pirates des carabies cinema metz

 

Date de sortie 24 mai 2017 (2h 09min)

De Joachim Rønning, Espen Sandberg

Avec Johnny Depp, Javier Bardem, Brenton Thwaites

Nationalité Américain

 

 

Jack Sparrow et ses compagnons se lancent dans la quête du Trident de Poséidon, sur lequel le Capitaine Teague détient des informations précieuses. Cet artefact légendaire, qui donne tous les pouvoirs sur les océans, est leur seul moyen d'échapper aux fantômes du redoutable Capitaine Salazar, échappés du Triangle des Bermudes pour éliminer tous les pirates des océans.

 

 

 

 

  

Critiques 

mariefrancine cinema metz

 

Date de sortie 31 mai 2017 (1h 35min)

De Valérie Lemercier

Avec Valérie Lemercier, Patrick Timsit, Hélène Vincent

Nationalité Français

 

 

Trop vieille pour son mari, de trop dans son boulot, Marie-Francine doit retourner vivre chez ses parents... ... à 50 ans ! Infantilisée par eux, c'est pourtant dans la petite boutique de cigarettes électroniques qu'ils vont lui faire tenir, qu'elle va enfin rencontrer Miguel. Miguel, sans oser le lui avouer, est exactement dans la même situation qu'elle. Comment vont faire ces deux-là pour abriter leur nouvel amour sans maison, là est la question...

 

 

     

Critiques 
 
Télérama
 

On connaissait le Tanguy d'Etienne Chatiliez (2001), 28 ans et toujours chez papa-maman. Voici Marie-Francine, 50 ans et de retour chez ses parents. Larguée par un mari qui s'enflamme pour une jeunette, virée du laboratoire où elle travaillait, la pauvre Marie-Francine (jouée par la réalisatrice) n'a pas d'autre refuge que le canapé-lit de ses vieux, très en forme. Comme une ado, elle va se mettre à rentrer tard, ­cachant qu'elle flirte avec un cuistot qui vit, lui aussi, chez sa mère, une concierge portugaise. Cette fois, le conflit des générations, loin des piques sarcastiques, a un parfum d'aventures ­souriantes.
Même l'humour est vagabond dans ce film où la perte du domicile fixe semble plutôt une aubaine. Ne pas se laisser ­assigner à une place précise dans le paysage de la comédie française, c'est, depuis toujours, la liberté revendiquée par Valérie Lemercier. Elle la prend plus que jamais. Sans souci d'efficacité, d'humeur flâneuse, elle invente à son héroïne une soeur jumelle, Marie-Noëlle, pour des effets de dédoublement à peine exploités mais gentiment saugrenus. Quand l'envie lui prend (souvent), elle met de la musique, de la variété rétro, pour le meilleur effet. Avec sa fantaisie, elle parvient à donner un charme inédit à Patrick Timsit, qui joue le cuistot. Mais la plus jolie réussite de Marie-Francine est la mise en scène des parents : Hélène Vincent et Philippe Laudenbach sont parfaits, et chaque détail de leur appartement ­raconte le temps qui passe. Derrière la comédie, la nostalgie pour la vie de ­famille, infernale et tendre, fait naître une émotion vraie.

 

wonder woman cinema metz

 

Date de sortie 7 juin 2017 (2h 21min)

De Patty Jenkins

Avec Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen

Nationalité Américain

 

 

C'était avant qu'elle ne devienne Wonder Woman, à l'époque où elle était encore Diana, princesse des Amazones et combattante invincible. Un jour, un pilote américain s'écrase sur l'île paradisiaque où elle vit, à l'abri des fracas du monde. Lorsqu'il lui raconte qu'une guerre terrible fait rage à l'autre bout de la planète, Diana quitte son havre de paix, convaincue qu'elle doit enrayer la menace. En s'alliant aux hommes dans un combat destiné à mettre fin à la guerre, Diana découvrira toute l'étendue de ses pouvoirs… et son véritable destin.

 

  

Critiques 

hhhh cinema metz

 

Date de sortie 7 juin 2017 (2h 00min)

De Cédric Jimenez

Avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell

Nationalité Français

 

 

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale.

Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich.

Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire.     

Critiques 
 
 

la momie cinema metz

 

Date de sortie 14 juin 2017 (1h 51min)

De Alex Kurtzman

Avec Tom Cruise, Sofia Boutella, Annabelle Wallis

Nationalité Américain

 

 

Bien qu’elle ait été consciencieusement enterrée dans un tombeau au fin fond d’un insondable désert, une princesse de l’ancienne Égypte, dont le destin lui a été injustement ravi, revient à la vie et va déverser sur notre monde des siècles de rancœurs accumulées et de terreur dépassant l’entendement humain. Des sables du Moyen Orient aux pavés de Londres en passant par les ténébreux labyrinthes d’antiques tombeaux dérobés, La Momie nous transporte dans un monde à la fois terrifiant et merveilleux, peuplé de monstres et de divinités, dépoussiérant au passage un mythe vieux comme le monde.

