statut de star similaire au sien, et son art a depuis beaucoup perdu de sa notoriété auprès du grand public. Pourtant, découvrir aujourd’hui le parcours de « la Callas », aussi bien sur le plan de sa carrière fulgurante que de sa vie personnelle trépidante, est une excellente occasion de s’interroger sur cette notion de « star », celle-ci bien moins en évolution depuis les années 50 que les modes musicales, par nature si précaires. C’est sans doute cette question intemporelle du rapport à la popularité qui a interpellé le jeune réalisateur Tom Volf, qui avoue lui-même ne connaître le nom de Maria Callas que depuis le début de ses recherches sur le sujet, il y a de cela quatre ans. Sa volonté, qui apparaît flagrante dans son travail, de faire partager sa récente fascination pour la diva grecque, se conjugue à un soin particulier dans la création : un dispositif original qui interpelle directement le spectateur.

L’excellente idée qui différencie son biopic documentaire du tout venant des reportages, qui se construirait sur une compilation d’images d’archives commentées par divers spécialistes et autres témoins, est le parti-pris audacieux de faire en sorte que -à quelques légers contre-exemples près !- la seule et unique voix audible soit celle de Maria Callas elle-même. Au-delà bien sûr des inévitables extraits de concerts (qui eux-mêmes profitent d’ailleurs d’une numérisation qui leur apporte une qualité audiovisuelle impressionnante), le montage des enregistrements, audio ou vidéo, de la Callas permettent de réunir tout un panel de témoignages à la première personne inédits. Mais, puisque ces seules archives ne permettaient pas de construire une narration suffisante à explorer le personnage, le réalisateur a également dégoté des courriers personnels et non édités, et les a fait lire à une actrice qui avait déjà incarné Maria Callas, Fanny Ardant. C’est assurément le caractère intime du contenu de ces passages épistolaires qui assure au long-métrage de découvrir pleinement le ressenti de la chanteuse au fur et à mesure de sa glorieuse carrière, et le tout avec une sincérité à fleur de peu à laquelle il est impossible de rester insensible.

Avec un respect presque religieux à l’égard de la Diva, le documentaire tisse ainsi ce qui s’apparente davantage à une conversation privée entre Callas et le public (un beau paradoxe !) qu’à une banale leçon d’Histoire, au sens le plus didactique du terme. Une telle plongée dans le palais intérieur de celle qui fut la plus grande vedette internationale des années 50-60 est une expérience de cinéma qui n’a pas vocation à ne s’adresser qu’à ses seuls fans. Les turpitudes d’une gloire méritée mais foudroyante, les remises en question face à un public intransigeant et surtout les rapports avec les hommes, et un en particulier... tout est fait pour que le spectateur apprenne à connaître au mieux cette femme, sans jamais tomber dans le piège du sensationnalisme putassier, ni du voyeurisme indécent.
En fin de compte, et que l’on adhère ou non au charme magnétique et au talent de Maria Callas, il faut au moins reconnaître à ce projet de jouer sur un équilibre délicat entre pudeur et intimité, et c’est cette harmonie qui en fait un véritable modèle dans le domaine de la biographie, qu’elle soit musicale ou non.

 
 
soleil battant

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (1h 35min)

De Clara Laperrousaz, Laura Laperrousaz

Avec Ana Girardot, Clément Roussier, Océane

Nationalité Français

 

 

Pour les vacances, Gabriel et Iris retournent dans une maison de famille au Portugal avec leurs filles Emma et Zoé, d’irrésistibles jumelles de 6 ans. Au cœur d’un paysage solaire, des baignades et des rires des petites, le passé du couple se réveille. Emma est dépassée par un secret trop grand pour elle, qu’elle n’a pas le droit de partager avec sa jumelle.

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Languide, la caméra glisse autour d’une vaste maison blanche perdue au milieu des plaines arides et des collines ­pelées de l’Alentejo, province rurale du Portugal. C’est l’été, les vacances, la canicule. Mais la charmante famille franco-portugaise qui tente de s’y prélasser est intranquille. La disparition d’une fillette quelques années plus tôt continue de hanter ces jeunes parents de jumelles de 6 ans, à qui il va bien falloir révéler ce secret…
Réussir un film lumineux et sensuel sur le deuil : voilà le petit miracle ­accompli par les deux sœurs cinéastes, filles du documentariste Jérôme ­Laperrousaz. D’elles, on avait aimé le premier court métrage, Retenir les ciels, où il était déjà question de maternité compliquée et d’enfant disparu. Dans des décors de western filmés en ­CinémaScope, de lents travellings d’une infinie douceur, accompagnés par la plainte d’une guitare, semblent faire tenir debout des personnages accablés par le chagrin. Qui passe, tour à tour, du père à la mère, l’une s’écroulant quand l’autre se relève. Elle (Ana Girardot, entre douleur et volupté) aimerait continuer à entretenir une relation spirituelle avec l’enfant disparue, alors que le père voudrait se concentrer sur les vivantes. Peu de mots échangés dans ce film déchirant. Les plus beaux étant ceux mis dans la bouche des jumelles, affairées à réduire la peine de leur parents : « Faut pas faire du chagrin à papa et maman. C’est interdit de mourir. Promis ? »

