l ile aux chiens cinema metz

 

Date de sortie 11 avril 2018 (1h 41min)
De Wes Anderson
Avec Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Romain Duris
Nationalités Allemand, Américain

 

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

 

 

 

 

 

Critiques
 
l ile aux chiens
 
Télérama
 

Il y avait déjà une île dans la filmographie de Wes Anderson : celle des amoureux ­fugueurs de 12 ans dans Moonrise Kingdom, un sanctuaire d’innocence et d’idéalisme. L’Ile aux chiens se situe à l’opposé. C’est une décharge, un ­cimetière, une jungle. On y abandonne massivement, systématiquement, les chiens, décrétés porteurs d’une grippe fatale, et on les laisse ­vivoter ou s’entretuer pour un peu de nourriture avariée au milieu des ordures. Comme les animaux de ce film d’animation parlent et sont dotés de caractéristiques humaines, ils sont aussi, évidemment, nos doubles.

D’un succès à l’autre (il est parti­culièrement apprécié en France), le cinéaste américain est ainsi passé des tourments intimes de ses débuts (La Famille Tenenbaum) à la fable sociale (Fantastic Mr Fox), puis à l’épopée historique (The Grand Budapest Hotel). L’Ile aux chiens est son film le plus politique. Bien que situé dans un Japon futuriste, parfois rétro-futuriste comme pour brouiller les pistes, il fait songer, à travers une figure de ­dirigeant corrompu et autocrate, à Donald Trump ou Vladimir Poutine. Et l’île du titre évoque les zones insalubres où s’entassent, aujourd’hui, les populations déplacées, indésirables, refoulées. Avec cet arbitraire terrifiant qui frappe tel groupe, telle religion ou ethnie : ici, la déportation des chiens s’effectue au profit des chats, vénérés par le pouvoir en place.

Fils adoptif de l’ignoble dirigeant, un préadolescent atterrit sur l’île pour y chercher son animal de compagnie disparu. Il s’allie alors avec une bande de cinq chiens errants, et découvre peu à peu la manipulation politique à l’origine de cette fourrière géante. Une aventure extraordinairement contrastée et foisonnante prend corps : le film sidère par sa profusion de détails visuels et narratifs, qui donne souvent l’impression de n’en capter, au vol, que quelques-uns. Wes Anderson mélange les estampes japonaises avec la haute technologie et l’art de Méliès avec les superpouvoirs numériques. Les gags alimentent la noirceur. Les marionnettes rappellent l’enfance par la naïveté de leur style, mais la violence sanglante qu’elles affrontent, les mutilations et les maladies qu’elles subissent destinent L’Ile aux chiens à un public adulte.

Une guerre haletante se joue entre le cynisme (mot dont l’étymologie ­ramène, paradoxalement, au chien) des puissants et la soif de justice du petit héros, soutenu à distance par des lycéens engagés. Connaître les films précédents de Wes Anderson et leur douce mélancolie ne suffit pas à deviner à l’avance l’issue de ce combat, surprenante à tous points de vue. Le film tiendrait donc du sans-faute s’il n’avait deux défauts. La représentation conventionnelle des chiens femelles déçoit de la part d’un cinéaste aussi sophistiqué et contemporain, a fortiori dans un plaidoyer pour l’éga­lité. Heureusement que la bravoure d’une jeune fille corrige le tir… Et le film d’action brute prend le pas sur cette délicatesse qui a toujours fait la patte (si l’on ose dire) de l’auteur. En somme, face à la rudesse de l’époque, Wes Anderson redouble de maîtrise et d’inventivité, mais s’adonne aussi à la sauvagerie.

 
Paris Match
 

Le réalisateur américain Wes Anderson est un conteur unique. Son cinéma Lego (pour la construction minutieuse des maquettes) et Playmobil (pour les histoires simples et fortes qu’il imagine dans ce monde ainsi créé) provoque quelque chose de magique : un émerveillement enfantin, une jubilation de voir le monde des vitrines de Noël s’animer pour de vrai. Le cinéma d’animation en stop-motion (technique image par image) offre au cinéaste texan un terrain de jeu infini qu'il avait déjà arpenté avec le génial «Fantastic Mister Fox». Après les renards et les loups, voici les cabots. «L’Ile aux chiens» est un régal visuel de tous les instants. On pourrait se perdre à l’infini dans ce Japon réinventé qui fourmille de détails, d’idées de mise en scène, d’hommages discrets ou tonitruants à la culture nippone - notre préféré restant la mise en scène de la légende façon théâtre Kabuki.


Ce que raconte «L’Ile aux chiens» est une mise en abime. Il ne faut pas abandonner l'amour inconditionnel que l’on porte à son animal de compagnie, sous peine de devenir un adulte cynique prêt à tout pour garder le pouvoir, nous dit Wes Anderson, la pa-patte sur le coeur. Ce n’est pas un hasard si l’une des plus belles scènes du film est la transplantation d’un organe (en l’occurrence un rein) de l’adulte à l’enfant. Le film tout entier accepte la magnifique idée d’un retour nécessaire à l’âge tendre. Comme toujours chez le réalisateur de «Moonrise Kingdom», le récit est une fugue, une fuite en avant qui révèle les secrets des protagonistes, quitte à se perdre en chemin. Et si le tour de magie traine parfois la patte dans son deuxième acte, le «prestige» vous mettra la larme à l’œil, tant le final déborde d’amour pour les hommes et les chiens, le Japon et le cinéma tout entier.

 

Magazine mars

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