 

   

Critiques 
 
Télérama
 

Il ne fallait pas la réveiller. La momie est un danger public, en particulier pour les amateurs de suspense. On ne vous révélera rien, c'est le film qui s'en charge dès le prologue, dévoilant le pourquoi du comment, jusqu'à la dernière bandelette. Mystérieux comme le mode d'emploi d'un meuble en kit, le scénario tiendrait sur une carte de visite : une ancienne malédiction jaillit de son sarcophage pour répandre la terreur sur le monde en général, et sur Tom Cruise en particulier.
Une fois admis ce défaut de fabrication, on embarque dans une ébouriffante attraction, entièrement dédiée aux scènes d'action spectaculaires. Bonne surprise : dans un avion en plein crash ou au fond d'une crypte ténébreuse, ces séquences se révèlent aussi habiles que l'intrigue est plate. Bourré d'effets spéciaux dernier cri, ce ludique divertissement est le premier volet d'une nouvelle saga hollywoodienne consacrée à une guilde de personnages fantastiques, à la manière des super­héros de Marvel ou de DC Comics. Sauf que cette fois, les studios Universal recyclent leur patrimoine de vieux films d'épouvante et de méchants mythiques. En attendant, entre autres, créature de Frankenstein, loup-garou et homme invisible, on fait ainsi connaissance avec les plus célèbres schizophrènes du gothique victorien, le Dr Jeckyll et son double, Mister Hyde, tous deux interprétés avec une malice gourmande par Russell Crowe. L'ex-gladiator réussit même à arracher quelques scènes à Tom Cruise, ce qui relève de l'exploit. Car la star hante chaque plan, chaque cascade, avec une dose inhabituelle d'autodérision. C'est l'autre bonne surprise : un humour alerte et bon enfant, pas du tout momifié.

 

Les inrocks

 

“Dès qu’il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre.” L’un des cartons les plus célèbres de l’histoire du cinéma, issu du Nosferatu de Murnau, plaçait le registre de l’horreur à cheval entre deux mondes, celui des vivants et celui des morts. Une zone interlope où l’enveloppe fragile d’un réel craintif se fendait de mille déchirures, comme autant de passages d’où émergent les créatures innommables qui hantent nos nuits, du moins celles des personnages.

Car le spectateur, lui, peut nommer chacun de ces monstres, agglomérés à la culture populaire depuis les penny dreadful et la littérature victorienne jusqu’aux productions Blumhouse (Paranormal Activity, Ouija…). Loup-garou, vampire, homme invisible. Momie.

Universal ouvre à nouveau la boîte à cauchemars

Dans les années 1930, la major Universal a donné une première enveloppe cinématographique à ces aberrations populaires, avec comme inoubliables visages ceux de Béla Lugosi ou de Boris Karloff. Près de quatre-vingt-dix ans plus tard, le même studio ouvre à nouveau la boîte à cauchemars, d’où émergent en premier lieu les traits connus – malgré leur état de décomposition avancée – de la dépouille égyptienne tressautant encore de vie après trois millénaires passés dans un sarcophage.

En préambule du film, les lettres chromées qui orbitent autour du globe terrestre, marque de fabrique de la firme, se retournent pour présenter un envers rougeoyant et évocateur : à l’heure de l’Upside Down de Stranger Things et du retour de la Black Lodge de Twin Peaks, la première pierre du Dark Universe, l’univers étendu monstrueux d’Universal, est posée.

Empêcher les ténèbres de se répandre sur le monde

Au beau milieu du désert irakien, des troupes d’élite américaines découvrent un tombeau égyptien. Nick (Tom Cruise), militaire et trafiquant à ses heures perdues, active un mécanisme qui ramène à la vie l’âme damnée qui l’occupe, et qu’une séquence antico-kitsch identifiera comme une princesse égyptienne (Sofia Boutella) enterrée vivante pour cause de collusion avec Seth (ou le Diable, ou le Mal, selon la convenance).

Au même moment, des travaux ferroviaires londoniens butent sur une crypte abritant de nombreux cadavres de templiers. Les deux exhumations sont connectées, et Nick, accompagné de la scientifique Jenny, va devoir empêcher les ténèbres de se répandre sur le monde. C’est sur ce canevas classique, et au fil d’une mise en scène efficace mais peu inspirée, que le réalisateur pique le premier point d’un tissu cinématographique qui s’enrichira de versions contemporaines de tous les monstres précités.

Une triple et fascinante momification

Mais la part la plus fascinante de l’entreprise réside dans sa propension à multiplier les variations sur le motif de l’exhumation : forage matériel du sable irakien ou de la terre londonienne, de l’image numérique qui s’abime en un vortex d’effets de synthèse, de la peau aux plaies béantes de sa momie nouvelle génération.

Un geste violent qui dessine en creux une triple et fascinante momification : celle de la momie sans repos, celle du cinéma hollywoodien des débuts de son âge d’or, et, plus troublant, celle de Tom Cruise, éternel golden boy dont le physique défie le temps, mort-vivant de cinéma au faciès de bouffon rieur et d’éternel enfant.

