atomic blonde cinema metz 
       Réalisé par : David Leitch
       
        Avec : Charlize Theron, James McAvoy, Sofia Boutella 

              Sortie le 16 Août 2017
 
1h51
 
Nationalité: Américain

 
 
L'agent Lorraine Broughton est une des meilleures espionne du Service de renseignement de Sa Majesté ; à la fois sensuelle et sauvage et prête à déployer toutes ses compétences pour rester en vie durant sa mission impossible. Envoyée seule à Berlin dans le but de livrer un dossier de la plus haute importance dans cette ville au climat instable, elle s'associe avec David Percival, le chef de station local, et commence alors un jeu d’espions des plus meurtriers.
 
 
Critiques
 
Le Point
 

Longtemps dominé par les hommes, le cinéma d'action américain laisse de plus en plus de place aux femmes fortes depuis une douzaine d'années. Uma Thurman (Kill Bill : volumes 1 et 2), Angelina Jolie (Lara Croft : Tomb Raider, Mr. et Mrs. Smith, Wanted, Salt), Milla Jovovich (Resident Evil et ses suites), Kate Beckinsale (la série Underworld), Jennifer Lawrence (la saga Hunger Games), Scarlett Johansson (la Veuve noire des productions Marvel, Lucy, Ghost in the Shell) ou encore Gal Gadot (Wonder Woman) sont devenues les super-héroïnes du box-office à coups de franchises lucratives pour les studios hollywoodiens. Il semblerait que, depuis 2015, l'ex-top model sud-africain Charlize Theron ait aussi orienté sa carrière vers les films d'action musclés, bien décidée à obtenir sa part du gâteau. Nouvelle icône du genre depuis Mad Max Fury Road où elle volait la vedette à Tom Hardy dans le rôle de l'impératrice Furiosa, une camionneuse au crâne rasé et au bras amputé, la star de 42 ans a repris le volant cette année avec Fast & Furious 8, blockbuster au plus de 1,2 milliard de recettes mondiales.

Au départ, Atomic Blonde est sans doute pour l'actrice une manière de prolonger le succès, plutôt prometteur, de ses deux films précédents. Très impliquée dans ce «  petit  » projet budgété à 30 millions de dollars, elle a développé le script pendant cinq ans par le biais de sa maison de production Denver & Delilah, basée à Los Angeles. À l'écran, elle a aussi assuré elle-même la plupart de ses cascades (en se cassant d'ailleurs deux dents sur le tournage !). Dans ce long-métrage extrêmement sérieux, l'égérie Dior, oscarisée pour Monster en 2004, incarne Lorraine Broughton, espionne du MI6, envoyée en Allemagne pour enquêter sur la mort d'un agent infiltré – qui fut accessoirement son amant – et démasquer un traître. Sa mission consiste surtout à récupérer une liste cruciale sur un microfilm, qui a disparu dans la nature et risque de révéler au grand jour l'identité secrète d'agents de Sa Majesté. Détail qui n'a rien de secondaire : l'action du film se déroule à Berlin pendant les jours qui précèdent l'effondrement du Mur, en novembre 1989, en pleine guerre froide entre la CIA et le KGB. Un monde analogique, sans connexion internet ni téléphone portable (ça repose).
Un pur film de comic book en RDA

