pororoca cinema metz

 

Date de sortie 11 juillet 2018 (2h 32min)
De Constantin Popescu
Avec Bogdan Dumitrache, Iulia Lumanare, Costin Dogioiu
Nationalités Roumain, Français

 

 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Cristina et Tudor Ionescu forment une famille heureuse avec leurs deux enfants, Maria et Ilie. Ils ont la trentaine, vivent dans un bel appartement en ville. Il travaille dans une entreprise de téléphonie, elle est comptable. Un dimanche matin, alors que Tudor se trouve avec les enfants au parc, Maria disparaît.

 

 

 

 

Critiques
 
Télérama
 

Elle était là, en train de sucer une glace. C’est à peine s’il l’a quittée des yeux, le temps de boire un café à la buvette toute proche. Et voilà que sa petite fille a disparu. Elle ne répond plus à ses appels de plus en plus angoissés. Personne ne l’a vue s’éloigner : ni son frère aîné, ni les autres enfants, ni leurs parents. Tudor cherche partout, dévale et remonte la pente du parc qui mène à un lac : mais non, aucun accident n’a été signalé. A bout de nerfs, il prévient sa femme. Et la police, qui entame une enquête. Vaine. La petite Maria a disparu sans laisser de traces.

Les jours passent. Les amis du couple, compatissants, d’abord, reprennent le cours de leur vie. Les flics piétinent et d’autres affaires les absorbent. L’épouse de Tudor, que le chagrin avait au début rapprochée de son mari, se défait, peu à peu, sous ses yeux. Au point de lui reprocher, obstinément, ce qui est arrivé : « Tu es parti avec notre fille. Rends-la-moi… » Bientôt, elle s’en va, incapable de supporter sa présence, et emmène leur fils avec elle. Tudor se retrouve seul, responsable de rien, mais condamné à jamais, coupable d’avoir trahi, dans ces courts instants où sa vie a basculé, la confiance que les autres lui octroyaient, l’estime qu’il pensait mériter.

Et le réalisateur le traque sans répit. Il lui colle littéralement à la peau. Il avait déjà montré Tudor (interprété par un comédien inouï, Bogdan Dumitrache) cavalant de tous côtés à la recherche de sa fille dans un plan-séquence de vingt minutes dont chaque seconde augmentait l’intensité. C’est avec la même précision qu’il l’observe sombrer lentement dans la paranoïa. Car, dans le parc où il revient sans cesse dans l’espoir fou d’un miracle, Tudor a repéré un individu solitaire qui semble observer les gamins avec un intérêt suspect. Il se met à le surveiller, le suit jusqu’à son immeuble… Il en est convaincu, désormais : voilà le pédophile qui a enlevé, probablement tué, sa petite, et s’apprête à fondre sur une nouvelle proie. Qu’attendent les policiers pour l’appréhender, le questionner, le faire parler, l’enfermer ? Leur scepticisme, leur indifférence le sidèrent, le révulsent. Il décide d’agir…

Constantin Popescu appartient à la nouvelle vague roumaine qui a notamment révélé Cristian Mungiu (4 Mois, 3 semaines, 2 jours) et Cristi Puiu (La Mort de Dante Lazarescu). C’est dire s’il sait dilater le temps à sa guise, jouer sur la durée pour créer un malaise diffus. Il filme, ici, en scènes de plus en plus angoissantes, un être à bout de forces, terré dans un appartement qu’il a transformé en tanière sombre : un espace au vide vertigineux.

Oubliez le titre original, abscons (1) et la phrase d’accroche française, mièvre. Le film est un long suspense souterrain qui poursuit inéluctablement sa route vers un désastre inévitable.

(1) Pororoca, terme bien connu des surfeurs, est un mascaret : durant plusieurs heures, des vagues de 4 mètres de haut déferlent sur le fleuve Amazone. Le mot signifie dans certains dialectes « ce qui détruit tout sur son passage avec grand fracas ».

 

Nouvel Obs

Alors qu'elle jouait au parc sous la surveillance de son père, une fillette de 5 ans disparaît. Autour de cet homme détruit par le doute et la culpabilité (impressionnant Bogdan Dumitrache, déjà vu dans "Mère et fils" et "Sieranevada"), tout finira par s'effondrer : sa femme, sa famille, sa lucidité. Drame de l'absence, réflexion cruelle sur le couple, polar obsessionnel, le scénario, qui articule ces différentes pistes avec synergie, possède une indéniable puissance tragique. En revanche, la mise en scène manque de discrétion et finit par brider l'essentiel : l'émotion.

 
 

Magazine juillet - août

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