 

ce qui nous lie cinema metz

 

Date de sortie 14 juin 2017 (1h 53min)

De Cédric Klapisch

Avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil

Nationalité Français

 

 

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

 

 

   

Critiques 
 
Télérama
 

Paris, Barcelone, New York... : Cédric Klapisch n'a jamais filmé que les villes et leurs habitants. Là, il pose sa caméra en pleine nature, en Bourgogne. Coécrit avec Santiago Amigorena, ami de lycée et déjà scénariste du Péril jeune (1994), son film raconte la reprise du domaine familial, à Meursault, par deux frères et une soeur à peine trentenaires, à la suite de la disparition prématurée du père, mort d'avoir respiré des pesticides toute sa vie. Mais la vigne et le vin bio, qui n'avaient encore jamais fait l'objet d'une fiction aussi bien documentée, intéressent moins le réalisateur que les relations humaines.
« L'amour, c'est comme le vin, il faut du temps. Ça doit fermenter. Et ce n'est pas toujours pourri au final », philoso­phe-t-on au caveau. Qu'il s'agisse de la fratrie ou du couple, Klapisch reste fidèle à ses marottes : certains protagonistes frisent la caricature (le beau-père notable, la mère intrusive, le vendangeur fanfaron) et les acteurs ignorent la sobriété, Pio Marmaï et François Civil en tête. Les larmes sont également convoquées avec trop de ­facilité dans les scènes intimes mais le cinéaste réussit, comme souvent, les scènes de groupe, notamment lors de la fête qui célèbre la fin des vendanges et donne envie de prendre un aller simple pour Beaune.

 

Les inrocks

 

Un des premiers films (courts) de Cédric Klapisch, en 1989, s’intitulait Ce qui me meut. Presque trente ans et onze films (longs) plus tard, le voilà qui sort Ce qui nous lie. Du je au nous, de la mise en mouvement (et en émotion) au lien, de Paris (dont le cinéaste s’est souvent fait le sociologue) à la province (en l’occurrence la Bourgogne), il s’agit moins d’un déplacement que d’une façon de boucler la boucle, de réaffirmer son œcuménisme proverbial : moi, toi, eux, nous, là, partout, toujours, on a tous un truc à partager.

Ce côté boy-scout rassembleur qui a toujours défini Klapisch, pour le pire (Paris) ou le meilleur (Le Péril jeune), se niche ici dans une forme particulièrement casse-gueule : le film de vignoble (type Premiers crus, Tu seras mon fils, Saint Amour dans une moindre mesure).

Klapisch réussit à subvertir les contours de ce genre souvent rance

Epousant d’abord les contours de ce genre bien souvent rance, destiné à raconter les douloureuses transmissions entre pères et fils, sur fond de célébration du terroir et des valeurs patrimoniales (atroces scènes de dégustation dignes d’un spot de pub pour le tourisme en Bourgogne), Klapisch réussit progressivement à les subvertir, ou plutôt à les adoucir, sans forcer le passage, sans renverser la table.

Le fils prodigue revenu à la ferme après son tour du monde (Pio Marmaï, ici plutôt drôle) se trouve ainsi affublé d’un frère (François Civil) et d’une sœur (Ana Girardot), tous deux irréprochables, qui tirent le film vers une sincère ode au renouveau.

Portant des valeurs progressistes (à la question “tu viens d’où ?”, une jeune fille noire répond “de Bretagne”, et basta), féministes (les femmes font le pinard, et elles le font très bien) et écolos (leur vin est évidemment bio), le réalisateur de Ni pour ni contre (bien au contraire) s’affirme une fois de plus comme le promoteur de la France “sympa”. C’est déjà ça.

 

wulu cinema metz

 

Date de sortie 14 juin 2017 (1h 35min)

De Daouda Coulibaly

Avec Ibrahim Koma, Inna Modja, Quim Gutiérrez

Nationalités Français, Sénégalais

 

 

Ladji a 20 ans. Il travaille dur comme apprenti-chauffeur à Bamako. Lorsqu’on lui refuse une promotion qu’il estime avoir largement méritée, il décide de contacter Driss, un dealer de drogue, qui lui doit une faveur. Avec deux compères, Ladji plonge dans l’univers du trafic de cocaïne...

 

 

 

   

Critiques 
 
Télérama
 
Dès les premières images, comme un flot d'énergie dans le désordre des rues de Bamako, ce film s'accroche à son héros. Voici l'itinéraire d'un jeune Malien déter­miné. Ladji, 20 ans, comptait sur un boulot de chauffeur de bus. Lorsqu'on lui refuse le poste, au profit d'un candidat pistonné, il se tourne vers une autre carrière. La seule, dans un pays gangrené par la corruption, qui rapporte beaucoup, et vite : le trafic de drogue. Ladji a ses raisons, et il est prêt à tous les risques. Thriller nerveux, dossier politique, portrait sensible et dur d'un truand malgré lui, Wùlu est aussi une belle chronique de la fatalité sociale.
 

nothingwood cinema metz

 

Date de sortie 14 juin 2017 (1h 25min)

De Sonia Kronlund

Avec Salim Shaheen

Documentaire

Nationalités Afghan, Français

 

 

Ce film est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, dans le cadre du Festival de Cannes 2017

À une centaine de kilomètres de Kaboul, Salim Shaheen, l'acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, est venu projeter quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111ème au passage. Ce voyage dans lequel il a entraîné sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l'occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films de série Z dans un pays en guerre depuis plus de trente ans. Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.   