Une blonde atomique et qui n'a rien à envier à John Wick ou Jack Reacher.
Dans cette ville en pleine effervescence, coupée en deux par un mur de béton et de barbelés, cette femme à poigne tombe sur toute une galerie de personnages duplices et ambigus. À commencer par un dénommé Percival (James McAvoy, totalement déjanté), son contact à Berlin-Est, véritable nid d'espions où elle ne peut se fier à personne. Imprévisible, ce contrebandier, qui profite du chaos ambiant pour s'enrichir au moyen de trafics illicites, va en effet lui servir de guide dans la capitale. Lorraine croise également sur place une brune de la DGSE, la Française Delphine Lasalle (Sofia Boutella, repérée dans Kingsman : services secrets), avec qui elle passera une nuit d'amour torride éclairée au néon. Elle rencontre enfin Spyglass (Eddie Marsan), un ex-officier de la Stasi, le service de police politique et de renseignements de la RDA, qui a mémorisé tous les noms de cette fameuse liste et tente de monnayer ces informations classées confidentielles pour passer à l'Ouest avec sa famille.
Aussi froide que le bain de glaçons dans lequel elle plonge pour panser les blessures de son corps, couvert de bleus et d'ecchymoses, l'agente britannique se mesure aussi dans le film à une kyrielle de vilains. Dans une séquence située dans un cinéma berlinois d'art et d'essai, qui projette Stalker du réalisateur soviétique Andreï Tarkovski, l'héroïne crève l'écran (au sens propre comme au figuré) de la salle en menant un violent combat contre une brute épaisse du KGB. Si toutes les scènes d'action semblent tout droit sorties des planches d'un comic book, c'est que le film se base en fait sur un roman graphique d'Anthony Johnston publié en 2012, The Coldest City. Le scénariste Kurt Johnstad, qui avait déjà adapté 300 de Frank Miller au cinéma, a d'ailleurs rédigé le script d'Atomic Blonde avec un esprit très BD.

David Leitch (qui tourne actuellement Deadpool 2) a fait de sacrés progrès à la mise en scène depuis John Wick avec Keanu Reeves. Assistant réalisateur sur Jurassic World et Captain America : Civil War, cet ancien coordinateur de cascades, qui fut la doublure de Brad Pitt (sur Fight Club notamment) et de Matt Damon (sur La Vengeance dans la peau, le troisième volet de la saga Jason Bourne), a mis à profit son expérience dans ce domaine pour concocter des morceaux de bravoure étourdissants. À l'image de ce plan-séquence d'une folle intensité qui s'étire sur sept minutes trente où Charlize Theron affronte, avec une extrême sauvagerie, un groupe de tueurs dans l'escalier d'un immeuble. Un tour de force visuel ahurissant… bien que bidouillé. Leitch a en effet placé la barre très haut avec ce thriller violent, et le pouvoir euphorisant de certaines séquences, où sont mises en œuvre toutes les ressources de la caméra, est indéniable. Même si le plaisir communicatif de filmer qui se dégage d'Atomic Blonde ne rachète pas toujours le contenu de l'intrigue, déjà vue mille fois.

Car d'autres cinéastes – et non des moindres – avaient balisé le terrain avant lui. Dès le milieu des années 1960, Martin Ritt avec L'Espion qui venait du froid, d'après un roman de John le Carré, et Alfred Hitchcock avec Le Rideau déchiré (une allusion au rideau de fer) s'étaient déjà frottés au genre du film d'espionnage en dépeignant Berlin comme une ville morcelée, au climat instable. Par la suite, Good Bye, Lenin ! (2003), The Good German (2006) et La Vie des autres (2007) ont apporté aussi leur pierre à l'édifice de ce Mur dont Steven Spielberg montrait, encore récemment, la construction dans Le Pont des espions (2015). Tous les films précités bénéficiaient évidemment de scénarios nettement plus subtils, complexes et tordus que celui d'Atomic Blonde (tourné en réalité à Budapest). Mais le film de David Leitch a d'autres qualités. Et son atout principal se nomme Charlize Theron.

Physiquement impressionnante, la sculpturale actrice se révèle tout aussi envoûtante dans la peau de cette femme fatale au regard magnétique, véritable machine à tuer rompue à toutes les formes de combat. Avec sa formation de danseuse classique, Theron s'est attaché les services de huit coaches pour se préparer pendant trois mois à ce rôle athlétique, s'entraînant parfois jusqu'à cinq heures par jour pour interpréter cette supernana glamour, sexy et qui cogne dur, redoutable prédatrice rayonnant dans de fracassantes scènes d'action chorégraphiées. En pleine forme, l'ex-fiancée de Sean Penn traverse le film au volant d'une Trabant 601, l'auto chérie de la République démocratique allemande, et assène les coups de poing au son des hits de l'époque (l'inévitable 99 Luftballons de Nena ou Der Kommissar de Falco, rappeur – au très fort accent – autrichien). À défaut du grand récit d'espionnage, Atomic Blonde est donc un vrai plaisir estival et l'un des blockbusters les plus satisfaisants du moment. Il faut le prendre pour ce qu'il est : un simple divertissement qui procure bien du plaisir en cette saison ciné.