 
A voir a lire
 

Soleil battant, c’est l’histoire de vacances familiales au Portugal, dont la réussite est menacée par le resurgissement d’un lourd secret familial porté par deux parents aimants, que ce secret étouffe pourtant depuis trop longtemps.

Iris et Gabriel sont les parents de deux petites jumelles, Emma et Zoé, sœurs rivales et complices de tous les instants. Mais avant Emma et Zoé, il y a eu une autre petite fille, un premier enfant, mort accidentellement.

« Tu nous forces à remuer la merde en revenant ici. » Voilà ce que reproche Gabriel à Iris. Elle pense qu’il est temps de dire la vérité aux jumelles, lui se mure dans le silence, rongé depuis des années par la haine et la culpabilité.

Sentant que leurs parents ne vont pas bien, Emma et Zoé se lancent sur les traces de leur passé familial, parcours spirituel et métaphysique semé d’embuches, tandis qu’Iris et Gabriel tentent de réaliser le deuil qu’ils n’ont jamais vraiment fait.

Soleil battant semble être un drame familial tout ce qu’il y a de plus convenu, un de ces films français vus et revus encore et encore. Et pourtant, Clara et Laura Laperrousaz, elles-mêmes sœurs, parviennent à tirer leur épingle du jeu par la sincérité de leur propos (« Nous avons décidé tôt dans l’écriture de prendre à bras le corps ce sujet en nous plaçant à notre propre niveau et de partir de ce qu’on avait vécu », précisent-elles), leur sensibilité et leur jolie maîtrise de la grammaire du cinéma.
L’esthétique générale de ce premier long-métrage doit beaucoup à la photographie de Vasco Viana, chaleureuse et sensuelle. Du côté des comédiens, les jeunes actrices Océane et Margaux Le Caoussin (dont la diction est souvent bien meilleure que celle d’Ana Girardot et Clément Roussier) sont la véritable valeur ajoutée du film : leur jeunesse, leur spontanéité et leurs personnalités déjà très affirmées ne les empêchent pas de se laisser porter par l’innocence et la fraîcheur de leur enfance, malgré les épreuves que traversent leurs personnages à l’écran.

Si le scénario est parfois maladroit, si la fin du récit tend très légèrement au pathos larmoyant, Soleil battant est indubitablement un pari réussi pour ses deux co- réalisatrices.

 
drole de petites betes cinema metz

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (1h 28min)

De Arnaud Bouron, Antoon Krings

Avec Kev Adams, Virginie Efira, Emmanuel Curtil

Animation

Nationalités Français, Luxembourgeois

 

 

A partir de 3 ans

Lorsqu’Apollon, un grillon baladin au grand cœur, arrive au village des petites bêtes, il ne tarde pas à perturber la vie du Royaume tout entier… Piégé par la cousine de la Reine Marguerite, la jalouse et diabolique Huguette, Apollon est accusé d’avoir enlevé la souveraine, semant la panique dans la ruche… Marguerite est en réalité captive des Nuisibles, complices d’Huguette qui en profite pour s’emparer du trône ! Apollon le Grillon, aidé de Mireille l’Abeille, Loulou le Pou et ses nouveaux amis, se lance alors dans une périlleuse mission de sauvetage.…

 

Critiques
 
A voir a lire 
 

La collection d’albums illustrés Drôles de petites bêtes, créée par Antoon Krings en 1994 et toujours en production, s’est, depuis vingt ans, fait une place de choix sur les étagères et dans les bibliothèques des tout-petits. Tous connaissent la gourmandise de Léon le bourdon, les pots de miel de Mireille l’abeille et les tartes à la crotte de ver de terre de Patouche la mouche. Les livres ont eu un tel succès que de nombreux produits dérivés sont sortis par la suite : jeux vidéo, peluches à l’effigie des personnages et même une série animée, diffusée sur France 3 dans les blocs de programmes destinés à la jeunesse. Ceux qui se sont éveillés au monde à l’aube du vingt-et-unième siècle ne manqueront donc sûrement pas d’aller découvrir en salle ce premier long-métrage de cinéma coréalisé par Arnaud Bouron et Antoon Krings.