Critiques 
 
Nothingwood
 

Du cinéma en Afghanistan ? Quand Sonia Kronlund, la productrice de l'émission de documentaires Les pieds sur terre, sur France Culture, fait, par l'intermédiaire de l'écrivain et réalisateur franco-afghan Atiq Rahimi, la découverte de Salim Shaheen, l'un des très rares cinéastes en activité et de loin le plus prolifique, elle tombe des nues. Et décide de passer derrière la caméra pour le suivre. Sacré numéro. Cabotin, jovial, mythomane. Et analphabète, comme quatre-vingt pour cent de ses concitoyens. Une force de la nature, entre Depardieu et Bud Spencer, charisme, torgnoles et embonpoint inclus. Une vraie star en Afghanistan, où tout le monde connaît la centaine de séries Z qu'il a tournées — l'un des rares divertissements tolérés dans la République islamique. Des films de kung-fu, des polars un peu gore, avec des danses et des chansons comme à Bollywood, en beaucoup plus fauché.
C'est aussi un cinéma guérilla, tourné avec les moyens du bord, dans des terrains vagues ou au beau milieu de la campagne, où Salim Shaheen débar­que avec sa clique en racontant, à chaque fois, que sa mère vient du village en question, pour se mettre les habitants dans la poche. Foulard rose sur la tête, fumant clope sur clope pour dissimuler la peur des bombes, la réalisatrice, fascinée par cet Ed Wood de Kaboul, l'accompagne partout, assiste à ses tournages farfelus. Elle décrypte avec malice, en voix off, une vérité que Salim Shaheen et ses films enrobent ou dissimulent. Notamment l'absence des femmes, remplacées par l'acteur Qurban Ali, marié et père de famille, qui se travestit pour faire illusion, comme dans le théâtre antique, dans un pays où l'homosexualité demeure un crime.

 

Libération

 

Voici l’intéressante histoire de Salim Shaheen, l’histoire de son personnage. Voici son portrait, un documentaire sur une fiction. Réalisateur et acteur afghan aux 110 films, idole de lui-même et de son peuple, père de ses enfants, mari de ses deux épouses, conteur de sa propre légende et de celle de son pays, héros de ses nombreuses vies.

Nous sommes dans le domaine de l’extraordinaire : ainsi et par exemple, la mère de Salim Shaheen est née dans plusieurs endroits à la fois. Cela s’explique, vous verrez, très simplement, l’extraordinaire n’a pas besoin d’être compliqué, il a seulement besoin d’être plaisant : ou en fin de compte, et ce n’est pas si simple, d’être intéressant.

Mégalomanie.
Celle qui en fait le portrait apparaît par moments aux côtés de son sujet, dans l’encadrement du conte. Sonia Kronlund, dont on connaît mieux la voix que le visage, anime depuis 2002 l’émission radiophonique les Pieds sur terre, pour laquelle elle a produit de nombreux documentaires sonores. Son film Nothingwood, portrait en pied de Salim Shaheen et de sa troupe, est peut-être aussi un autoportrait - non pas en ce qui concerne la mégalomanie, mais en ce qui concerne la narration (sa fabrication, mais aussi son accumulation, sa fabrication en série) : chercher une histoire, transformer chaque document en récit pour donner au monde, sans jamais s’arrêter, des récits du monde.

La réalisatrice, donnant de la voix dans le portrait de Salim Shaheen himself paru dans Libération lors du dernier Festival de Cannes (où le film passait à la Quinzaine des réalisateurs), ramasse la question de son film en ces termes : «A quoi sert le cinéma ?» Car Salim Shaheen n’a que le cinéma à la bouche, et toujours la main à la pâte. Sa vie entière est aussi un tournage, où l’amour de l’art ne se passe pas de raisons : tout cela, c’est évident, ne sert pas à rien.

Il y a peut-être dans ce film une autre question, similaire puisqu’elle tient à joindre à son tour l’utile à l’agréable, le fonctionnel au divertissant : qu’est-ce qui est intéressant ? Qu’est-ce qu’une bonne histoire ? Ici, on accède aux images d’un pays en guerre, l’Afghanistan actuel et les soubresauts de son passé récent, à travers le récit qu’en font Shaheen et ses films : on arrive à l’image possible d’un lieu réel par d’autres images, qui elles sont fictives, schématiques, follement divertissantes, et avec beaucoup d’action. On accède à du compliqué par du simple, organisé et mis en scène par une figure d’Auteur absolu, de démiurge mythomane et improvisateur, un pur inventeur de mythes (avant tout de son propre mythe, identifié à celui de l’Afghanistan tout entier : ce n’est pas pour rien que sa mère est née dans tout le pays).

