memories of murder cinema metz

 

(1h 46min)

De Andreï Zaytsev

Avec Gleb Kalyuzhny, Ulyana Vaskovich, Olga Ozollapinya

Nationalité Russe

 

 

C’est l’histoire d’un premier amour, éclos très jeune dans la banlieue d’une grande ville. Tels des Roméo et Juliette modernes, vivant entre les réseaux sociaux et la rue, deux adolescents voudraient s’affranchir des lois qui les gouvernent : celles de leurs parents et celles des bandes rivales qui contrôlent leur quartier. Pour pouvoir être ensemble, ils devront surmonter beaucoup d’obstacles, désobéir, oser le premier pas.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

En mélangeant une affaire criminelle particulièrement macabre à d'irrésistibles séquences bouffonnes, le réalisateur d'“Okja” a imposé sa patte pleine d'audace au public français. Treize ans après sa sortie, le film est à (re)découvrir en salles.
A la différence d'Okja, son dernier film disponible uniquement sur Netflix, pas la peine d'être abonné à la plateforme de vidéo en ligne pour voir ou revoir le film qui a fait connaître Bong Joon-ho : Memories of Murder (2003) est en effet de retour en salles. Et treize ans après sa sortie, reste un chef d'œuvre du cinéma policier sud-coréen - du cinéma policier tout court. Voici trois raisons de le revoir en copies neuves.

Pour son mélange des genres

Memories of Murders s'inspire d'un authentique fait divers. Entre septembre 1986 et avril 1991, dix femmes furent violées et assassinées dans la petite ville de Hwaseong, avec un modus operandi identique : les victimes sont mortes étranglées avec leurs sous-vêtements. Le tueur n'a jamais été identifié...
Bong Joon-ho ne cache jamais la noirceur atroce de cette histoire – le film plonge sans cesse plus profond dans les ténèbres –, mais la ponctue de sidérantes parenthèses bouffonnes. La maladresse, la malchance, la malhonnêteté (sinon l'incompétence) des policiers confinent au burlesque : ils sont incapables de sécuriser la première scène de crime, consultent un chaman pour tenter de trouver de nouveaux indices... L'un d'eux passe ses journées au sauna à la recherche d'hommes au pubis glabre (signe particulier, croit-il, du tueur), un autre se prend pour Bruce Lee face aux prévenus... Ce qui n'empêche pas le film d'être déchirant quand, dans un long ralenti, l'inspecteur Seo découvre le cadavre mutilé d'une collégienne. C'est ce mélange des genres – véritable marque de fabrique de Bong Joon-ho – qui fait l'originalité et la force de Memories of Murder. Le film lorgne même vers le fantastique quand, dans l'une des nombreuses scènes nocturnes, une policière vêtue de rouge marche dans la forêt pour servir d'appât. Et bascule dans la terreur pure quand Bong Joon-ho met en scène, avec un art du suspense virtuose, les attaques du tueur.

Pour son couple de flics

Le binôme « good cop/bad cop » est une figure incontournable du cinéma policier. Elle est au centre de Memories of Murder, mais habilement détournée par Bong Joon-ho. Dans les premières séquences, l'opposition est tranchée entre Park, le flic rural mal dégrossi et Seo, l'inspecteur venu de Séoul. Le premier ne se fie qu'à son intuition (il se croit capable de deviner au premier regard si un suspect est coupable) et n'est pas trop regardant sur les techniques d'interrogatoire, le second ne croit qu'à la science et reste attaché à la présomption d'innocence. Puis au fil du film et des fausses pistes qui s'accumulent, les caractères se rapprochent voire s'échangent: le cérébral vacille et semble prêt à faire justice lui-même, le rustaud s'humanise alors que toutes ses certitudes s'effondrent. Le long regard caméra de Song Kang-ho (génial de bout en bout) à la fin du film exprime toute la détresse du personnage hanté par cette affaire non résolue. Bong Joon-ho l'a reconnu lui-même: « L'idée que le (vrai) tueur (puisse voir) le film était dans la tête de toute l'équipe, la (sienne) en premier. »

