seule sur l plage la nuit cinema metz

 

Date de sortie 10 janvier 2018 (1h 41min)
De Sang-soo Hong
Avec Min-Hee Kim, Young-hwa Seo, Hae-hyo Kwon
Nationalité sud-coréen

 

 

Quelque part en Europe. Younghee a tout laissé derrière elle : son travail, ses amis et son histoire d'amour avec un homme marié. Seule sur la plage, elle pense à lui : elle se demande s'il la rejoindra. Gangneung, Corée du Sud. Quelques amis trinquent : ils s'amusent de Younghee qui, ivre, se montre cruelle à leur égard. Seule sur la plage, son coeur divague : elle se demande combien l'amour peut compter dans une vie.

 

 

 

 

 

Critiques
 
 seule sur la plage
 
Télérama
 
« Y a-t-il une seule personne en ce monde qui soit qualifiée pour l’amour ? » La question claque, pleine de colère et de désespoir, hilarante, pourtant, au milieu du film. Elle résume son sujet : le même, au fond, que dans le précédent opus du Coréen Hong Sang-soo, Le Jour d’après, sorti en juin dernier. Le même, sans doute, que dans toute l’œuvre, ­déjà pléthorique, de ce cinéaste, grand explorateur de la carte du Tendre. Car, avec lui, la beauté se loge dans les variantes de tonalité, de registre, d’humeur. Il a souvent montré l’ivresse et ses effets tragi-comiques sur les sentiments. Cette fois, il filme une gueule de bois amoureuse. Seule sur la plage la nuit met en scène une héroïne brisée, exilée. Dans une Europe brumeuse, loin de Séoul, elle tente de faire le deuil de son histoire à peine terminée avec un homme marié, dont elle espère, sans y croire, qu’il va la rejoindre… ­Exceptionnellement, une parenthèse people s’impose : Hong Sang-soo, 57 ans, plus connu du grand public en Corée qu’il ne l’est ici, a quitté son épouse pour vivre une passion avec une jeune star nationale, Kim Min-hee (Mademoiselle, de Park Chan-wook). L’idylle a fait scandale, et l’actrice a été présentée par la presse comme une briseuse de ménage. Le cinéaste et sa nouvelle muse ont, en quelque sorte, répondu par leur travail : déjà quatre films ensemble. Celui-ci fut le premier (même s’il est le troisième à sortir en France), ponctué d’échos avec la réalité vécue par le couple. Et le scéna­­rio est d’autant plus troublant qu’il anticipe l’après de la liaison.Mais le film tient très bien debout sans cet éclairage privé. C’est le portrait subtil d’une idéaliste privée de son idéal. Quand elle se décide à revenir en Corée, la solitaire choisit, plutôt que Séoul, une station balnéaire peuplée d’amis de jeunesse. Les retrouvailles avec les un(e)s et les autres lui fournissent autant d’éléments de réflexion : ceux qui ont réussi un mariage durable semblent y avoir perdu leur éclat. Sous l’effet de l’alcool, un dîner de groupe tourne au jeu de la vérité le plus cruel… Tour à tour prostrée, révoltée et réconciliée — pour ce rôle multiple, Kim Min-hee a obtenu le prix d’interprétation féminine à la Berlinale de 2017 —, l’héroïne accède finalement à une vérité supérieure, « seule sur la plage la nuit ». Et c’est dans ce moment filmé comme un songe que Hong Sang-soo glisse les références les plus précises à sa vie et à celle de son actrice. L’art d’exalter la part rêvée des histoires vraies.