normandie nue cinema metz

 

Date de sortie 10 janvier 2018 (1h 45min)
De Philippe Le Guay
Avec François Cluzet, Toby Jones, François-Xavier Demaison
Nationalité français

 

 

Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village…
Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

De passage dans une petite ville de l’Orne, un grand photographe américain dont la démarche conceptuelle consiste à déshabiller des foules entières, tombe amoureux d’un… champ. C’est dans ce carré vert et nulle part ailleurs qu’il veut réaliser sa prochaine œuvre avec les habitants du coin. Le maire (François Cluzet, très en forme) y voit l’occasion d’attirer l’attention sur ses administrés — pour la plupart des éleveurs pris à la gorge, dont les revendications n’intéressent plus les médias. Mais il va falloir convaincre ces paysans récalcitrants…

Que ce soit dans Le Coût de la vie, Les Femmes du 6e étage ou Alceste à bicyclette, Philippe Le Guay n’a cessé d’interroger, avec un humour doux-amer, les liens insolites qui peuvent naître entre individus issus de milieux sociaux différents. Il le fait de manière encore plus radicale dans ce drôle de drame rural, où il confronte le snobisme citadin et la tragédie paysanne (quelque chose de Jean de Florette dans les bocages normands). Si le début du film fait un peu peur, l’émotion finit par s’imposer, tant le réalisateur assume à la fois le comique et le pathétique de la situation. Aidé, il est vrai, par une troupe d’acteurs qui ne craignent pas de surjouer à la manière des monstres sacrés d’antan : Philippe Rebbot, éleveur rageusement déprimé, Grégory Gadebois, boucher jaloux, et François-Xavier Demaison, Parisien qui « adooore » la nature et refuse d’avouer qu’il lui est, en fait, totalement allergique !

 

Le Point

Quelle mouche a piqué Philippe Le Guay ? Après le succès des Femmes du sixième étage (2010) et d'Alceste à bicyclette (2013), le réalisateur s'est mis en tête, dans Normandie nue, de déshabiller tout un village du Perche… À la tête de ce happening rural pour le moins singulier, François Cluzet, alias Georges Balbuzard, maire du Mêle-sur-Sarthe (756 habitants), tente de convaincre ses administrés de poser dans leur plus simple appareil devant l'objectif d'un grand photographe américain pour sauver le village touché par la crise du prix du lait.

« On est déjà à poil, et en plus vous voulez qu'on se déshabille ? Même en été, le Normand garde son pull ! » L'artiste américain, tombé en pâmoison devant un champ de la commune, ne fait pas l'unanimité, loin de là. Au nom de quoi les agriculteurs devraient-ils se prêter de bon gré à des lubies nudistes postmodernes venues de l'autre côté de l'Atlantique ?

Un bobo parisien en proie à une crise existentielle, un boucher jaloux qui refuse de laisser sa femme – miss Calvados 1997 – montrer ses seins à tout le village, un pharmacien réac, les traditionnelles guerres de clocher à propos d'un pré dont plus personne ne sait où est passé le cadastre, la grogne des fermiers surendettés… Un brin cliché ? On pourrait le craindre. Mais c'est tout l'art de Le Guay que de désamorcer la caricature pour nous placer au plus près de ses personnages, authentiques et attachants.

Le réalisateur connaît bien le Perche, et Le Mêle-sur-Sarthe en particulier ; enfant, il y passait toutes ses vacances. Mais de là à choisir de vrais éleveurs de la région et de les faire figurer nus dans un champ ? Il faut croire que la greffe a pris, car entre le casting de choix – formidables Arthur Dupont, Grégory Gadebois, Philippe Rebbot, François-Xavier Demaison… – et les vrais agriculteurs, on n'y voit que du feu. Les Normands sont pudiques, dit-on ? À d'autres !