djam cinema metz

 

Date de sortie 9 août 2017 (1h 37min)

De Tony Gatlif

Avec Daphne Patakia, Maryne Cayon, Simon Abkarian

Nationalités Français, Turc, Grec

 

 

Djam, une jeune femme grecque, est envoyée à Istanbul par son oncle Kakourgos, un ancien marin passionné de Rébétiko, pour trouver la pièce rare qui réparera leur bateau. Elle y rencontre Avril, une française de dix-neuf ans, seule et sans argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Djam, généreuse, insolente, imprévisible et libre la prend alors sous son aile sur le chemin vers Mytilène. Un voyage fait de rencontres, de musique, de partage et d’espoir.

 

 

 

Critiques 
 
Interview
 

D’où est née l’idée du film ?
De la musique Rebetiko. Je l’ai découverte en 1983 au cours d’un voyage en Turquie où j’étais venu présenter mon film Les Princes. C’est une musique qui s’est développée dans les basfonds d’Athènes et de Thessalonique, puis dans les îles, lorsque les Grecs ont été chassés de la Turquie par Atatürk. Il n’y a jamais de colère dans cette musique, plutôt de la révolte et de la mélancolie comme dans toutes les musiques que j’aime. C’est une musique de mal aimés, mais de gens fiers d’être ce qu’ils sont. Une musique subversive. Dans le Rebetiko, les chants ont des paroles qui guérissent.


A quoi attribuez-vous un tel pouvoir ?
Au mélange des cultures. J’y crois beaucoup. Quitter son pays peut aussi apporter quelque chose de positif : de nouveaux horizons, une manière de vivre ensemble… Ce qui
me plaît dans le Rebetiko, c’est cet assemblage entre Orient et Occident. Je viens de là : l’Orient et l’Occident sont en moi depuis l’enfance.

Pourquoi revenir à cette musique aujourd’hui ?
Parce que ses chansons parlent d’exil : le départ des Grecs d’Izmir, leur fuite à travers les mers en barques… Chez moi, tout part toujours de la musique et de l’exil. Enfant, j’ai vu les pieds-noirs quitter l’Algérie au début des années soixante. Je les revoie en larmes assis sur leurs valises derrière les grilles du port d’Alger en attendant de prendre des bateaux pour la métropole, j’étais parmi eux. Je revois les boat people vietnamiens, vingt ans plus tard, avec leurs bateaux renversés, si proches du sort des migrants actuels dont les embarcations se fracassent à Lesbos. J’ai vu tant de peuples condamnés à l’exil qu’avec ce film, je voulais parler de tous les migrants, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. C’est le Rebetiko et l’envie de filmer une jeune femme libre qui m’ont donné l’énergie de me lancer dans ce projet.


Elles sont deux sur les routes...
La première, Djam, rentre chez elle et, en chemin, prend sous son aile la deuxième, Avril, une Française de dix-neuf ans venue en Turquie pour faire du bénévolat et complètement paumée. Elles font la route d’Istanbul à l’île de Mytilène, la même que celle qu’empruntent les migrants. Lorsque Djam s’empare des chants du Rebetiko, elle fait corps avec la musique et en exprime tout le sens dans un mélange d’insolence, de révolte et d’apaisement. Et Daphné Patakia, qui interprète le personnage de Djam, l’incarne sans violence : tout ce qu’elle dit ou qu’elle exprime avec son corps est cash : elle est brute comme les beaux matériaux – c’est de la belle roche- mais elle n’est absolument pas brutale.

 

Télérama

Avec ses films tournés vers l'ail­leurs, le réalisateur d'Exils (2004) a donné vie à un cinéma exalté, plein d'émotions, parfois un peu folklorique. Le trait s'épure avec Djam, road movie aussi simple que son titre — prénom d'une jeune Grecque qui sourit à la vie, et parfois fait la grimace. Elle est un peu folle, Djam. Elle chante et danse ; elle se braque, toujours trop intense. Elle ressemble au passionné Gatlif, qui ne la quitte pas des yeux.
Cette union entre le cinéaste et son héroïne prend tout son sens dans le monde divisé que l'on découvre. Voyageant de l'île de Lesbos à Istanbul, Djam croise des vies brisées par la crise et met ses pas dans ceux des migrants, dont le passage est évoqué par des images frappantes. Sur le mur d'une gare, une inscription en arabe (« le sang coule à Alep »). Sur le rivage, des bateaux fracassés. Sur une île, une montagne de gilets de sauvetage... A l'épicentre de la tragédie, le cinéaste la fait résonner avec intensité et pudeur. Et cherche à redéployer l'horizon dans le regard d'une fille qui traverse les frontières et va de l'avant.
Porté par le personnage de Djam, le film l'est aussi par son interprète, une nouvelle venue saisissante, Daphné ­Patakia. Elle parle grec, français, anglais, s'imposant comme allégorie de notre présent mondialisé et figure d'espoir. Telle la Liberté guidant le peuple, qui montrait ses seins sur le ­fameux tableau de Delacroix, Djam joue la figure de proue avec tout son corps. Elle le montre, en joue, en rit. Elle est la jeunesse, le tumulte. Mais aussi le courage. A elle seule, un retentissant hymne à la vie.