dogman cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 42min)
De Matteo Garrone
Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria plus
Genres Policier, Drame
Nationalité Italien

 

 

Interdit aux moins de 12 ans

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

 

 

 

Critiques
 
Le Monde
 

L’histoire de Marcello, toiletteur pour chiens, qui fait de la pâtée avec son ami Simoncino, abruti musculeux récemment sorti de taule. A ce stade éreintant du marathon cannois, avouons honnêtement la tentation préalable, devant un tel « pitch », de classer sans suite, au rayon petite boutique des horreurs ou mieux « Palme Dog ». Le sens du devoir aidant, on évitera cette grossière erreur. D’abord, tout métier a sa noblesse. Ensuite, le réalisateur se nomme Matteo Garrone, et peut nous sortir à tout moment un ­calibre de sa manche. On se souvient évidemment de Gomorra (2008) avec le maestro Toni Servillo, terrifiante chro­nique mafieuse adaptée du livre de Roberto Saviano, interprétée en dialecte napolitain par quelques gâchettes locales, Prix du jury ici même.

L’avant et l’après sont certes moins connus en France. L’Etrange Monsieur Peppino (2002), pour le meilleur, et Tale of Tales (2015), pour le pire, témoignent en tout cas du tropisme napolitain de ce Romain de naissance (1968), de son goût consommé de la violence farcesque et de la monstruosité, en un mot de son appétence baroque pour une satire saignante de son si beau pays. Vieille tradition locale. Marcello toilette donc les toutous de cette ville maritime hideuse et blafarde, non identifiée mais qu’on subodore périphérique à Naples, amoncellement architectural apocalyptique, où périclitent des jardins d’enfants dévorés par la rouille. Tourbe, plomb, grisaille, misère : amoureux de l’Italie riante, passez votre chemin.

Une horreur supérieure
Or, un jour, Simoncino, récemment libéré, vient frapper à la porte de Marcello. Pas un cadeau, Simoncino. Carrure de lutteur de foire, survêtement jaune malpropre à trois bandes, gueule du type qui a plus d’une case en moins, cocaïné jusqu’à la moelle, aussi bête que brutal, définitivement insensible tant aux vertus du ­dialogue qu’à celles de l’élévation de l’esprit. Tout le contraire de Marcello, petit homme contrefait, voix de fausset, tête italienne antique, le cœur sur la main, les mots doux, amoureux des bêtes, père d’une ravissante fillette.

QUAND SIMONCINO NE FRAPPE PAS À LA PORTE DE MARCELLO, IL FRAPPE SUR TOUT CE QUI BOUGE, Y COMPRIS À L’OCCASION SUR MARCELLO
Si Simoncino frappe à la porte de Marcello, c’est que ce dernier se livre, pour arrondir les fins de mois étiques que lui procure son activité de toiletteur canin, au trafic léger de stupéfiants. Et quand Simoncino ne frappe pas à la porte de Marcello, il frappe sur tout ce qui bouge, y compris à l’occasion sur Marcello, terrorisant la ville et entraînant ce dernier dans une spirale délinquante dont le petit homme, par fidélité, paiera les pots cassés en refusant de donner son ami et en passant un long séjour en prison à sa place. Service mal rétribué par Simoncino, sourd à tout sentiment humain autre que le rapport de force, et pour lequel ni morale, ni amitié, ni respect de la vie humaine ne tiennent.

C’est à ce moment, pour ne pas en dire plus avant sa sortie du 11 juillet, que le film bascule dans une horreur supérieure et que nous prenons quant à nous la tangente en évoquant plutôt une séquence antérieure, la toute première du film, dont il y a lieu de penser qu’elle en éclaire brutalement le propos. Intérieur de la boutique Dogman : en très gros plan, un molosse blanc musculeux, babine retroussée, crocs apparents, le corps vibrant de soubresauts, attaque de toute sa puissance le gringalet Marcello, qui s’agite comme un moucheron autour de lui pour lui faire une toilette. Sans la chaîne qui retient le chien, Marcello lui servirait indubitablement d’apéritif. Ironie de la scène, c’est tout le contraire qui se produit. A force de douceurs, de mots d’amour, et de biscuits, Marcello passe le ventilateur sur la bête qui en frétille de plaisir.

