l assemblee cinema metz

 

Date de sortie 18 octobre 2017 (1h 39min)

De Mariana Otero

Documentaire

Nationalité Français

 

 

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie.
Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

 

 

 

 

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Le film de Mariana Otero sort le 18 octobre sur les écrans. Il tombe à point nommé au regard de la contestation sociale qui monte en France actuellement.

Marina Otero présentera L’ASSEMBLÉE au Caméo Ariel le samedi 21 octobre à 20h15 et échangera avec le public. Soyez nombreux. Mailez, facebookez… un maximum.

 

Mot de la réalisatrice

"Beaucoup des conditions qui me sont essentielles pour tourner un film n’étaient a priori pas réunies…(rires) À commencer par le nombre de caméras et de « périscopeurs » présents sur la place qui se plaçaient sans vergogne devant mon objectif et compliquaient ma relation aux personnes filmées. En plus, la plupart des gens impliqués dans le mouvement se méfiaient des médias à qui ils reprochaient de s’intéresser à la violence plutôt qu’à la réflexion et au travail sur la place de la République. En pleine commission, lors de débats parfois houleux, je devais expliquer que j’étais réalisatrice et non reporter télé. Pas simple de le faire en quelques minutes, au milieu du brouhaha. Après quelques semaines, pour nous simplifier la vie, avec mon ingénieur du son nous avons décidé de nous accrocher dans le dos des tissus indiquant que nous n’étions pas les médias mais des documentaristes indépendants ! Il a aussi fallu souvent faire avec la violence policière qui s’est exercée tout au long du mouvement de façon incroyable, que ce soit contre les manifestants, la presse ou les cinéastes.

J’ai subi, comme beaucoup d’autres, plusieurs fois les gaz lacrymogènes et les grenades de désencerclement, en manifestation ou aux abords de la place. J’ai été aussi empêchée de filmer et emmenée au commissariat avec mon équipe après que l’on m’ait confisqué pendant plusieurs heures mon matériel, sous le prétexte mensonger qu’il était interdit de filmer. Bref les conditions n’étaient pas idéales. Malgré ces difficultés, j’ai continué de tourner jour après jour car je me sentais portée par le désir qui circulait sur la place. Et j’avais un atout : le temps. Contrairement aux medias qui s’en sont allés quand la foule des curieux a commencé à refluer, j’ai continué à filmer en ignorant combien de temps cela durerait, quelle forme cela prendrait, et où tout cela irait. Impossible d’anticiper comme sur mes autres films. Là, je filmais à l’instinct en tenant ce fil de l’assemblée, de la parole, de l’écoute et de la démocratie, véritables personnages de ce film."

 

Critiques
 
l assemblee
 

L’Assemblée, de Mariana Otero, présenté par l’Acid (l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion), commence à peu près comme 120 Battements par minute, le film de Robin Campillo en lice pour la palme. À Act Up-Paris, un militant explique aux nouveaux venus les codes de la réunion hebdomadaire, comment y intervenir ou manifester son approbation. Déjà, à l’époque, l’association cherchait à rendre la prise de parole fluide et efficace. Et donc créer un espace véritablement démocratique. Vingt-cinq ans plus tard, les différents signes en vigueur à l’assemblée générale de Nuit debout ne sont pas tout à fait semblables, mais l’intention est la même.

Mariana Otero a filmé jour après jour, sur la place de la République, ce mouvement né dans le sillage des manifestations contre la loi travail, en 2016 : Nuit debout. La cinéaste, passionnée par ce à quoi elle assistait, a choisi un angle de vue dans la profusion des initiatives prises, des commissions naissantes : l’assemblée générale. Parce que c’est là que convergent toutes les revendications, les interpellations, les réflexions. C’est aussi le lieu du débat le plus ouvert à l’aléatoire, donc le plus difficile à organiser.

C’est ainsi qu’un film est né dans l’improvisation des événements, contrairement à tous ceux qu’a réalisés Mariana Otero (Histoire d’un secret, Entre nos mains, À ciel ouvert…). Pas seulement des images captées : un documentaire construit, qui entre dans l’intimité d’un collectif, avec un regard porté sur ce qui se cherche – or, Nuit debout a été une expérimentation à ciel ouvert.

Une place noire de monde, donc ; la plupart des présents sont assis, mais beaucoup restent debout tout autour ; de la pluie, une pluie récurrente, pénétrante, toujours inopportune en ce mois d’avril qui a commencé le « 32 mars » ; et des gens qui se saisissent du micro. Quelques têtes connues au début du film – Monique Pinçon-Charlot, Lordon, Ruffin – et, ensuite, surtout des anonymes. Progressivement, le spectateur se familiarise, dans cette foule mouvante, avec les visages de ceux qui sont en charge de l’organisation de l’assemblée. Des trentenaires pour la plupart, qui se posent toutes les questions possibles pour la faire vivre au mieux. Et les questions changent au fur et à mesure que dure le mouvement.

Le micro doit-il être ouvert à tout le monde, au risque que l’assemblée soit sans fin ? Parlons-nous en tant que Nuit debout ? Faut-il alterner les prises de parole entre ceux qui sont engagés dans le mouvement et les individus qui passent ? Deux minutes de temps accordé, n’est-ce pas trop court et contradictoire avec le refus du temps segmenté ? Comment écrire un communiqué à plusieurs ? Ce type d’interrogations reviennent presque en boucle sur cette place de la République, redevenue un temps une vraie place de la chose publique.

L’assemblée de Nuit debout, c’est le mythe de Sisyphe. Un chantier immense, toujours inachevé : la réinvention de la démocratie. Rien de moins. Le film de Mariana Otero le raconte parfaitement : cette soif de démocratie, cet élan pour en reconfigurer les modalités et en élargir les possibles, et la difficulté que cela représente. Sans doute la limite du mouvement résidait là. C'était en même temps sa grandeur. Et sa puissance créatrice, qui a essaimé dans les commissions, et perdure encore aujourd'hui de manière plus ou moins sous-jacente. Il aurait fallu plus de connexions avec d’autres lieux, d’autres luttes, pour que les énergies se renouvellent quand la fatigue s’est fait sentir. Des énergies considérables se sont pourtant déployées, comme le montre L’Assemblée, jusque dans les tâches matérielles, toujours entravées par la police. La cinéaste s’est aussi glissée dans les manifestations contre la loi travail, images souvent impressionnantes de confusion angoissante et de violence due à la répression policière.

Qui dit prise de parole dit écoute. La caméra de Mariana Otero s’est longuement attardée sur les personnes en train d’écouter. Ces plans sur ces visages, ces corps protégés contre l’humidité, opèrent déjà comme de précieuses archives, qui témoigneront d’une certaine jeunesse (accompagnée de beaucoup d’anciens), de ce à quoi elle ressemblait, de ce à quoi elle rêvait. On pense en regardant L’Assemblée à quelques images emblématiques de notre mémoire collective, comme celle de cette ouvrière, dans La Reprise du travail aux usines Wonder, filmée en juin 1968. L’Assemblée est un film qui se dépasse en tant que tel, et qui réinscrit, comme d’autres l’ont fait avant lui, le cinéma dans l’Histoire.