Ex nihilo.
Nothingwood, le royaume d’après Holly et Bolly, se donne comme une création à partir de rien, par-delà document et récit, au-delà de la réalité et de la fiction : du cinéma ex nihilo, la fable d’un monde qui s’invente lui-même, débarrassé de la vérité. Sonia Kronlund et Salim Shaheen, chacun étant le double de l’autre, cherchent l’intéressant à l’état pur, et ils le trouvent à chaque pas : là où il suffit de bien savoir raconter les histoires pour qu’elles prennent une place dans le réel. Quelque chose comme l’épisode ultime de cette grande série Z que la critique avait nommé «politique des auteurs», où l’histoire du cinéma et l’histoire du monde se produisaient l’une l’autre dans la tension d’un perpétuel aller-retour.

 

retour a montauk cinema metz

 

Date de sortie 14 juin 2017 (1h 46min)

De Volker Schlöndorff

Avec Stellan Skarsgård, Nina Hoss, Susanne Wolff

Nationalités Allemand, Français, Irlandais

 

 

Il y a un amour dans la vie, que tu n'oublies jamais, peu importe à quel point tu essaies. L'écrivain Max Zorn arrive à New York pour promouvoir son dernier roman. Sa jeune femme Clara l'a précédé de quelques mois pour contribuer à la parution du livre aux Etats-Unis. Dans son roman, Max raconte l'échec d'une passion dans cette ville, il y a 17 ans. Presque par hasard, il revoit Rebecca, la femme en question. Originaire d'Allemagne de l'Est, elle est devenue entre temps une brillante avocate et vit depuis 20 ans à New York. Ils décident de passer encore une fois un weekend ensemble. C'est l'hiver à Montauk, le petit village de pêcheurs au bout de Long Island. Deux transats vides, face à l'océan. Ils attendent deux personnes qui s'étaient perdues pendant très longtemps. Maintenant ils reviennent à Montauk, plein d'espoir et de regrets sur une vie commune manquée.

 

Critiques 
 
Le monde
 

La genèse de Retour à Montauk est littéraire : il y a, au départ, un roman autobiographique, Montauk, de l’écrivain suisse Max Frisch, qui raconte ses retrouvailles à New York avec un ancien amour. Jugé inadaptable par Volker Schlöndorff, le livre a été réduit à la seule anecdote avant que celle-ci soit confiée à un autre écrivain, l’Irlandais Colm Toibin, qui en a fait un scénario.
On ne s’étonnera donc pas de passer cette centaine de minutes en compagnie d’un auteur égocentrique, Max Zorn, en visite promotionnelle à Manhattan, puis dans le port qui donne son nom au film. Parce qu’il est (bien) interprété par Stellan Skarsgard, Zorn sera ici scandinave. Et puisque le rôle de la maîtresse perdue et retrouvée a été confié à Nina Hoss, celle-ci sera allemande, née en RDA, devenue avocate d’affaires, et, à l’entendre, l’un des piliers du système financier new-yorkais.
Energie et ironie
Les contraintes de la distribution des rôles, la banalité de la situation de départ pourraient produire l’une de ces décoctions sucrées, à peine teintées d’amertume, que l’on sert aux spectateurs de plus de 50 ans pour leur prouver que leurs affects valent bien ceux des jeunes. Toibin et Schlöndorff ont mis juste assez d’énergie et d’ironie dans leur histoire et le réalisateur a assez bien choisi ses interprètes pour que Retour à Montauk échappe, de justesse, à ce piège.
Max Zorn est finalement un assez sale type, que l’on découvre en train de disserter sur la différence entre regrets et remords, mais qui n’a d’autre souci que la satisfaction de son ego. A New York, Clara (Susanne Wolff), sa très jeune épouse, l’attend, mais il ne pense qu’à retrouver Rebecca (Nina Hoss), la femme qu’il a abandonnée vingt ans plus tôt, et à l’emmener à Montauk, où ils se sont aimés.
Une fois constitué le duo Hoss-Skarsgard, le film trouve un ton très particulier, assez violent – qui définit la nostalgie comme une autre manière d’assurer l’empire des hommes sur le monde et le temps. Pour confirmer cette thèse, Niels Arestrup fait une apparition remarquable en collectionneur égotiste, qui n’accumule les œuvres que pour les voir se dégrader au fil des ans.

 

baywatch cinema metz

 

Date de sortie 21 juin 2017 (1h 57min)

De Seth Gordon

Avec Dwayne Johnson, Zac Efron, Alexandra Daddario

Nationalité Américain

 

 

Le légendaire sauveteur Mitch Buchannon  est contraint de s’associer à une nouvelle recrue, Matt Brody, aussi ambitieux que tête brûlée ! Ensemble, ils vont tenter de déjouer un complot criminel qui menace l'avenir de la Baie…

 

 

 

 

 

banniere bay watch 

 

Critiques 

les ex cinema metz

 

Date de sortie 21 juin 2017 (1h 24min)

De Maurice Barthélémy

Avec Jean-Paul Rouve, Maurice Barthélémy, Claudia Tagbo

Nationalité Français

 

 

Si Paris est la ville des amoureux, elle est aussi celle… des ex ! Antoine n’ose plus s’engager, Didier regrette son ex-femme, le père Laurent doit célébrer le mariage de son ex, Julie, Serge est harcelé par Lise, l’ex de sa petite amie du moment, tandis que Greg se console avec le chien… de son ex ! Autant de personnages dont les vies vont se télescoper dans un joyeux désordre et qui pourraient bien retomber amoureux ! Mais de qui ? Qu’ils nous obsèdent ou que l’on adore les détester, au fond, il est difficile d’oublier ses ex !