Réplique trash de Mussolini
Ce passage de la pure sauvagerie à l’espace transactionnel de la relation est d’autant plus remarquable que ce qui est vrai du chien ne l’est pas de l’homme qui, pour ainsi dire, lui succède. Croyez bien qu’on déplore le scandale de cette constatation. Mais il suffit de voir Simoncino. Or, voir Simancino, pour trancher le mot et s’excuser platement auprès d’Edoardo Pesce, c’est un peu voir, tant la ressemblance est troublante, une réplique contemporaine, lumpenprolétarisée et trash de Benito Mussolini. L’exaltation de la force, l’ordre unique qui implique la destruction d’autrui, l’abjection voyoucratique et fasciste dans toute sa splendeur. Pire encore, la contagion que l’usage aveugle de cette force finit par exercer chez tous les personnages du film.

Mais de quel pays lointain nous parle donc Matteo Garrone ? Du sien sans doute, où les deux partis vainqueurs des dernières élections législatives italiennes sont le parti populiste M5S et la Ligue d’extrême droite. Plus largement peut-être de notre continent, où l’ombre totalitaire progresse chaque jour, enrégimentant partout les Simoncino. Autant aller voir dès que possible la farce macabre de Garrone pour savoir exactement, si ça continue comme ça, ce qui nous attend.

 

Le Parisien

En compétition sur la Croisette, le dernier film de Matteo Garrone («Gomorra») conte les déboires d’un toiletteur pour chiens avec un voisin drogué et violent. Une claque.
« Dogman », c’est le nom de son commerce, et aussi son surnom. Il en a d’autres : Marcello est aussi appelé « Marcé » par ses amis commerçants, qui jouxtent sa boutique de toilettage pour chiens dans une banlieue balnéaire italienne à l’abandon. Petit homme malingre, voûté, il respire la bonté et l’amour. Pour les chiens qu’il appelle « mon cœur ». Et sa fille qu’il voit peu car il est séparé de son ex-femme.

Marcé pourrait avoir une vie simple et heureuse, sans le harcèlement quotidien d’un voisin « ami » qui exploite sa gentillesse. Simoncino, géant à la force surhumaine, brute épaisse, criminel de bas étage, accro à la cocaïne, entraîne sans cesse Marcé vers des mauvais coups, le tire vers le bas, le sordide… Marcé finira par tout perdre, sa liberté, son honneur, ses amis. Comment s’achèvera ce destin chemin de croix ?

Deux comédiens exceptionnels
A partir de cette histoire inspirée d’un fait divers réel, Matteo Garrone, le réalisateur italien de « Gomorra », nous livre un film coup de poing, une grande claque de fin de festival qui balance, non sans douleur pour le spectateur, entre chronique sociale, tendresse pour les plus démunis, amour des gentils et grande violence. Le tout servi par deux comédiens exceptionnels : Edoardo Pesce, terrifiant en colosse bas de gamme aux neurones siphonnées par la drogue, et surtout Marcello Fonte, visage lunaire à la Buster Keaton, qui fait passer toute une gamme d’émotions contradictoires à travers ses grands yeux gentils.

« Marcello est quasiment un acteur de cinéma muet », a souligné Matteo Garrone durant la conférence de presse, louant les mérites de ce comédien vu chez Scorcese ou Scola, porté en triomphe par son équipe mercredi soir au terme d’une projection non moins triomphale.

Alors, même si certains regretteront la fin un peu biblique de ce récit qui bouscule, on parie que le film, et surtout son principal comédien, ont de grandes chances de figurer au palmarès samedi soir.

 
 

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