l empire de la perfection cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (1h 30min)
De Julien Faraut
Avec John McEnroe, Mathieu Amalric
Documentaire
Nationalité Français

 

Le cinéma ment, pas le sport… Au début des années 80, le tennisman John McEnroe est copié dans toutes les écoles, étudié sous toutesles coutures, filmé sous tous les angles. Roland Garros 84 : il a tutoyé la perfection, et pourtant…

 

 

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Au printemps 1984, John McEnroe est au sommet de son art tennistique. Le numéro 1 mondial est le grand favori des Internationaux de France, le seul titre du Grand Chelem qui manque à son palmarès. A Roland-Garros, le génial (et atrabilaire) gaucher est filmé, match après match, par Gil de Kermadec, le fondateur du service audiovisuel de la Fédération française de tennis. Trente ans plus tard, le réalisateur Julien ­Faraut a retrouvé, dans les archives de l’Insep (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance), les rushs en 16 mm. Il en tire un documentaire passionnant, qui, à travers la perfection technique du sportif décryptée dans un montage très inventif, brosse un portrait de l’homme McEnroe, plus complexe que son image médiatique.

On reste stupéfait par l’énergie dépensée par le champion américain en insultes envers l’arbitre (ou les spectateurs, ou les journalistes), mais on la comprend mieux, désormais : loin de le déconcentrer, ses explosions de ­colère semblent au contraire galvaniser son jeu. « L’hostilité est sa drogue. Il faut que tout le monde soit contre lui », dit Mathieu Amalric en voix off, citant Serge Daney. Le film se termine en apothéose avec le récit, set par set, de la finale face au « robot » tchéco­slovaque Ivan Lendl. Tous les amateurs de service-volée connaissent le résultat de ce match-duel au scénario fou. Julien Faraut parvient pourtant à créer du suspense, grâce à ses ralentis qui suspendent le temps, ses effets de réverbération sonores, sa bande musicale qui alterne entre rock agressif et mélodie de western. Ce n’est plus un match de tennis, c’est une tragédie…

 

Libération

Julien Faraut a consacré presque tous ses films à une unique passion : le sport. Plus précisément, aux diverses façons de le représenter ou de le filmer. Il est notamment l’auteur d’essais sur les rapports d’Yves Klein avec le judo (la Créativité du vide, 2006) et sur le documentaire réalisé par Chris Marker pendant les Jeux olympiques de Helsinki en 1952 (Olympia 52, 2013). Dans l’Empire de la perfection, il s’attache au travail d’un créateur moins connu, et qui n’avait aucunement la prétention d’être un artiste : Gil de Kermadec, réalisateur de documentaires didactiques sur le tennis. Alors qu’il était en charge d’archives à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), Faraut découvre une vingtaine d’heures de rushes en 16 mm filmés par Kermadec à Roland Garros entre 1975 et 1985, dont une part importante est consacrée à John McEnroe.

Paradoxe
Ce tennisman, peut-être le plus spectaculaire de tous les temps, est donc le premier sujet de l’Empire de la perfection. Le film en propose successivement des analyses techniques, psychologiques, esthétiques. McEnroe impressionne, fait rire, agace, devient sympathique par son obstination à ne pas vouloir l’être. Comme l’écrivait Serge Daney, «une seule passion le motive : ne devoir ses victoires qu’à lui-même, les arracher au monde et ne les partager avec personne». Le paradoxe de McEnroe, qui en fait un cas unique dans l’histoire du sport, est de tirer son énergie d’émotions négatives : l’hostilité de son adversaire, des arbitres, du public, l’agressivité, la rage. Les plans très précis de Kermadec permettent de constater combien ce prince des soupe au lait est mu, jusque dans les traits de son visage, par une hypersensibilité allant de pair avec un perfectionnisme maladif. D’où ses nombreux courts-circuits colériques.

Showman
Mais l’Empire de la perfection est plus qu’un documentaire sur un tennisman génial. À travers l’étude de son cas, c’est aussi un essai très riche et enjoué sur tout ce qui peut lier le tennis et le cinéma : décomposition du mouvement, attitude des corps, dramaturgie des matchs, cabotinage des joueurs, invention du temps. Le tout abondamment nourri par les textes tennistiques que le critique de cinéma Serge Daney a publié dans Libération entre 1980 et 1990, où l’analyse de ce sport est constamment éclairée par un point de vue cinématographique. McEnroe peut alors être perçu comme un modèle d’Etienne-Jules Marey (l’inventeur de la chronophotographie), comme un acteur, un showman ou un metteur en scène.

Toutes les idées, hypothèses et enjeux évoqués au cours du film sont réunis dans une dernière partie qui propose, en guise de démonstration, un haletant résumé de la mythique finale de Roland Garros de 1984, qui opposa McEnroe à Ivan Lendl. Un match aussi impressionnant qu’imprévisible qui devient ici un vrai film à suspense, se terminant en tragédie. Même ceux que le tennis ennuie pourront alors comprendre pourquoi certains (dont beaucoup de cinéphiles) le considèrent comme le plus beau des sports.

 
 

Magazine juillet - août

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