une femme douce cinema metz

 

Date de sortie 16 août 2017 (2h 23min)

De Sergei Loznitsa

Avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva, Lia Akhedzhakova

Nationalités Français, Allemand, Lituanien, Néerlandais

 

 

Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.

 

 

 

 

Critiques 
 
Télérama
 

Au début du Festival, dans Faute d’amour, Andreï Zviaguintsev décrivait une Russie sinistre et sinistrée. C’était le monde de Oui-Oui, par rapport à la vision de Sergei Loznitsa qui, avec une verve mêlée de pitié, décrit un univers de silhouettes slaves jusqu’au bout des orteils : folles, hystériques, mauvaises, mais animées d’une humanité à faire fondre les cœurs les plus endurcis. Cette Russie éternelle que peignait, déjà, Dostoïevski au XIXe siècle et que filmait, au XXe, un cinéaste comme Alexeï Guerman dans des films importants et incompris, Mon ami Ivan Lapchine ou Khroustaliov, ma voiture…
Vers le début de cette longue fresque (2h25), une scène de train rappelle très précisément l’œuvre de Guerman : des personnages, un instant primordiaux, mais qu’on ne reverra plus par la suite, boivent, chantent, pleurent, évoquent des bribes de leur triste passé devant une femme impassible qui, elle, s’en va en ville, rendre visite à un mari prisonnier dont elle n’a plus de nouvelles.

C’est elle la « femme douce » du titre. Elle est moins douce que silencieuse, d’ailleurs. Elle n’est qu’un regard. Celui du réalisateur qui, à travers elle, contemple la Russie et, sans doute, d'autres pays qui lui ressemblent. On est ravis, d’ailleurs, qu’à travers un discours d’ivrogne empli de lucidité, le cinéaste ukrainien saisisse en quelques phrases une vérité mal connue des hommes politiques actuels : le terrible complexe d’infériorité des Russes par rapport à l’Occident (« Oui, disent-ils, nous ne sommes que des incultes et des sauvages à vos yeux ») qui se double, évidemment, d’un complexe de supériorité terrifiant (« Ok, souffrons pour vous, nous avons donné nos vies pour vous qui nous méprisez tant, nous sommes prêts à la donner encore, mais sachez-le : viendra le jour où nous vous sauverons de vous-mêmes... »).
Notables clownesques
Soudain, l’onirisme surgit. Le temps d’une séquence à la Fellini où devant la « femme douce », des notables clownesques, sous prétexte de révéler leur humanité, dévoilent leur hypocrisie et leur cynisme. « C’est pour vous protéger que nous devons tout savoir de vous », explique à ses administrés le Président local qui, le plus sérieusement du monde, avoue, ensuite, le but de la mission que l’État lui a confiée : réconcilier définitivement le peuple avec l’idée de prison…
Une femme douce, de Sergeï Loznitsa (Krotkaya, Ukraine/Russie/France, 2h25). Avec Vassilina Makovsteva, Lia Akhedzhakova. En compétition.
Défilent, alors, les propos de tous les démiurges de la terre, tous les populistes et les dictateurs qui inondent le monde. Boniments qui ne servent qu’à endormir les foules – c’est, d’ailleurs, le dernier plan du film : des citoyens endormis – tandis que les opposants, les résistants, les dissidents, y compris cette « femme douce » qui, en somme, ne cherchait qu’à rendre visite à son mari, sont systématiquement broyés. Et violés au sens propre du terme...
Une femme douce est un grand film politique et romanesque. Il est à la fois doux et extravagant. Sergeï Loznitsa s’y affirme définitivement comme un grand cinéaste. Une Palme d’or serait bienvenue.