makala cinema metz

 

Date de sortie 6 décembre 2017 (1h 36min)

De Emmanuel Gras

Avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo

Documentaire

Nationalité Français

 

 

Au Congo, un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

C’est le moment le plus extraordinaire de Makala (« charbon », en swahili) : la longue marche vers Kolwezi d’un jeune homme qui vit dans une province reculée de la République démocratique du Congo. Son petit vélo est surchargé de charbon de bois qu’il a fabriqué lui-même et qui lui permettra, s’il le vend bien, de nourrir sa famille durant plusieurs mois. La route est dure, elle monte et descend sans cesse. Des voitures, la nuit, évitent à peine le vélo. Parfois, Kabwita tombe : il lui faut, alors, se relever, essayer de ne pas trop gaspiller son précieux chargement et repartir au plus vite, avant que d’autres profitent de sa faiblesse pour l’attaquer. Aux abords de la ville, d’ailleurs, ce sont des flics qui le rançonnent. Il faut céder pour éviter le pire : la saisie de sa marchandise.
Le talent d’Emmanuel Gras est de rendre onirique, presque mystique, la quête de son héros. Au point que son documentaire bascule, soudain, vers une véritable fiction. Presque un suspense : Kabwita parviendra-t-il sain et sauf à Kolwezi ? Aura-t-il, s’il y parvient, l’habileté de récolter l’argent nécessaire ? L’attention avec laquelle le cinéaste contemple son personnage rappelle les grands Italiens de l’immédiat après-guerre : Roberto Rossellini et sa rigueur, Vittorio De Sica et sa compassion.
Emmanuel Gras est un drôle de type, un peu cinglé, auteur d’un documentaire, Bovines (2012), dont les héroïnes étaient des vaches. On les voyait meugler, mâcher, jouer avec un sac plastique, souffrir, aussi, lorsque leurs veaux étaient conduits à l’abattoir. On les voyait regarder l’objectif du cinéaste avec ce qui ressemblait à un curieux détachement. Et l’une d’elles, la plus belle, avait des cils aussi longs que ceux de Greta Garbo. Dans ­Bovines, tout reposait, déjà, sur le regard du ­cinéaste qui, d’emblée, excluait toute facilité, toute roublardise. C’est cette honnêteté, cette droiture que l’on retrouve dans Makala. Le périple de Kabwita est entouré, comme dans une icône en triptyque, de deux volets. Avant, on voit le jeune homme vivre au quotidien avec sa femme et ses enfants. Après, on le suit, dans la grande ville, rendre visite à sa fille qui vit, désormais, loin de lui, et aller dans une église : seul refuge pour conjurer les périls qui le guettent… A chaque instant, on sent le cinéaste se poser des questions : comment filmer Kabwita sans l’humilier ? Comment l’aider ? La tendresse de son regard est la meilleure des réponses.