 

 

Critiques 

Paris Match
 

Deux duos faits pour s’entendre. Ce mercredi sort dans les salles françaises le nouveau film de Maurice Barthélémy, «Les Ex». A l’affiche de ce film choral sur l’impact des ex dans une vie, on croise notamment Stéfi Celma, Arnaud Ducret, Alice David et Baptiste Lecaplain. Et «croiser» est le terme adéquat puisque, à part leur binôme, les acteurs ont peu échangé avec les autres têtes d’affiche durant le tournage : «On a vu un film, mais on n’a toujours pas croisé les acteurs qui jouaient dedans, plaisante Baptiste Lecaplain. Ce qui est très frustrant, mais très cool aussi, puisqu’on a découvert deux tiers du film en projection.»

La réalisation d’un tel film, évoquant différentes histoires de personnages s’entrecoupant, a été réussie par Maurice Barthélémy, dont les talents sont salués unanimement par ses acteurs : «C’est un bonheur absolu parce qu’il fait partie des directeurs d’acteurs, vraiment, qui sont tellement généreux et tellement friands de ce que les gens peuvent proposer qu’il vous donne la sensation d’être libre mais tout en sachant exactement où il veut vous emmener. C’est un magicien à ce niveau-là», explique Stéfi Celma. «Il aime les comédiens, et ça se voit», renchérit Arnaud Ducret, son ex à l’écran. Pour Alice David, Maurice Barthélémy «est toujours très fin, très doux» et «ça se ressentait sur toute l’ambiance du tournage». «C’était à Paris, fin de l’été, une ambiance très à part, très cool, résume Baptiste Lecaplain. C’est un tournage qui ressemble tellement à Maurice. Juste ce qu’il faut là où il faut.» Et les acteurs se connaissent déjà bien : à part Baptiste Lecaplain, tous avaient déjà tourné dans «Les Profs».

Un film "intergénérationnel"

Cette comédie romantique n’a pas peur d’affronter des sujets durs comme le deuil ou la maladie : «Certains sont acteurs de la vie des autres, mais c’est très bien équilibré, très bien écrit, et c’est ce qui m’a plu dans le scénario, assure Arnaud Ducret. Tout s’imbriquait bien, c’est drôle, triste, ça parle de cancer. Tous les personnages sont très bien servis.» Alice David y voit un mélange des deux influences du réalisateur : «Maurice a fait des grosses comédies, on l’a surtout découvert avec les Robins des Bois. Puis il a fait un film comme "Papa", beaucoup plus sensible, et là, c’est un mélange des deux.»

Pour Stéfi Celma, le film est surtout «intergénérationnel», puisque figurent notamment au casting Patrick Chesnais, Natacha Lindinger, Judith El Zein, Claudia Tagbo ou encore Jean-Paul Rouve et Elise Larnicol, deux anciens des Robins des Bois : «C’est un vrai défi pour le coup d’avoir réussi à le représenter. J’ai l’impression que même des enfants peuvent le voir et s’y reconnaître. C’est avant tout un film d’amour. Sur l’idée que les ex sont les gens qui vont plus ou moins bien marquer votre vie, vont vous permettre d’avancer, d’apprendre sur vous-même. Je crois que c’est ça avant tout le message de ce film».

 

it comes at night cinema metz

 

Date de sortie 21 juin 2017 (1h 37min)

De Trey Edward Shults

Avec Joel Edgerton, Kelvin Harrison Jr., Carmen Ejogo

Nationalité Américain

 

 

Interdit aux moins de 12 ans

Alors que le monde est en proie à une menace terrifiante, un homme vit reclus dans sa propriété totalement isolée avec sa femme et son fils. Quand une famille aux abois cherche refuge dans sa propre maison, le fragile équilibre qu'il a mis en place est soudain bouleversé.

 

 

 

Critiques 

 
Les inrocks
 

La famille est et a toujours été le grand sujet du cinéma américain. Qu’on la fuit ou qu’on la cherche, qu’on l’aime ou qu’on la haïsse, qu’on en hérite ou qu’on la recompose, elle est, là-bas encore plus qu’ici, ce nœud gordien autour duquel tout s’enroule et que l’on doit (ou non) finir par trancher.

Cette loi, aussi certaine que celle qui fait tourner les planètes autour du soleil, est illustrée de façon particulièrement saisissante par It Comes at Night. Saisissante et sans ambages, puisqu’on passe les quatre-vingt-dix minutes qui composent ce long métrage en compagnie d’une famille. Ou plutôt de deux, contraintes de cohabiter dans un environnement exigu et hostile : une cabane au milieu de la forêt, quelque part, on ne sait pas où précisément, tandis que partout l’apocalypse règne.

Les compteurs de la paranoïa sont au maximum

La peste, ou une maladie s’y apparentant, frappe en effet les Etats-Unis – sans que l’on ne sache cependant ce qui se passe au-delà de ces quelques acres de forêt –, et pour s’en prémunir, Paul (Joel Edgerton, impressionnant), sa femme Sarah (Carmen Ejogo) et leur fils de 16 ans, Travis (Kelvin Harrison Jr.), restent cloîtrés chez eux.

