l amant d un jour cinema metz

 

Date de sortie 31 mai 2017 (1h 16min)

De Philippe Garrel

Avec Eric Caravaca, Esther Garrel, Louise Chevillotte

Nationalité Français

 

 

Ce film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, dans le cadre du Festival de Cannes 2017

C’est l’histoire d’un père et de sa fille de 23 ans qui rentre un jour à la maison parce qu’elle vient d’être quittée, et de la nouvelle femme de ce père qui a elle aussi 23 ans et vit avec lui.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

Un homme et une femme se rejoignent dans le couloir d'une fac, l'empruntent prestement. Puis l'image passe aussitôt au couple en train de faire l'amour, dans les toilettes. Plan rapproché sur le visage de la femme, sur sa jouissance. Etonnante entrée en matière, abrupte, vibrante, de la part de Philippe Garrel. L'auteur des Amants réguliers, volontiers prude mais au cinéma si sensuel, n'avait jamais abordé ainsi de front une scène d'amour. Autre changement notoire, déjà amorcé, il est vrai, avec L'Ombre des femmes : l'homme est relégué au second plan, ce sont les femmes qui prennent le pouvoir, occupent le devant de la scène. En majesté.
Le couple est formé par un professeur de philosophie (Eric Caravaca) et l'une de ses élèves, Ariane (Louise Chevillotte). Elle a l'âge de sa fille. Laquelle apparaît. Elle s'appelle Jeanne (Esther Garrel), c'est fini avec son amoureux, elle pleure toutes les larmes de son corps et vient trouver refuge chez son père. Un homme, deux jeunes femmes : voici reconduite la trinité chère au cinéaste depuis Le Lit de la Vierge, mais recomposée. Les deux jeunes femmes, Ariane et Jeanne, se ressemblent et sont très différentes. Au début, Jeanne voit d'un mauvais oeil celle qu'elle compare à sa mère. Puis elles apprennent à se connaître : Jeanne est une amoureuse romantique, entière, fidèle ; Ariane, un don Juan au féminin.
La douleur et la joie d'aimer, l'infidélité, l'harmonie et la rupture. Autant de thèmes allégoriques, déjà illustrés mais sans cesse régénérés à travers la caméra frémissante de Philippe Garrel. Il sait transformer en poésie brute des situations banales, ces femmes entre elles qui parlent ouvertement d'adultère dans la cuisine. Ces amis qui se croisent par hasard sur un boulevard en pente douce dans Paris déserté. Ou ces amants qui se remémorent, dans un café, leurs premiers regards échangés. La splendide image en Cinémascope et en noir et blanc, signée Renato Berta, concourt à l'ampleur de ce théâtre de l'intime, intemporel parfois (on se croit dans les années 60 ou plus loin encore), tout en étant parfaitement inscrit dans le monde d'aujourd'hui. Louise Chevillotte (charnelle, conquérante) et Esther Garrel (émouvante funambule, Pierrot au féminin) incarnent chacune à sa façon une idée de la jeunesse contemporaine. Il y a quelque chose de troublant à voir, d'ailleurs, la « dynastie » des Garrel se prolonger. Après le grand-père (Maurice), puis le fils (Louis), voici la fille invitée à entrer dans ce monde de fiction à forte teneur autobiographique, riche de jeux de miroirs, d'échos et de rimes.
Curieux ménage à trois, où une tierce personne est toujours tapie derrière le couple, où l'on couche par procuration, où l'on recherche consciemment ou non le père. Autour du complexe d'OEdipe (ou d'Electre), entre les secrets bien gardés et les révélations cuisantes, le film oscille, sans jamais s'appesantir. Avec les années, l'ancien chantre de l'underground a gagné en concision, en force expressive dans la peinture des sentiments et des visages, distordus par les pleurs, rieurs aussi, sereins et lumineux. Lorsqu'une jeune fille en fleur et un garçon galant s'embrassent dans la rue, lui la soulève et elle décolle du sol. Qui a dit que le cinéma de Garrel n'était pas léger ?

 

Les inrocks

Garrel creuse sa veine autobiographique

On retrouve dans ce nouveau film de Garrel tout son talent : sa direction d’acteurs, son sens du cadre, cette manière de fictionner sa propre vie. Entouré de scénaristes qui sont des noms (Jean-Claude Carrière et Annette Langmann, quand même), il creuse de film en film sa veine autobiographique. Le noir et blanc est somptueux, ses deux actrices principales (Louis Chevillotte, dont c’est le premier film, et sa fille Esther) sont géniales et Eric Caravaca (le père) sobre et déchirant. Les cages d’escaliers sont toujours crades, comme dans ses films des années 70, on dirait qu’elles n’ont jamais été repeintes.

D’une sublime simplicité

On pourrait dire que c’est de la routine, mais non, point du tout. C’est le sommet de l’art : la simplicité. Philippe Garrel n’a plus rien à prouver, il creuse son art, il est au travail, comme un peintre tous les jours dans son atelier, avec les mêmes pinceaux, les mêmes couleurs, il travaille et progresse, essaie d’être encore meilleur. Il y a de la vitalité dans les films de Garrel, toujours, encore aujourd’hui.

C’est ainsi, que de film en film, apparaît une certaine sérénité chez cet auteur autrefois si torturé. Une tendresse, une bienveillance, une indulgence. Et aussi un sens de l’humour de plus en plus évident. On ne dira pas que ce nouveau film est une comédie, mais le rire y est de plus en plus présent, une légère ironie aussi. Même si Garrel ne plaisante jamais avec la douleur, physique et psychologique que peut faire l’amour, la nuit, quand on se réveille soudain et qu’on se souvient de la réalité du jour, qui est que l’être aimé ne vous aime plus, et que vivre est tout simplement impossible.

 

Magazine juin

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