Pour sa peinture d'une époque

Comme tout bon polar, Memories of Murder ne raconte pas seulement une passionnante enquête criminelle – fut-ellle irrésolue. Il témoigne aussi de la réalité sociale d'un pays et d'une époque. Les meurtres de Hwaseong se sont déroulés entre la fin de la dictature et le début de la démocratie en Corée du Sud. Une transition politique mouvementée pendant laquelle, comme le montre le film, la police locale ne rechignait pas à utiliser la torture. Les couvre-feux imposés pour des exercices de défense civile étaient également légions - une forme d'état d'urgence dont a grandement profité le tueur, les forces de l'ordre étant réquisitionnées pour ces entrainements.
Memories of Murder, de Bong Joon-ho (Corée du Sud, 2004, 2h11). En salles.
Cette habileté à reconstituer une période historique, et à l'intégrer dans un récit d'enquête, on l'a revue, depuis, dans les meilleurs films du courant « néo-noir ». En Corée du Sud, mais, aussi en Espagne: après La Isla Minima (2014), où Alberto Rodriguez évoquait la transition démocratique post-Franco en Adalousie, on pourra découvrir en salles, à partir du 9 août 2017, l'impressionnant Que dios nos perdone, de Rodrigo Sorogoyen. Une histoire de violeur-tueur en série (tiens, tiens...), dans le Madrid en ébullition de l'été 2011, où deux policiers aux personnalités radicalement différentes (tiens, tiens...) voient leur enquête parasitée par la visite du Pape et les manifestations des jeunes Indignés...

 

Les Inrocks

Les grandes affaires criminelles sont comme les chefs-d’œuvre : on n’en a jamais complètement fini avec. Voyez l’affaire du petit Grégory, rouverte trente-deux ans plus tard (et toujours pas conclue) ; ou encore Twin Peaks qui revient nous hanter après vingt-six ans de silence. Memories of Murder, le second et prodigieux long métrage de Bong Joon-ho, refait lui aussi surface dans les salles obscures, treize ans après sa sortie initiale, et trente-et-un ans après les événements, inspirés de faits réels, qui y sont décrits.

1986 : le film débute sur un visage d’enfant qui, dans les blés estivaux, s’apprête à capturer un insecte, cependant que, non loin, une jeune femme est retrouvée ligotée, violée, assassinée par un tueur en série, le premier de l’ère moderne en Corée. Mais on n’attrape pas les criminels comme les criquets : telle pourrait être la leçon de ce plan inaugural. Durant les cent trente minutes qui filent à toute vitesse, deux flics locaux d’une incompétence crasse assistés d’un profiler venu de la ville et un poil plus affûté, vont s’évertuer à résoudre l’impossible affaire, tandis que les crimes s’accumulent.

Le génie de Bong Joon-ho, d’emblée évident, consiste à tout embrasser d’un seul geste : le sordide et le sublime, le moderne et l’ancien, l’historique (en arrière-plan les manifestations étudiantes annoncent la fin de la dictature) et l’anecdotique, le politique et le sentimental, la Corée et l’Amérique (où il mènera par la suite carrière). “D’un seul geste” est à prendre au sens littéral : abondent ici les plans-séquences, où deux ou trois enjeux se forment, à différents endroits du cadre, avant de se rejoindre et de tous péricliter dans un misérable pschitt.

La forme est grande, et pourtant l’on pourrait aisément ne pas s’en apercevoir, car il n’y a aucune emphase dans la mise en scène de maître Bong, mais tout à l’inverse une forme de bonhomie quasi burlesque, une façon taciturne de regarder le réel se défaire, sans franche possibilité d’intervention. Plus on essaie de s’en saisir, plus la vérité se dérobe. Et pendant ce temps-là, au fond du bocal, les criquets étouffent en silence.

 

Magazine septembre

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