Coupés du monde, ils n’hésitent pas à occire le grand-père contaminé, dans une première scène traumatique qui annonce la couleur : vert, noir, rouge et tout le nuancier de la pourriture et de la mort. Les compteurs de la paranoïa sont au maximum lorsque apparaît, en pleine nuit, un intrus, Will (Christopher Abbott). Et puis bientôt Kim, sa femme (Riley Keough), et leur bébé, en détresse. Faut-il les chasser et les condamner à une mort certaine ou les accueillir et tenter de reformer avec eux un début de société ?

“On ne peut faire confiance à personne d’autre qu’à sa famille”

Et c’est quoi au juste une société, quand seule la peur fait loi ? Plus grand chose, répond Trey Edward Shults, le réalisateur de ce brillant film d’horreur plus pessimiste encore que les plus noirs épisodes de The Walking Dead, ou que leurs aïeux tracés au charbon et à la peinture rouge par George A. Romero. L’autre, ici, ne se transforme pas en monstre dévorant, mais c’est tout comme : “On ne peut faire confiance à personne d’autre qu’à sa famille”, martèle implacable le père à son fiston.

Le film est raconté, avec une rigueur de point de vue rare, à travers les yeux de Travis, un adolescent qui aurait sans doute préféré grandir dans La Petite Maison dans la prairie, plutôt que dans une variante de La Dernière Maison sur la gauche.

La belle idée du film est d’en avoir fait un émissaire et un métis – ce qui rend son père plus complexe et émouvant que ne l’aurait été un simple redneck –, un “entre-deux” soucieux de protéger les siens, mais aussi de s’ouvrir aux autres. Noctambule, il se glisse dans les couloirs de la maison, espionne, guette, se fait vigie.

Un film pétri de contradictions

Le film est à son image : pétri de contradiction, en même temps sauvage et civilisé, doux et brutal, jouant sur des affects simples en apparence (la peur, le désir, la culpabilité), et néanmoins nourris d’un imaginaire riche (quoique largement cartographié). Il ne cherche pas la surprise ou l’effet de manche, simplement l’empathie.

C’est la deuxième fois que Shults ausculte ainsi la famille américaine, la montrant comme le lieu à la fois le plus désirable et le plus étouffant qui soit. Son précédent long métrage, le très beau (et hélas inédit) Krisha, suivait une paria en quête de réintégration à l’occasion d’un dîner de Thanksgiving.

De l’horreur pure vers le mélo

Krisha démarrait comme un mélodrame cassavetien et se laissait peu à peu contaminer par l’effroi. Le trajet est ici inversé (de l’horreur pure vers le mélo), mais ce sont les mêmes qualités de metteur en scène qui se font jour, palliant les faiblesses d’un scénario qui laisse trop de questions irrésolues dans le dernier quart d’heure.

A l’instar de M. Night Shyamalan (The Visit), Jeremy Saulnier (Blue Ruin), David Robert Mitchell (It Follows), Robert Eggers (The Witch), Shults fait partie de la race des filmeurs, ces cinéastes capables de rendre angoissante une souche ou fascinant un couloir sombre.

Et comme eux, il décrit un pays de plus en plus ravagé, détraqué, égoïste et cruel, où (contrairement à ce qui pouvait encore se produire fréquemment chez Spielberg, Coppola, Scorsese ou Cimino) la famille n’est plus un refuge mais l’épicentre du mal.

 

Télérama

Qu'est-ce qui « vient la nuit » ? Les cauchemars. Travis, un ado métis, en fait beaucoup : il vit au fond des bois avec ses parents, dans une maison barricadée, depuis qu'un mal mystérieux contamine l'humanité entière. Un jeune couple avec enfant vient y chercher refuge...
L'horreur menace et la paranoïa est totale. En s'en tenant à ce principe dramatique, le réalisateur signe un huis clos efficace, éprouvant et plus rigoureux que ne l'est souvent le cinéma de genre. C'est d'ailleurs à Michael Haneke qu'il fait penser, tant le scénario rappelle Le Temps du loup (2003), où les hommes cédaient à la sauvagerie dans un monde apocalyptique. Cette version américaine de la même situation est ramassée comme un duel de western. Un parti pris d'épure radical qui aboutit à un film presque simple, en définitive. Mais plein de tempérament.

 

KO cinema metz

 

Date de sortie 21 juin 2017 (1h 55min)

De Fabrice Gobert

Avec Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmai

Nationalité Français

 

 

Antoine Leconte est un homme de pouvoir arrogant et dominateur, tant dans son milieu professionnel que dans sa vie privée.
Au terme d’une journée particulière oppressante, il est plongé dans le coma.
À son réveil, plus rien n’est comme avant : Rêve ou réalité ? Complot ? Cauchemar ?…
Il est K.O.