Drôles de petites bêtes met en scène Apollon le grillon, artiste vagabond apparu cette année dans le dernier album de la série. Lorsque commence l’histoire, il fait nuit, la lune éclaire d’une lumière pâle le village des petites bêtes dans lequel Apollon s’arrête pour passer la nuit. Le lendemain matin, tout le village s’active autour de lui, préparant une fête monumentale pour la reine des abeilles Marguerite. Mais Marguerite s’ennuie, surprotégée entre les quatre murs de son palais et ne rêve que d’évasion et de liberté. Sentant poindre là sa plus grande faiblesse, Huguette la guêpe, cousine de la reine et assoiffée de pouvoir, demande à Apollon d’escorter Marguerite hors du palais… et prend le pouvoir, accusant Apollon et le faisant prisonnier ! Pour libérer la reine, Loulou le pou, Mireille l’abeille, Léon le bourdon, Carole la luciole et Apollon lui-même vont devoir affronter mille dangers.

La trame du film est simple, mais pas simpliste. Car elle est bien écrite et bien menée, permettant aux enfants de s’évader, de vivre un moment magique avec les insectes qui parlent, tout en diffusant un message politique et écologique. Politique, car Huguette la guêpe s’empare du trône par un coup d’État, aidée de Krypton, chef militaire et de toute son armée de frelons. La méchanceté de la guêpe, les quelques batailles épiques jalonnant l’intrigue, se veulent l’allégorie de la démocratie, fragile, sans cesse secouée et remise en question. Écologique, parce que – et nous le voyons dès les premières séquences du film – au sein d’une ruche et d’un jardin, chacun a son rôle à jouer : les butineuses butinent, les ouvrières entretiennent la ruche, les nourrices s’occupent des nouveau-nés tandis que d’autres fabriquent le miel que convoitent Huguette et les insectes nuisibles (papillons de nuit et autres moustiques). Arrivée sur le trône, Huguette poussera les abeilles à fabriquer toujours plus de miel alors que les réserves s’épuisent et que le pollen se fait de plus en plus rare. Ici se retrouvent à la fois la critique du capitalisme et de la performance qui aliènent les travailleurs, et celle de la surexploitation des ressources naturelles. Cependant, n’allez surtout pas croire que Drôles de petites bêtes vous fera la leçon. Comme les fables de La Fontaine (qui mettent également en scène des animaux), c’est un film moral, mais pas moralisateur.

Il n’est plus besoin de rappeler que la France excelle dans la réalisation de films et de séries d’animation. Drôles de petites bêtes s’en charge pour nous. L’on s’extasie toujours devant la qualité graphique des décors, des personnages, de l’univers du film. Les scènes de jours privilégient les couleurs chaudes, du jaune au rouge en passant par l’orange ; le jardin fleuri est accueillant et la ruche est comme un refuge chaleureux. Les scènes de nuit ont des couleurs plus froides mais sont d’une beauté saisissante, faisant évoluer les personnages dans une obscurité bleutée que viennent percer la pleine lune, les étoiles, les quelques fleurs lumineuses faisant office de lampadaires et le scintillement de Carole la luciole. Si elles sont plus nombreuses que les scènes de jours, les scènes de nuit apportent toute sa féérie au film, et permettent également de provoquer un certain suspense, une certaine tension et de susciter autant l’inquiétude que la jubilation chez le spectateur. L’animation 3D est impeccable, fluide, et met parfaitement en valeur le caractère malicieux et attachant des protagonistes. Ici sont réunis tous les ingrédients pour que petits et grands passent un excellent moment.

 
le salaire de la peur cinema metz

 

Date de sortie 13 décembre 2017 (2h 31min)

De Henri-Georges Clouzot

Avec Yves Montand, Charles Vanel, Peter van Eyck

Nationalités Français, Italien

 

 

En Amérique Centrale, une compagnie pétrolière propose une grosse somme d'argent à qui acceptera de conduire deux camions chargés de nitroglycérine sur 500 kilomètres de pistes afin d'éteindre un incendie dans un puits de pétrole. Quatre aventuriers sont choisis et entament un voyage long et très dangereux...

 

 

 

 

Critiques
 
 
kedi des chats et des hommes

 

Date de sortie 27 décembre 2017 (1h 20min)

De Ceyda Torun

Documentaire

Nationalités Turc, Américain

 

 

Des centaines de milliers de chats vagabondent dans les rues d’Istanbul. Depuis des années, ils vont et viennent dans la vie des gens, devenant à cette occasion une part essentielle des communautés qui font la richesse de la ville. Sans maîtres, ils vivent entre deux mondes, ni tout à fait sauvages ni tout à fait domestiqués et apportent joie et, pour certains, raison d’être à ceux qu’ils choisissent d’adopter. À Istanbul les chats sont le miroir de la vie des habitants.

 

 

 

banniere kedi 

 

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