confident royal cinema metz

 

Date de sortie 4 octobre 2017 (1h 52min)

De Stephen Frears

Avec Judi Dench, Ali Fazal, Eddie Izzard

Nationalités Britannique, Américain

 

 

L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation. 

 

Critiques
 
La croix
 

Pendant les treize dernières années de sa vie, la reine Victoria prit pour favori, confident et ami, un jeune Indien musulman arrivé à Windsor en 1887. Son exotisme, son innocence, son intelligence et ses manières la sortirent de la torpeur et de l’ennui où son veuvage, sa fin de règne et la pesanteur du protocole royal l’avaient enfermée. Contre l’avis de son entourage, bravant l’hostilité déclarée de ses courtisans et la haine de son fils, le futur Édouard VII, elle imposa Abdoul Karim auprès d’elle. Il fut même le dernier à s’approcher de son lit de mort, à lui prendre la main, à lui murmurer quelques mots d’adieu.

Mais dès le lendemain des obsèques, sur ordre du nouveau roi, Abdoul Karim fut chassé avec sa femme, renvoyé dans son pays, effacé des archives. Ses documents furent brûlés et sa correspondance avec Victoria détruite. Afin qu’il ne reste nulle trace de cette amitié qui avait tellement choqué une aristocratie attachée à sa position et ses privilèges, l’historiographie officielle ne mentionne nulle part cet Abdoul Karim qui avait été le munshi (« professeur et secrétaire particulier ») de la reine, décoré de l’ordre royal de Victoria, une très haute distinction.

Chaque jour, il avait appris l’ourdou, oral et écrit, à l’impératrice des Indes, élève assidue et disciplinée, qui découvrait la diversité de ses sujets. Aux côtés d’Abdoul Karim, tout passionnait la reine Victoria. Leurs conversations, leur entente, leur confiance mutuelle. En retour, elle le protégea et le défendit jusqu’à son dernier souffle contre les rumeurs et les cabales. Seule contre tous.

Pendant plus d’un siècle, cette histoire fut enterrée, oubliée. Nous devons de la connaître à une journaliste indienne, Shrabani Basu, dont la longue enquête (1) a inspiré ce film de Stephen Frears, enthousiasmant de vivacité. Le cinéaste anglais, qui avait déjà réalisé The Queen (sur Élisabeth II, en 2006), se délecte à retracer cet épisode, à la gloire de Victoria, rebelle et malicieuse, rude et généreuse, tombée sous le charme de ce jeune Indien. Judi Dench, qui l’interprète, est impériale pour traduire la solitude de cette reine, prisonnière de sa fonction, et son volontarisme de femme libre et curieuse.

Dans une reconstitution méticuleuse de la pompe, des ors et des mentalités de la Couronne britannique à la fin du XIXe siècle, Stephen Frears oppose la raideur protocolaire, l’esprit étriqué, la morgue de classe, le mépris permanent de cette cour obtuse et la bienheureuse fraîcheur de cet « étranger » qui apporte un savoir nouveau, d’autres usages, des références inconnues et une culture lointaine à une reine Victoria qui rêve de s’en imprégner. À travers le récit enjoué de cette amitié hors norme entre un domestique indien et sa souveraine, un hymne à la tolérance, au dialogue, à la liberté.

 

Télérama

Les reines d’Angleterre réussissent décidément à Stephen Frears. Après Elizabeth II dans The Queen (2006), la fin de règne de Victoria lui a inspiré une nouvelle charge contre la monarchie britannique. Une satire d’autant plus mordante qu’elle se pare des atours ­romanesques d’une reconstitution historique de luxe…

En 1887, Victoria est une vieille femme fatiguée, dépressive, qui souffre d’« obésité morbide » — il faut la faire rouler sur son lit comme un tapis pour parvenir à la lever ! Lors de son jubilé d’or, elle est subjuguée par un jeune ­valet indien venu lui rendre hommage. Abdul, modeste gratte-papier à la prison de Calcutta, va devenir le professeur de langues de l’impératrice des Indes, et bien plus encore : un guide spirituel. Voire un élixir de jouvence.