 

 

 

Critiques 

Télérama
 

Sur le ring, les boxeurs s'affrontent... mais c'est dans le public que se joue le combat décisif. Homme de pouvoir aux commandes d'une chaîne de télévision, Antoine Lecomte affronte un animateur qui, pour s'être inquiété de l'avenir de son émission, est renvoyé dans les cordes. Humilié et hargneux, il attaque : « Tu es vraiment une pourriture. Un jour, tu le paieras. » Le lendemain, le subalterne tire sur son patron... Quand il sort de l'hôpital, le big boss découvre que lui-même n'a jamais été, à la télé, que le présentateur de la météo. Pour échapper à ce cauchemar, Antoine Lecomte va devoir se battre contre cet autre lui-même. Mais qui est le vrai et qui est le faux ?
Même sans nous parler de sport, K.O. n'en est jamais très loin. Très vite, le film nous place en supporters : cet homme qui se retrouve à terre, toute sa vie d'avant balayée, on veut bien croire qu'il est « une pourriture », mais on a envie qu'il se relève ! Fabrice Gobert mène brillamment la partie. Le réalisateur, qui s'est distingué avec la série Les Revenants, montre un tempérament de battant. Non content de se risquer sur le terrain du thriller à l'américaine, tendance paranormale, il ressuscite un fantastique poétique très français. Son film mise autant sur le punch que sur la sophistication. Il nous tient en haleine tout en nous faisant basculer dans l'étrangeté. Qui se cache dans les détails...
Comme dans les miroirs de la maison chic d'Antoine, tout se dédouble. Solange, sa compagne, s'apprête à publier un roman intitulé justement Un roman... Le présentateur météo, lui, a une épouse devenue auteur à succès avec un livre portant le même titre. L'imaginaire prend le pouvoir. On reconnaît ici le visage d'un homme qu'on avait vu là dans un autre rôle. A la manière des rêves, le récit se construit par déplacements successifs. Mais l'onirisme devient une mécanique terrible, comme dans Orphée (1950), où Jean Cocteau représentait la mort par des motards circulant dans Paris. Fabrice Gobert, lui aussi, revisite le mythe d'Orphée et Eurydice. Dans l'enfer où il sombre, Antoine cherche sa Solange, son ange gardien, pour qu'elle le sauve en lui donnant l'amour dont il n'avait que faire, avant. Pour la reconquérir, il devra se battre, jusque dans des entrepôts où des hommes se tabassent afin de se prouver qu'ils tiennent debout. Un reflet décalé, plaisamment Fight Club, du match de boxe qui ouvre le film.
La dureté est partout. Le goût du mystère n'empêche pas la fable d'être implacable et claire. Le microcosme de la télévision devient, ici, un monde obsédé par la gagne, où tous les coups sont permis, un sport sans arbitre et sans règles, sinon la réussite : la violence des rapports humains dans le monde du travail a rarement été évoquée avec autant de force. Cette leçon, Fabrice Gobert l'applique aussi à l'histoire d'amour que raconte son film : dans cet univers hostile où songe rime avec mensonge, les vrais sentiments irradient d'une lumière fragile et magnifique. Portés, il est vrai, par deux interprètes de choix. Chiara Mastroianni, délicate, instantanément attachante. Et Laurent Lafitte, hâbleur, fonceur, cassant et tendre, très physique et pourtant paumé idéal dans ce labyrinthe cérébral. Qui finit par retomber sur ses pieds d'une manière séduisante, convaincante aussi. Et donne envie de tout revoir une deuxième fois, pour revivre le match.

 

Rolling Stone

Cadre dirigeant d’une chaîne de télévision, Antoine Leconte est beau, drôle… et profondément odieux. Cynique aux dents longues, il mène sa vie professionnelle et sa vie privée d’une main de fer. Victime d’une supposée crise cardiaque, il se retrouve brutalement confronté à une déroutante réalité. Que lui est-il arrivé ?

Prince du deuxième degré dans un monde abonné au premier, Laurent Lafitte fait une nouvelle fois la pluie et le beau temps dans une production seyant à merveille son flegme de théâtreux pour le moins rodé. Pris au piège d’un gigantesque traquenard cauchemardesque, il est brillamment épaulé par Jean-Charles Clichet, leurs échanges ironico-dramatiques font vite oublier la platitude mécanique des propos échangés durant le premier quart de K.O.
Inception, Le Truman Show, Un Jour Sans Fin… K.O. déborde presque autant de références que de miroirs – lui permettant de s’offrir quelques transitions soignées entre rêve et réalité. Son élégance formelle ne parvient néanmoins pas à faire oublier l’incroyable imbroglio qu’est son scénario. Faisant sans aucun remord la nique au rasoir d’Ockham, il fourmille d’incohérences potentiellement sensées pour les spectateurs encore réveillés, mais simplement bonne à brouiller les pistes pour les autres.
S’il ne tombe pas dans le piège d’un dénouement trop prévisible, K.O. démultiplie les tiroirs à fermer et manque tant de clarté qu’il en devient surprenamment épuisant. Verrouillant sans cesse la moindre porte de sortie, il n’est pas sans rappeler cette désagréable impression que l’on a lorsqu’on se réveille et qu’on vaque à nos occupations avant de se rendre compte que l’on est encore endormi.

 

Magazine juin

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