le monde est a toi cinema metz

 

Date de sortie 15 août 2018 (1h 41min)
De Romain Gavras
Avec Karim Leklou, Isabelle Adjani, Vincent Cassel

Nationalité Français

 

 

François, petit dealer, a un rêve : devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Cette vie, qu’il convoite tant, vole en éclat quand il apprend que Dany, sa mère, a dépensé toutes ses économies. Poutine, le caïd lunatique de la cité propose à François un plan en Espagne pour se refaire. Mais quand tout son entourage : Lamya son amour de jeunesse, Henri un ancien beau-père à la ramasse tout juste sorti de prison, les deux jeunes Mohamed complotistes et sa mère chef d’un gang de femmes pickpockets, s’en mêle, rien ne va se passer comme prévu !

 

 

 

 

Critiques
 
Nouvel Obs
 

Importer les Mister Freeze, la célèbre franchise de barres glacées, au Maghreb : voilà le projet que nourrit François (Karim Leklou) pour échapper à un futur sans avenir dans sa cité. Encore faut-il qu'il se libère de l'emprise de "Poutine" (Sofian Khammes), le caïd pour lequel il deale, et de celle de Dany (Isabelle Adjani), sa mère pickpocket et castratrice qui a dilapidé ses économies. Pour financer son business, François accepte un dernier coup. Direction Benidorm, le Las Vegas cheap de la Costa Brava, avec une belle bande d'azimutés à ses basques.

Le premier film, raté, de Romain Gavras, "Notre jour viendra", ressemblait à du Bertrand Blier perdu sur les terres de Bruno Dumont. Dans celui-ci, le fils de Costa-Gavras, clippeur provocateur (on se souvient de ses vidéos polémiques pour M.I.A. et Justice), lorgne du côté de Guy Ritchie ("Snatch"), de "Spring Breakers" et des frères Coen ; c'est bien plus réussi. On y retrouve sa matière de prédilection : la culture urbaine, les frustrations d'une jeunesse à l'abandon, les accès de violence et autres démonstrations de virilité. Mais fini les poses nihilistes et le besoin de dérouter le spectateur, place au fun. Isabelle Adjani en daronne cagole, fan de Laurent Voulzy, qui étend son linge sur le balcon de son HLM dans du simili Versace, en fait des caisses. Vincent Cassel en ex-taulard mou du bulbe, qui philosophe dans sa barbe et voit des complots partout, réussit le miracle de faire oublier son modèle, le Robert De Niro de "Jackie Brown". Philippe Katerine n'a que trois scènes qu'il vole sans effort en ténor enjoué du barreau à la solde du terrorisme international.

Féroce, la farce s'ouvre sur une barre HLM vue du ciel, au son de Michel Sardou, et se termine sur "La vie ne m'apprend rien", de Daniel Balavoine. Elle baigne dans un bouillon d'inculture pop et de variété française, opium du peuple dont Gavras fait son miel. Il tire son esthétique des banlieues bétonnées, de la vulgarité des stations balnéaires, du bling et du kitsch de l'époque. C'est un esthète du tape-à-l'œil, le Martin Parr du vide contemporain, doté d'un sens de l'image sur lequel il se repose un peu trop. Le titre du film se réfère au mantra de "Scarface", éternel modèle des mecs de cité, que François intègre à sa manière pragmatique et mesurée de dealer qui se rêve petit PDG. Interprété par l'épatant Karim Leklou, François n'est pas le clou du spectacle mais il en fait battre le cœur. Des battements étouffés par le bruit du karaoké et des bagnoles chromées.

 

Télérama

Même s’il avait déjà signé un long métrage en 2010 (Notre jour viendra), Romain Gavras s’est jusqu’ici surtout fait un nom en ­signant des clips percutants (M.I.A. : Born Free ou Justice : Stress). Provocation, inventivité, dérision ont forgé sa griffe. Ces qualités-là font la réussite d’un film au confluent de la comédie et du film de gangsters… François (Karim Leklou, formidable en faux crétin) est un petit dealer de banlieue. Loin d’avoir la folie des grandeurs, il rêve d’un business tranquille : la gestion d’une franchise de Mister Freeze (le bâton glacé) dans le Maghreb. Mais il doit subir les toquades d’un jeune caïd surnommé Poutine, dont la violence n’a d’égale que la bêtise : il se croit dans Scarface et imite (mal) Al Pacino… Si le clinquant s’impose dans Le monde est à toi, il voisine toujours avec le grotesque. Ainsi François est-il entouré de pieds nickelés pas vraiment fiables. Notamment un beau-père fraîchement sorti de taule (Vincent Cassel, bidonnant en Mesrine abâtardi) qui voit partout les signes d’un complot surnaturel. Et deux jeunes loups du trafic à la gâchette facile. Plus toxique encore, il y a la mère de François (Isabelle Adjani), arnaqueuse à l’allure de diva, qui l’empêche de voler de ses propres ailes.

Les looks, la musique, les trognes, le sens de la caricature et des décors au modernisme tape-à-l’œil : tout contribue au punch de cette farce pop, qui donne du sang neuf à la comédie française. Tout en s’inspirant à la fois de Quentin Tarantino (l’outrance) et de la farce à l’italienne (la férocité tendre). Après un début en France, le film s’expatrie sur la Costa blanca. Un deal ­hasardeux y attend François. On craint que l’action ne s’enlise, mais l’intrigue se révèle bien plus dense que prévu, avec des retournements inattendus, à mesure que François gagne en épaisseur, en maturité. Son parcours est moins celui d’un héros que d’un fils ­gagnant son indépendance. Ce qui n’est pas spécialement original. Mais en matière d’efficacité narrative, de performance collective des acteurs et de tchatche, le film est extrêmement ­attractif.

 
 

Magazine juillet - août

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