Le film est particulièrement incisif dans son évocation de la cour, confite dans le respect de l’étiquette, puis mise sens dessus dessous par l’arrivée d’Abdul. Car l’emprise du petit fonctionnaire musulman sur la souveraine va déchaîner les jalousies. Et, surtout, révéler le mépris de classe, le racisme des nobles britanniques à l’égard de leurs sujets colonisés. Qu’un Indien de basse extraction soit autorisé à dormir dans les combles du château de Balmoral, passe encore. Mais qu’il puisse partager l’intimité de la reine, shocking !

Le vernis des bonnes manières oxfordiennes vole en éclats quand le médecin de Sa Majesté, ulcéré de devoir examiner Abdul, déclare : « Je n’ai tout de même pas fait sept ans d’études pour soigner la bite d’un Indien ! » Le plus odieux de tous n’est autre que l’héritier du trône, le futur Edouard VII, que le comique Eddie Izzard joue avec un mélange irrésistible de componction et de cruauté.

Mais le principal atout de Confident royal reste Judi Dench. La grande dame du théâtre anglais avait porté une première fois la couronne de Victoria dans La Dame de Windsor, pour son premier grand rôle au cinéma, en 1997. Il était, déjà, question d’une relation à scandale de la monarque avec un roturier (son palefrenier écossais). Comme John Madden il y a vingt ans, Stephen Frears la filme en morte-­vivante qui, petit à petit, retrouve le goût de l’existence et son autorité naturelle. Au fil des scènes, Lady Dench multiplie les morceaux de bravoure. Qu’elle joue l’enthousiasme ou la douleur, la colère ou la tendresse, elle est toujours précise, juste. Vraiment royale.

 

Les reines d’Angleterre réussissent décidément à Stephen Frears. Après Elizabeth II dans The Queen (2006), la fin de règne de Victoria lui a inspiré une nouvelle charge contre la monarchie britannique. Une satire d’autant plus mordante qu’elle se pare des atours ­romanesques d’une reconstitution historique de luxe…

En 1887, Victoria est une vieille femme fatiguée, dépressive, qui souffre d’« obésité morbide » — il faut la faire rouler sur son lit comme un tapis pour parvenir à la lever ! Lors de son jubilé d’or, elle est subjuguée par un jeune ­valet indien venu lui rendre hommage. Abdul, modeste gratte-papier à la prison de Calcutta, va devenir le professeur de langues de l’impératrice des Indes, et bien plus encore : un guide spirituel. Voire un élixir de jouvence.

Le film est particulièrement incisif dans son évocation de la cour, confite dans le respect de l’étiquette, puis mise sens dessus dessous par l’arrivée d’Abdul. Car l’emprise du petit fonctionnaire musulman sur la souveraine va déchaîner les jalousies. Et, surtout, révéler le mépris de classe, le racisme des nobles britanniques à l’égard de leurs sujets colonisés. Qu’un Indien de basse extraction soit autorisé à dormir dans les combles du château de Balmoral, passe encore. Mais qu’il puisse partager l’intimité de la reine, shocking !

Le vernis des bonnes manières oxfordiennes vole en éclats quand le médecin de Sa Majesté, ulcéré de devoir examiner Abdul, déclare : « Je n’ai tout de même pas fait sept ans d’études pour soigner la bite d’un Indien ! » Le plus odieux de tous n’est autre que l’héritier du trône, le futur Edouard VII, que le comique Eddie Izzard joue avec un mélange irrésistible de componction et de cruauté.

Mais le principal atout de Confident royal reste Judi Dench. La grande dame du théâtre anglais avait porté une première fois la couronne de Victoria dans La Dame de Windsor, pour son premier grand rôle au cinéma, en 1997. Il était, déjà, question d’une relation à scandale de la monarque avec un roturier (son palefrenier écossais). Comme John Madden il y a vingt ans, Stephen Frears la filme en morte-­vivante qui, petit à petit, retrouve le goût de l’existence et son autorité naturelle. Au fil des scènes, Lady Dench multiplie les morceaux de bravoure. Qu’elle joue l’enthousiasme ou la douleur, la colère ou la tendresse, elle est toujours précise, juste. Vraiment royale.